Le 30 novembre 2012 se déroulait dans le Théâtre historique de Pézenas, une rencontre littéraire avec Laurent Gaudé.  Organisée par AUX LIVRES CITOYENS, la Ville de Pézenas et la LIBRAIRIE LE HAUT QUARTIER, cette rencontre s’est articulée autour de la lecture d’extraits du dernier ouvrage de Laurent Gaudé (Prix Goncourt 2004) “Pour Seul Cortège” par l’auteur accompagné par le comédien Jean-Marc Bourg suivie d’une discussion et d’une dédicace.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Laurent Gaudé fait partie des auteurs les plus talentueux, prolifiques et vendus de sa génération.  Né en 1972, il suit une Maîtrise de lettres à l’Université Paris III2, pour laquelle il a soutenu un mémoire intitulé Le thème du combat dans la dramaturgie contemporaine française, sous la direction de Michel Corvin (1994), puis un DEA à la même université, pour lequel il a soutenu un mémoire intitulé Le conflit dans le théâtre contemporain, sous la direction de Jean-Pierre Sarrazac (1998), Laurent Gaudé écrit pour la scène dés 1997.

Sa première pièce, Combat de possédés, paraît en 1999. Elle sera jouée en Allemagne et lue au Royal National Theatre de Londres. La seconde pièce de Laurent Gaudé, publiée en 2000, est Onysos le Furieux. Il s’agit d’un monologue épique, écrit en seulement 10 jours au printemps 19963. Laurent Gaudé a aussi écrit d’autres pièces de théâtre dont Pluie de Cendres, Cendres sur les mains, Médée Kali, ou encore Le Tigre bleu de l’Euphrate.

En 2002, La Mort du roi Tsongor, son deuxième roman, lui vaut d’être cité pour le Prix Goncourt et surtout d’être récompensé par le Prix Goncourt des lycéens et le Prix des libraires. Deux ans plus tard, il remporte le Prix Goncourt avec son roman Le Soleil des Scorta qui sera également un succès de librairie (80 000 exemplaires vendus entre la parution du roman et l’attribution du Prix Goncourt en 2004. La force de cet auteur réside avant tout dans son style mais également dans sa capacité peu commune à alterner l’écriture de romans, de pièces de théâtre et de nouvelles. “J’ai le sentiment de me reposer d’une forme en passant à une autre“.

Dans son dernier roman, “Pour seul cortège”, Laurent Gaudé nous conte avec lyrisme les derniers jours d’Alexandre le Grand et ses funérailles épiques. 

 

Le mythe est écrasant, l’homme est une énigme, l’époque est nébuleuse mais il en faut plus pour effrayer un Laurent Gaudé en grande forme dans cette réécriture des derniers jours d’Alexandre le Grand. Il cueille le roi à trente-deux ans, tout auréolé de sa gloire dans un banquet qui tourne à l’orgie romaine. Alexandre s’effondre. Le monarque le plus puissant d’Asie est en train de mourir, ses convulsions ébranlent l’empire, le peuple frissonne et les puissants tremblent. La mort intéresse toujours le romancier qui ferraille avec elle depuis celle du roi Tsongor. La mort, surtout chez les puissants, lui donne l’occasion de briller. Il y a chez l’auteur ce goût pour la tragédie qui peut prendre, comme ici, des accents homériens.

À Babylone, Alexandre se meurt et ses généraux s’affolent. Le roi demande qu’on envoie chercher Dryptéis, la veuve de son ami Héphaiston et la fille de son ennemi Darius, qui vit recluse dans un monastère. La jeune femme quitte à regret sa retraite pour retrouver ce qu’elle a voulu fuir définitivement: le lieu du pouvoir, ses intrigues et ses compromissions destructrices. Au même moment, Ericleops, un messager fantôme, revient des confins de l’Inde, porteur d’un message pour le monarque. Il prie pour que celui-ci l’attende. Eux, semblent être les seuls fidèles d’Alexandre avec sa femme peut-être, la fragile Stateira, qui ne survivra pas longtemps à son époux. Et Alexandre les attend, repoussant l’heure du trépas. Il est «l’homme qui ne savait pas mourir». L’odyssée ne se limite pas à sa vie. Elle englobe sa mort et se poursuit avec ses funérailles. Un mot revient pour les décrire, à l’image de sa courte existence: épique.

Il y a de quoi faire. Le nom des personnages claque. Ils se nomment Ptolémée, Perdiccas, Tarkilias, Léonnatos. Ils sont les maîtres de Babylone ou de Persépolis et rêvent d’aller encore plus à l’est. Ils se déchireront à peine Alexandre refroidi.

 

Laurent Gaudé orchestre des chevauchées héroïques (celle de Dryptréis galopant vers Babylone) et des défilés somptueux (l’armée d’Alexandre s’égrenant à son chevet, le contingent de pleureuses accompagnant sa dépouille à sa mère). Il mêle le grandiose à l’intime et la prose aux incantations. L’écrivain excelle dans cette sorte de poème épique qu’il cisèle et travaille à l’os, remodelant la matière sans paraître le moins du monde impressionné par son sujet. Il traite d’un personnage de l’Histoire mais se permet de réécrire la légende pour y insuffler ce qui fait souvent défaut au roman historique. Son aisance étonne toujours. Alors si l’on ne dédaigne pas le genre, on ne peut que souscrire à ce récit qui tisse le lien avec la tragédie antique. Françoise Dargent (Le Figaro)

Dans la seconde partie de cette rencontre, Laurent Gaudé s’est prêté avec beaucoup de gentillesse au jeu des questions / réponses aidé en cela par son ami Fabrice Andrivon, libraire du Haut Quartier à Pézenas. La retranscription vidéo de cette discussion n’est que partielle mais permettra, sans doute, à quelques uns d’avoir une approche de l’univers particulier de cet écrivain.

 

Je ne suis pas vraiment adepte des lectures publiques de romans. Pour autant, j’apprécie l’exercice dès qu’il s’agit de poésie, de nouvelles ou encore de courts extraits d’oeuvre. C’est donc avec une certaine crainte que j’appréhendais cette fin d’après-midi. Mais force est de reconnaître que dans ce cas précis, tout s’est très bien déroulé. Jean Marc Bourg et Laurent Gaudé ont l’habitude de travailler ensemble et cela se voit et s’entend. La lecture est fluide, sans à-coups facilitant ainsi écoute et compréhension du spectateur. Les personnages sont incarnés, ceci grâce à de nombreux changements de tons ou de rythme que Jean Marc Bourg distille avec  subtilité et talent. Enfin, le style de Laurent Gaudé se prête finalement, habilement à cet exercice. Lyrique et descriptif, on se prend très rapidement au jeu et l’on entre rapidement dans cette histoire, cette saga tragique. Pour l’anecdote, j’ai lu cette semaine “Pour seul cortège” et je dois avouer avoir eu à certains moments l’impression d’écouter, plus que de lire.

Avant de conclure, il convient de revenir sur les organisateurs de cet Evénement.

aux-livres-citoyens

« Aux livres citoyens » est une association loi 1901 constituée en janvier 2005. Elle a pour objet de « promouvoir le livre et d’inviter à la lecture à travers des échanges et des rencontres tout public » (art.1 des statuts). Aux Livres Citoyens se propose également de soutenir les librairies de Pézenas.
Les activités se sont organisées jusqu’à présent autour de deux grands axes :
– Des animations autour de la littérature : accueil et discussions avec des auteurs, des illustrateurs, des plasticiens. Mise en place de résidence d’auteurs.
– L’organisation du festival de littérature jeunesse « La maman des poissons » avec les associations « Après dissipation des brumes matinales », « Centre ressources Molière » et « Belugo ».
Contacts : Librairie Le Haut Quartier 8 rue des orfèvres 34120 PÉZENAS
Tel : 04 67 98 27 41
Email : auxlivrescitoyens@yahoo.fr
Blog : http://auxlivrescitoyens.over-blog.com/

PROCHAINES RENCONTRES :

Abdel Hafed Benotman : 26 février au Cinéma Molière de Pézenas
Marie-Hélène Lafon : 3 mars 15H au château de Roquelune / Pézenas (d’autres informations suivront)

AUTEURS REÇUS DEPUIS 2005 :

Jean-Michel Arroyo, Pierre Astrié, Maurice Attia, Lise Barnéoud, Lilian Bathelot, Karima Berger, Abdel Hafed Benotman, Arno Bertina, Chochana Boukhobza, Fabrice Caro, Dominique Conil, Yves Cusset, Régis Descott, Arthur Dreyfus, Lionel Duroy, Eugène Durif, Jacques Ferrandez, René Frégni, Daniel Frayssinet, Laurent Gaudé, Jacques Gélat, Philippe Grimbert, Xavier Houssin, Eric Hübsch, Marie-Hélène Lafon, Guillaume Lebrun, Claude Marti, Marcus Malte, Carole Martinez, Eric Pessan, Antoine Piazza, Arnauld Pontier, Murielle Renault, Olivia Rosenthal, Marie-Sabine Roger, Marie Rouanet, Yves Rouquette, Akli Tadjer, Nahal Tajadod, Laurence Tardieu, Vincent Tardieu, Marc Trillard, Marc Villemain, Jo Witek.

N’oublions pas également de saluer le travail fourni par la Mairie de Pézenas laissant à disposition cet endroit magique qu’est le Théâtre Historique magnifiquement restauré.

theatre-pezenas-rideau-scene

Autres liens utiles : Site internet de Laurent Gaudé