Ce soir-là, la Médiathèque de Florensac nous prouvait, une nouvelle fois et de quelle manière, qu’elle n’était pas seulement un « réservoir à livres ».

A l’initiative de Chantal Flament, sa très active directrice qui ne cesse de nous surprendre, était organisée ce 9 décembre une soirée multiculturelle et pluri-artistique. Car outre le vernissage des expositions conjointes de Joël Bast et Philippe Deltour, nous avons pu également assister à un mini-concert donné par le groupe local « Les Dragons » et à un spectacle de clown destiné aux plus jeunes animé par Christophe  Martin. Quelle meilleure illustration pour la thématique « Le Temps qui passe » que de voir sous le toit du même édifice se mélanger les arts (Peinture, Sculpture, Musique et Cirque) mais également tous les âges. Nous qui pestons en permanence contre la seule présence de jeunes retraités ou de cheveux gris et blancs dans les expositions, cette fin d’après-midi nous a prouvé qu’avec un peu d’intelligence, il était tout à fait possible d’attirer, de réunir petits-enfants, enfants, parents et grands-parents. Chacun venu pour voir une chose en particulier et, au final, regarder l’ensemble avec une curiosité et un plaisir égal.

L’ATELIER CLOWNESQUE

 

Pour une fois, je n’étais pas le seul clown présent. Un vrai, un authentique était là. Non que je sois totalement incapable de faire rire ou sourire quelques personnes suffisamment aimables ou bien élevées pour prêter quelque intérêt aux blagues et autres calembours que je rôde en boucle depuis plus de 40 ans, mais je dois avouer ma totale impuissance à provoquer quelque hilarité sur un public dont l’âge moyen se situe aux alentours des 5/6 ans. Lui, Christophe Martin, cet art, il le connaît ! Très vite, ces jeunes spectateurs, d’abord un peu surpris par ce grand énergumène loufoque sans nez rouge,  furent conquis par ce personnage comique certes, mais surtout très tendre. Ce  n’était pas un spectacle, pas vraiment un cours ou un atelier non plus; plutôt un échange entre un grand gamin expliquant à ses copains plus petits les mécaniques du rire en termes de leur âge. C’était à la fois drôle, charmant et touchant. Un très beau moment qui aura autant séduit les enfants que leurs mamans. Christophe Martin organise également pour les adultes des ateliers d’Art Clownesque à Florensac, ainsi que des stages ponctuels. Il se produit également sur scène sous le nom de « Léon le clown Tramp » et la presse locale a salué ses prestations. Retrouvez le sur sa page Facebook et sur son site internet.

LES DRAGONS LIVE !

Côté musique, nous avons eu le droit aux DRAGONS Live on stage ! Pas vraiment un groupe rôdé puisque le plus vieux est âgé de 14 ans mais quelques copains de collège à l’énergie vraiment sympathique. Ceci dit, même si leur interprétation d’ Hallelujah (dont je ne suis pas sur qu’ils sachent qu’elle était de Leonard Cohen) ce soir-là était assez perfectible, on sent chez eux une envie de bien faire et de s’améliorer évidente. Leur reprise d’un morceau de Téléphone était d’ailleurs assez convaincante et laisse augurer de belles choses. En même temps, chanter plus mal que Jean-Louis Aubert au début (et même maintenant) aurait tenu du miracle… S’ils pouvaient se recentrer vers un répertoire plus garage band type Ramones ou psychobilly et laisser parler le Kurt Cobain qui doit se cacher dans chacun d’eux, ce n’en serait que mieux. N’empêche que cette sympathique petite bande a bien réussi à mettre l’ambiance devant un maire visiblement ravi d’écouter des jeunes de sa ville reprendre certains tubes de sa jeunesse, des parents tout étonnés et fiers de voir leur progéniture en rock-band et une assistance enthousiaste par ce coup de fraîcheur et d’énergie. Pour plus d’infos sur ce groupe, je vous encourage à lire l’excellent article de Marjorie MALLET qui leur est consacré, d’aller les écouter sur leur site Skyrock et de vous encourager fermement à aller les applaudir lors d’une de leur prochaine apparition publique

 

Double exposition proposée par la Médiathèque avec « Présences » de Joël Bast et « L’avenir en friche » de Philippe Deltour et grand coup de coeur pour ces deux artistes réunis sous la thématique du Temps qui passe.

Philippe Deltour

Philippe Deltour est né en 1955. Il a été graphiste, publicitaire, professeur et surtout peintre, il a aussi tâté la sculpture, la photographie, l’écriture. À quarante ans il abandonne tout pour s’offrir la terre entière et chercher de nouveaux champs d’investigation créative. Ce choix était celui de l’insécurité, des remises en question permanentes. Pourtant, pour rien au monde il n’aurait fait marche arrière. Prendre conscience de ce qui nous entoure, c’est accepter qu’on n’est peut-être pas grand-chose, mais qu’on fait partie d’un tout. Et qu’on a tout en nous.

Cette quête ne l’aura finalement mené qu’en Afrique : Sénégal, Burkina Faso, Cap-Vert, Zanzibar… Il fait des rencontres, parfois intenses, parfois amères, il écrit, photographie, expérimente de nouveaux supports à sa peinture… et ne cesse de se poser la question, après Chatwin : « Qu’est-ce que je fais là ? » Au bout de trois années, au bout du monde, dans le sud de la France, il a trouvé une belle forêt, et au milieu une maison où poser les petits cailloux qu’il avait lui-même semés. Et il a constaté qu’ici comme ailleurs l’essentiel de la vie tient dans les rencontres. Depuis une dizaine d’années, il partage son temps entre son ermitage au creux de la forêt et le Maroc où sa peinture a séduit quelques importants collectionneurs.

« Le temps qui passe » est depuis longtemps le fil conducteur du travail de Philippe Deltour. Que ce soit au Sénégal, aux îles du Cap-Vert, au Maroc ou en France, c’est le quotidien des gens qui l’intéresse, particulièrement de ceux qu’on appelle les « petites » gens. Tenter de décrypter ces sillons que la vie a tracés dans les traits des visages. Comment elle a façonné les mains, pesé sur les dos, creusé ou alourdi les ventres. Ce qu’elle a à nous dire, cette vie, à dire à notre époque qui court au précipice… Depuis peu, renoncement, lassitude ou cheminement logique?, Deltour a commencé à se mettre à l’écoute d’autres anciens, bien plus sages que les hommes : les arbres.

Philippe Deltour

Pour illustrer le thème du « temps qui passe » à la médiathèque de Florensac, Philippe Deltour présente un travail réalisé en 2006, « L’avenir en friche ».  Plus que de simples portraits de quelques personnalités de son village, il faut considérer chaque toile comme une pièce d’un puzzle, et c’est l’ensemble qui constitue un portrait, le portrait d’un pays en voie d’extinction. Ces paysans, ces villageois, sont les derniers acteurs d’une époque qui s’achèvera avec eux. Le mouvement a été enclenché après la seconde guerre mondiale, quand on a industrialisé l’agriculture. Ici, il aurait fallu raser les montagnes, alors que depuis des siècles on n’était parvenu qu’à négocier quelques terrasses serties de murets de pierre sèche. Le textile florissait dans la vallée, les paysans y sont descendus « gagner leur vie ». De bons ouvriers, solides, et pas rebelles. Et puis la concurrence asiatique a rendu les usines aux courants d’air, et puis aux ronces. Ces ronces qui avaient déjà commencé à recoloniser les flancs de la montagne. Il n’était plus temps de revenir. Seuls ceux qui s’y étaient agrippés continuaient vaille que vaille à entretenir leurs terres. Et c’est eux, maintenant, qui cèdent le terrain, un à un. De plus en plus seuls. Au fond de leur regard brille encore la nostalgie du temps où chaque hameau regroupait dix, vingt, trente foyers, et chaque hameau avait son école, et son bistrot.

« Faut-il qu’ils y aient cru à cette histoire, ce conte à dormir debout, que le temps c’est de l’argent, pour qu’ils se soient tous mis à courir derrière en espérant récolter un trésor !
Alors que ce trésor, ils l’avaient là entre les mains, il suffisait d’en profiter ! La richesse, c’était de le prendre, le temps, surtout ne pas le laisser filer ! Ceux qui sont restés le savent bien, eux… Si le temps c’est de l’argent, alors c’est ceux qui en disposent qui sont riches ! »

Site Web et Facebook  de Philippe Deltour

Joël BAST vit et travaille à Sète. Il crée des hommes et des femmes en papier mâché. Entre mouvement et silence, ombre et lumière, ses personnages sont plus fous que vrais et plus vrais que faux. A la fois acteurs et spectateurs, ils nous interpellent. Baigneurs sur la plage, ou badauds dans la rue, des gens simples que Joël Bast représente avec humour et talent. Michel ZOOM, poète disparu

Philippe Deltour

Les Présences ce sont une quarantaine de personnages en papier grillage qui se posent plus qu’ils ne s’exposent dans le quotidien des gens, hors des espaces de liberté officiels, dans la rue, sur nos places, en ville comme en campagne. Les PRÉSENCES sont mises en scène sous forme d’installations in situ, interventions éphémères et évolutives. L’intérêt qu’elles ont su susciter lors d’une centaine de manifestations ne s’est jamais démenti au cours des six dernières années en des occasions aussi diverses que des festivals de poésie, de théâtre, de world music ,des technoraves ou des salons artisanaux, des expositions d’art ,des fêtes populaires, des inaugurations, des commémorations.

Joel Bast

Les PRÉSENCES n’ont pas renoncé pour autant à leur liberté et continuent a paraître ponctuellement n’importe où, sans motif officiel, juste pour partager. L’aventure du papier-grillage se poursuit sous vos sourires de la Pointe Courte à Montmartre, de Barcelone à Fos-sur-mer en passant par chez vous. Il a fallu plus d’un demi siècle pour que naissent des mains de l’Artiste les premiers représentants de cette grande lignée. Il les créé et elles vont vivre leur vie au gré des rencontres et des voyages ; l’œuvre n’est jamais finie, elles évoluent au rythme des petits accidents de la vie, certaines ont même changé de visage, une chirurgie réparatrice que Joël BAST réalise avec bonheur. Seules traces du passé, les clichés qui s’entassent au fil des «manœuvres », mot employé par les Québécois pour ce type d’installation. Les Présences par leur présentation se réclament de l’Art contextuel, du spectacle de rue et de l’Art Singulier par les techniques mises en œuvre dans leur réalisation. La vacuité qu’elles dégagent laisse place à de multiples interprétations, propres à chaque spectateur.

 

Lorsque vous rencontrerez ces Présences vous oublierez bien vite les quelques mots écrits pour reconnaître en Elles un possible voisin, une tante éloignée, une allure familière… Une silhouette connue. Les Présences s’apprécient in situ, dans l’instant de la rencontre paradoxale, prenez le temps de les regarder, vous vous surprendrez vous même. Comme disait Marcel Duchamp, c’est le regardeur qui fait le tableau ! Et pour honorer les classiques, laissons les Présences nous interpeller citant Victor Hugo : «Oh, insensé qui crois que je ne suis pas toi ! …»

Le vernissage s’est terminé comme d’habitude dans la convivialité et la bonne humeur avec pour conclusion les courtes interventions de Chantal Flament, Joël Bast et Vincent Gaudy, Maire de Florensac. Étaient également de nombreux artistes telle Michèle Philippe-Arellano, de nombreux agathois dont Richard Rey ainsi que Michel Gaudy, conseiller général du canton et Francis Ricarte, toujours présent à chaque exposition organisée par la médiathèque.

 

Félicitations donc à la médiathèque de Florensac pour avoir su créer l’évènement ce samedi 9 décembre et avoir réussi à attirer un public très nombreux, varié et de toutes générations pour un vernissage d’exposition, chose suffisamment rare pour être signalée. D’autres institutions du même type seraient fort avisées de s’en inspirer. Suivez et soutenez-les sur leur page Facebook.