Il y a de temps en temps des associations qui posent problèmes. Un exemple : AGDE et HADOUK TRIO.

Difficile d’associer le nom de notre station balnéaire, station capitale comme on l’affirme, avec celui d’un des meilleurs groupes du monde. L’appréciation peut sembler subjective, j’en conviens, qu’il s’agisse de la ville ou du groupe en question. Bref, parfois, des petits miracles s’opèrent et ce fut le cas ce soir d’Octobre, le 12 pour être précis, à la Maison des Savoirs.

 

Un mot d’ailleurs au sujet de la Médiathèque. Franchement, on ne peut que saluer le boulot effectué ainsi que l’immense qualité de leur programmation musicale. Les spectacles proposés sont, pour l’instant, excellents et, cerise sur le gâteau, soit gratuits, soit proposés à des tarifs plus que modiques. Autre miracle, l’acoustique du lieu. A voir ce bâtiment mélangeant poutrelles métalliques et parois de verre, on pouvait craindre le pire mais force est de constater le contraire.  Le son y est remarquable et même si cela peut surprendre, le manque de place disponible, tant pour la scène que pour les spectateurs, favorise une ambiance particulière, une proximité avec les artistes rarement possible dans des salles plus grandes, des rencontres faciles avec le public présent. Oui, une ambiance, un style original… à part.

Hadouk Trio : un des meilleurs groupes du monde ? objectivement, oui. Hadouk Trio est un groupe d’Ethno-jazz ou World Jazz. Ses membres sont : Didier Malherbe (doudouk, flûtes, ocarina, clarinette & saxophone soprano), Loy Ehrlich (hajouj : kora, sanza et claviers) et Steve Shehan (percussions (djembé, congas, darbouka, hadgini, udu, sanza, hang). Le nom “Hadouk” est la contraction des noms des deux principaux instruments joués respectivement par Loy et Didier : Hajhouj (basse ou guembri africaine) et Doudouk (Duduk)(hautbois arménien). Ils définissent eux mêmes leur musique comme du “végétal groove”, jazz à part certifié 100% sans OGM et utilisation de carburants fossiles. Présenté comme ça, on pourrait penser qu’ils représentent un hymne à la boboitude-écolo-ps tendance Delanoé arborant pulls tissés en poils de culs d’enfants péruviens mais siglé commerce équitable et avec étiquette Zadig et Voltaire. Simplement, quand on s’intéresse d’un peu plus près aux CVs des membres du groupe, on a tendance à vouloir s’asseoir.

 

Loy Ehrlich a œuvré aux côtés de Geoffrey Oryema, Toure Kunda ou Youssou N’Dour. Steve Shehan a traîné ses guêtres chez Paul Simon, Dylan, Brian Eno ou McCartney. Quant à l’ex-Gong Didier Malherbe, compagnon de Robert Wyatt ou de Steve Hillage, il constitue à lui seul une espèce de mètre étalon d’une rêverie jazz à la française. Depuis « Shamanimal », acte de naissance du groupe sur disque il y a près de dix ans, le Hadouk trio suit la voie qu’il s’est tracé, évoluant par intermittence, chacun des trois musiciens menant également une carrière solo. Sacré meilleure formation française aux Victoires du Jazz 2007, Hadouk trio n’en finit pas d’inventer des voyages passionnants, d’un continent à l’autre, entre jazz et world, Afrique et Orient. Ces trois musiciens-magiciens, reliés par une intime connivence, nous incitent à la découverte d’un univers poétique et généreux. Avec près de vingt-cinq instruments sur scène, Didier Malherbe, Loy Ehrlich et Steve Shehan improvisent et nous transportent littéralement dans un tourbillon musical. Plus qu’un concert, une traversée inoubliable de paysages sonores.

 

Déjà 8 disques au compteur avec quelques perles :

“Utopies” un  tapis volant jazzy et des bulles de groove organique, vive source balsamique d’harmonie atmosphérique (Libération). Charmeur de vents, co-fondateur du mythique groupe Gong, Didier Malherbe attrape de son phrasé inimitable les mélodies que zéphyrs et alizés lui apportent de toutes les latitudes. Méhariste éclairé, Loy Ehrlich met dans ses claviers toutes les épices des marchés du monde. Bourlingueur invétéré, Steve Shehan promène quant à lui son grand sac à rythmes sur toutes les coutures de la planète. L’utopie est l’essence même du trio Hadouk, sa nature profonde, sa force vive depuis plus de dix ans, un continent musical qui pointe entre l’Afrique et l’Orient, avance entre jazz et world, une véritable rose des vents des musiques du monde (Bruno Heuzé – Le Monde).

“Now” est léger. Et espiègle, curieux, frais comme un rire d’enfant, et inventif. Pas de miracle au constat des aptitudes : Shehan tisse à très fin tamis un entrelacement de percussions en petits bruits et bruissements, et ses doigts chantent les tambours. Malherbe se pourlèche face à sa collection de hautbois, saxophones et flûtes. Et Elrich sautille avec inspiration du hajouj (cette basse des Gnawas marocains) aux claviers les plus liquides. Mais le plus jubilatoire reste que les trois se rencontrent, se croisent et se reniflent au gré d’une géographie musicale réinventée, de traditions transgressées (Inrocks). Les problèmes d’ego convenablement gérés, on pourra s’asseoir, peinard, à regarder bouger le paysage : un appel du large fera place à des ondoiements balinais, une éruption volcanique et créole léchera le trottoir d’un bar de nuit. Car chez ces gens-là, on ne parle pas, on se contente d’avoir envie : des douze mesures d’un blues angoissant comme la nuit, d’un tripotage sauvage d’ocarina, ou d’invitation chaleureuse faite au Réunionnais Danyel Waro. Aussi inutile, donc vitale, qu’un nuage dans le ciel, la musique du Hadouk Trio ne rendra pas meilleur. Mais elle n’interdira pas d’essayer.

HADOUK_TRIO

“Baldamore – Live au Cabaret Sauvage” Hadouk Trio est le meilleur groupe du monde. On ne plaisante pas : un trio de matières, tout d’abord, de peaux tendues, terres cuites et puces électroniques, sveltes encore pour sautiller du hajouj (la basse des gnawas) aux tambours d’eau. Une brigade de péripéties ensuite, apte à toutes les escapades et toutes les volte-face (à peine a-t-on identifié un chant du Maghreb que le jazz pointe le bout de son nez, vite supplanté par les claviers timides d’une chanson douce) (Inrocks) Un groupe de mathématiques également, comprenant que trois talents valent mieux qu’un, et que les pointes de ce triangle laissent assez de fenêtres ensoleillées et béantes pour que l’individu ne soit pas bridé. Un combo d’ouverture enfin, mais la vraie, l’authentique : celle qui se nourrit d’un chant, la diva mauritanienne Malouma Mint Meidah, ou d’un Nicolas Genest à l’angélique trompette, sans tenter de les plier à des figures de rhétorique imposée. La beauté d’Hadouk Trio a du poil sous les bras, murmure des confidences à l’oreille et sur l’oreiller, saute d’un continent à l’autre avec désinvolture, et déroule parfois de stridentes colères. Et elle est, en cadeau illuminé, à l’image d’un équipage céleste en une étrange caravane.

 

Le concert de ce soir là n’a pas été au niveau de mes espérances, il les a dépassé très largement. Tu poses ta caméra, tu appuies sur REC et deux minutes après, tu as oublié pourquoi tu es venu. Tout est fluide, net et tranquille. Tu quittes un ruisseau de montagne pour te retrouver sur une dune du désert du Hoggar et ensuite t’envoler vers un clairière humide. Présenté comme ça, on dirait un trip baba. Même pas. C’est mieux. Un peu comme une symphonie de Malher où tu t’abandonnes, une petite séance d’auto-hypnose consentie sans descente douloureuse.  Bon, je pourrais continuer encore à m’enfoncer dans une cinquantaine de lignes de commentaires dithyrambiques. Et comme dans cet exercice, on commet hélas beaucoup de redites, arrêtons nous là. Regardez, écoutez les vidéos et laissez vous aller. “Air Hadouk” vous attend. A vous de voir si vous voulez monter à bord ou non.

Un article qui va sa finir comme d’habitude par l’excellent commentaire des “tenanciers” de la page Facebook de la MdS que nous saurions trop vous encourager à aimer et soutenir.

La « Barca Solaris » du capitaine Hadouk a largué ses amarres peu après 21h non loin des quais de pierre de lave noire. A son bord, cent cinquante passagers plus ou moins clandestins prêts pour un grand voyage chamanique. Sur la scène improvisée du grand hall, le grand écart des générations d’instruments, du duduk arménien plusieurs fois millénaire à l’interface audio dernier cri force l’admiration. Mais, qu’ importent les outils, les premières notes s’étirent et la magie s’installe, instantanément. De toutes les formes musicales, le trio est celle qui laisse à chaque musicien le plus de liberté, Le combo Hadouk le démontra magistralement. Musicalement, l’osmose quasi télépathique du combo, la finesse et la beauté des climats déployés vont littéralement subjuguer un auditoire enthousiaste, debout pour solliciter un magnifique rappel de près de vingt minutes de pur bonheur.

En exergue, l’extraordinaire engagement de Jean Luc Di Fraya, remplaçant au pied levé inespéré de Steeve Shehan, blessé et forfait à quelques heures des échéances, auquel vont toutes nos pensées de prompt rétablissement.

Pour finir, une simple remarque sous forme d’apostrophe. A tous ceux qui affirment qu’il n’y a rien à voir dans nos communes éloignées, qui parlent de culture sans la chercher là où elle se fait, là où elle se vit, qui prononcent doctement le mot patrimoine sans allez le voir ou l’admirer tout en bougonnant sans jamais bouger leurs popotins flasques, qui ne jugent que qualité technique et oublient rencontre et partage. A tous ceux là, sachez qu’au delà de vos calculs électoraux, de quelque côté qu’ils soient, des personnes œuvrent pour la Culture, avec un grand C, même si en Agde, nous sommes plus habitués à un grand Q. Certains sont aidés dans cette tâche par quelque sponsors privés ou autorités publiques, la plupart pas du tout ! Cela ne les empêche en rien de FAIRE, DE CRÉER  D’INVENTER ! Nous essayons modestement d’apporter notre petite part à l’édifice, sans publicité, sans aide, ni subvention. Notre page Facebook fonctionne bien et vous êtes de plus en plus nombreux à lire notre site.

Tout cela sans coup de pouce aucun des autorités publiques ou des médias locaux et régionaux. Nous n’avons aucune amertume, que de l’espoir ! Alors, un grand merci à vous qui nous lisez et nous soutenez !

Vous pouvez consulter l’ensemble des vidéos de ce concert sur Dailymotion IdHérault ou sur Dailymotion OKOCAP.