Décidément, l’association Jazzinade n’a pas fini de nous étonner. Preuve en était ce Vendredi 23 Novembre à la Salle des Fêtes (l’ancienne, pas le Moulin des Évêques) d’Agde. Comme d’habitude, l’ambiance était au rendez-vous. Ambiance Jazz évidemment, renforcée par la mise en disposition de cette salle avec des tables rondes et chaises renforçant bien l’ambiance cabaret ou speakeasy. Manquait, hélas, bourbon et fumée de cigarettes mais finalement le café remplaçait agréablement le scotch et quand à la cigarette, ayant cessé tout rapport sensuel avec cette petite sucette à cancer depuis plus de deux semaines, son absence m’arrangeait plutôt qu’autre chose.

Ambiance sympa et conviviale avec un son franchement à la hauteur, l’ancienne salle des fêtes étant vraiment un des rares lieux agathois où l’acoustique est bonne. Jazzinade rentre en scène, formation complète avec neuf musiciens et nous délivre plusieurs reprises de standards à la suite. Rien à dire ! Leur son est toujours aussi propre, les musiciens bien calés et le résultat est au top. Large adhésion du public présent, soit une centaine de personnes, ravi d’écouter un orchestre qui tient vraiment la route. Et c’est vrai que depuis quelques années, ce type de formation tend à disparaître au  profit de groupes beaucoup plus restreints (sextet maxi !). Dommage, car nombre de morceaux ont été justement prévus pour des orchestres importants et même si de petites formations arrivent à des résultats plus que corrects, il manque bien souvent ce souffle, cette puissance que l’on trouvait chez Count Basie, Duke Ellington, Glenn Miller ou Benny Goodman. Restons honnêtes, Jazzinade est loin de soutenir la comparaison avec les précités en nombre de musiciens mais c’est déjà un vrai orchestre qui assure !

 

Bref, on ne reviendra pas dessus, Jazzinade nous délivre à chaque fois un show réellement pro et d’immense qualité. Et s’il est vrai que nous les apprécions beaucoup, notre jugement sait être et est objectif ! Finalement, notre seule déception est de ne pas les voir assez souvent ensemble sur scène.

La seconde bonne surprise de la soirée fut le groupe invité : Le Melquiadès Quartet. Quatre jeunes musiciens : Matia Levréro (guitare), Matthieu Chédeville (saxophones), Alfred Vilayleck (basse électrique) et Julien Grégoire (batterie). Choix de Jazzinade excellent en invitant ce groupe assez atypique au son variant entre jazz et musiques du monde. Il y a quelques années naissait en Languedoc Roussillon le collectif Koa, formé de jazzmen qui ont entamé une campagne de sensibilisation de quartiers et des écoles au jazz et qui font les beaux jours du Vernet. De leurs rangs est sorti le Melquiadés Quartet, une formation qui revisite à l’envi les traditions musicales des Balkans, du Portugal, de l’Ecosse ou encore de l’Argentine pour les mêler au jazz au free jazz et au rock. L’improvisation prend ici tout son sens de liberté et de désir….

Ce groupe est une relecture très personnelle du personnage Melquiadès, de l’oeuvre « Cent ans de solitude», de Gabriel Garcia Marquès. Vous retrouvez d’ailleurs dans le morceau ci-dessus « Erendira » l’influence de l’écrivain sur le travail du quatuor. Ce prophète sans age n’avait de cesse, avec son clan, de parcourir le monde, à la recherche de nouvelles inventions improbables, qu’ils s’appropriaient… Tout comme dans le livre de Garcia Marquez, où plusieurs esthétiques se superposent, le groupe jongle en permanence entre folklores, compositions et improvisations libres.

 

Cette formation est né de la rencontre entre quatre artistes ayant en commun l’amour de la liberté et de l’improvisation. C’est dans les musiques traditionnelles venues des quatre coins du monde, que le quartet puise son répertoire, sans doute parce que ces mélodies simples et populaires ont le pouvoir de toucher directement le coeur de ses auditeurs. Ainsi musiques des Balkans, du Portugal, d’Ecosse ou encore d’Argentine se mêlent au Jazz, au Rock et aux musiques improvisées. Quelques compositions des membres du groupe, inspirées de ces musiques, viennent également enrichir le répertoire.

 

Ce morceau, hommage à l’immense Carlos Paredes, compositeur et guitariste surdoué qui a permis au Fado de se faire connaître dans le monde entier, résume très bien tout ce qui a été dit auparavant. Le Melquiadés Quartet, ce sont d’excellents instrumentistes dotés d’une solide et éclectique culture musicale plutôt rare dans ce milieu parfois trop compartimenté que peut être le Jazz et encore plus étonnante de la part de jeunes musiciens. Il y a chez eux une volonté de rencontre, de fusion entre différents styles qu’ils réussissent remarquablement à arranger tout en laissant une grande place aux improvisations. En fait, leur force, et cela s’est vu sur scène, réside pour beaucoup dans leur solide complicité et dans la répartition intelligente des instruments durant les morceaux. Pas de concurrence entre eux mais pas d’ignorance non plus. Ils se complètent et quand ils se retrouvent à quatre, ils ne se chevauchent pas. Le résultat est harmonieux, assemblé et maîtrisé.

Belle découverte donc que ce groupe que je vous encourage à aller voir sur scène et comme ils tournent assez souvent dans la région, cela ne devrait pas être trop compliqué. Vous pouvez également les retrouver et les écouter sur leur page Myspace.

Et pour finir, tous nos remerciements à Jazzinade pour leur gentillesse, leur talent et la pertinence de leurs choix musicaux. Retrouvez-les sur leur site internet et sur leur page Facebook.