Lorsque se présente pour un site internet l’épineux passage des fêtes fins d’année, beaucoup de questions se bousculent.

Bacquier

On ferme ? On fait des dossiers spéciaux, un best of ou une compilation des meilleurs moments ou des pires de l’année ? Bref, pas mal de choses auxquelles il n’est pas toujours aisé de répondre. Cette année, notre première année en fait, nous avions opté pour une diffusion axée sur notre page Facebook dont le thème restait UNE LECTRICE dans tous ses états. De Mère Noel à angelot, en passant par motif de tatouage, elle a finalement servi, elle l’icone visuelle de ce site, de bouche trou (terme fort adapté) faisant grâce à de savants “photoshopages” oublier le vide abyssal de manifestations culturelles grâce à sa plastique et son visage modifiés à l’envie. Visiblement, ce parti-pris a relativement bien fonctionné si l’on se réfère à ces chers “click like” ou” nombre de personnes qui vous suivent”, baromètre contraignant ou audimat angoissant censé nous dire si, au final, vous nous aimez (en sens facebookien du terme) et si nos quelques facéties trouvent goût à vos yeux ou votre intellect.

Cette étape étant réglée, restait celle de la présentation des voeux. Comme cette dernière devrait être filmée, itou plusieurs possibilités : se filmer dans un pose très mitterandienne distillant nos souhaits au bas peuple prolétarien qui compose notre lectorat, reprendre l’ensemble de personnages qui nous avaient marqué ou séduit cette année pour en faire un diaporama animé illustré d’un logo animé du plus bel effet répétant nos voeux en boucle ou, bien évidemment, nous filmer nus avec un petit panneau devant notre baignoire (histoire de ne pas faire concurrence à quelque dernier bain autre) cachant à peine nos organes génitaux ou protubérance mammaire, garantie totale d’attirer beaucoup de lecteurs sur le site… Émergeant miraculeusement de nos cerveaux encore embrumés par quelques vapeurs alcoolisées et ressentant la présence funeste de leur foie comme jamais, l’idée de confier cette tâche à une tierce personne, unique, fut finalement la solution retenue. Encore fallait il que cette personne réponde aux plusieurs critères que nous avions dicté. Il, elle devait être très connue, artiste, habiter dans l’Hérault et posséder au moins l’une des valeurs que nous affectionnons : intelligence, humilité, humour et bonne humeur.

Finalement, qu’elle était la personne la plus connue ou reconnue mondialement que nous avions rencontré durant cette année 2012 ? Madonna, Springsteen, Bono, Sting sans doute ! Mais ils, elle, n’étaient pas disponibles, n’habitaient pas le département et ne possédaient pas forcement l’une des valeurs précédemment exposées. D’où le retour vers notre interrogation majeure, qui est actuellement l’héraultais le plus connu ? Notre manque chronique de finances aurait du immédiatement nous faire penser à des personnes éminentes telles que Gilles d’Ettore, Sébastien Denaja ou encore Christian Bourquin. Mais, même si ces personnalités semblaient avoir toutes les qualités requises (nous ne perdons pas espoir d’arracher quelques subventions), leurs compétences en matière artistique restait assez limitée.

Gabriel bacquier

Arrêtons la ce discours qui s’enfonce. Le héraultais vivant le plus connu au niveau français et surtout international est un habitant de Pézenas, a fêté ses 88 printemps et se nomme Gabriel Bacquier. Nous ne reviendrons pas encore une fois sur la carrière extraordinaire de ce maestro. Rendez-vous sur la page Wikipédia qui lui est consacrée, parcourez l’article que nous lui avions déjà consacré ou allez sur Youtube pour voir et écouter quelques unes de ces performances. Mais comme nul n’est prophète en son pays, cet immense chanteur et ce grand bonhomme est beaucoup plus connu et estimé à l’étranger qu’en nos contrées. De plus, sa modestie naturelle le rend peu enclin à se faire reconnaître par de nombreux organismes publics à sa véritable valeur.  Et comme malheureusement pour beaucoup, il faudra sans doute attendre sa disparition pour que tous, dans ce département et en France, reconnaissent et reparlent de l’immense interprète, du génie de l’interprétation qu’il fut durant tout le siècle passé.

Lorsque nous lui avons fait cette proposition, c’est, comme à son habitude, avec beaucoup de gentillesse qu’il a accepté. Son court message de vœux est tout à fait à l’image du personnage : à la fois simple, émouvant, bourré de tendresse et si vous le regardez jusqu’au bout également très malicieux et espiègle. C’est aussi une belle déclaration d’amour à sa ville d’adoption Pézenas et à sa compagne Sylvie Oussenko. Il est rare lorsque l’on filme quelqu’un d’être ému, touché au plus profond de soi tant affairé que nous sommes à surveiller un petit écran. Ce fut pourtant le cas ce soir du 31 décembre 2012. Et à la question que nous posent régulièrement nos invités à la fin de chaque interview “Vous nous avez trouvé comment ?”, la seule réponse qui nous passa par l’esprit et qui correspondait parfaitement à ce que nous ressentions fut : “Beaux, vous êtes tous les deux très beaux !”. J’allais rajouter de l’intérieur comme de l’extérieur mais un simple visionnage vous prouvera que cette remarque n’est pas utile tant la lumière qui émane de ces deux belles personnes est forte.

 

Au delà de toute la tendresse que l’on peut éprouver vis-à-vis de ce Monsieur et des mots qu’il emploie, une phrase nous reste en tête : “continuer à donner !”. Cette volonté de partager, de transmettre son savoir, ses connaissances qui existait autrefois grâce aux troupes et qui disparut avec ces dernières. Gabriel Bacquier et Sylvie Oussenko continuent régulièrement d’organiser des Master Class chez eux, à Pézenas où le Maestro distille avec plaisir de nombreux conseils à de jeunes, mais déjà très talentueux, chanteurs guidant leur façon de chanter, d’interpréter, d’investir un personnage aidé également de Sylvie Oussenko et de sa connaissance encyclopédique de l’univers du lyrique et de la musique en général.

Nous avons eu la chance d’assister à quelques unes de ces Master Class. Dans la vidéo suivante, vous pourrez voir le travail effectué par un jeune baryton, originaire de Tours, Yvan Sautejeau au talent en passe d’être reconnu. Une précision à ce sujet : une Master Class n’est pas un récital ! C’est une moment de travail, d’exercice où un chanteur essaie de nouvelles pistes ou apprend des airs, des mélodies qu’il n’a jamais auparavant pratiqué. Il serait donc tout à fait ridicule de juger du réel talent d’un interprète en ne se basant que sur ces extraits. Pièce également maîtresse d’une Master Class, l’accompagnatrice piano, ici la délicieuse Catherine Mouly également professeur à l’Ecole de Musique d’Agde. Accompagnatrice ne signifie pas potiche ou tourne-disque. Bien au contraire, elle aide le chanteur mais également le guide, le rassure et influence sa façon d’interpréter selon le rythme, le ton qu’elle aura choisi. Assister à une Master Class, c’est découvrir toute cette alchimie qui unit plusieurs personnes à un instant précis vers une seule quête : l’excellence !

 

Les plus érudits d’entre vous auront reconnu dans ces extraits “Les Pêcheurs de Perles” de Bizet ou encore ‘L’élégie” de Massenet, interprétée ici avec beaucoup d’intelligence et d’émotion, preuve que ces deux qualités ne sont pas incompatibles.

Difficile de terminer un article comme celui-là tellement les souvenirs qu’ils nous laissent sont encore présents. Nous ne pourrons jamais assez remercier Gabriel et Sylvie pour cette belle preuve d’amitié qu’ils nous ont faite, pour ce moment enchanté pour faire écho au Festival au nom si bien choisi. Si lorsque j’avais 15 ans, en regardant “Les rendez-vous du Dimanche” avec (déjà) Michel Drucker, j’écoutais Monsieur Bacquier entre quelques vedettes de l’époque, l’on m’avait prédit qu’un jour je rencontrerais cette homme et qu’il nous fasse don de quelques minutes pour présenter ses voeux aux lecteurs de notre modeste site internet (à l’époque, on aurait dit journal), je n’y aurais pas cru. Et bien, malgré mon âge qui avance, je n’en reviens toujours pas ! Merci encore à eux et tous nos souhaits d’une bonne et excellente année à vous tous qui nous lisez.