Florensac nous prouve une nouvelle fois tout son dynamisme culturel en organisant une nouvelle exposition consacrée à l’artiste plasticienne SMENIA. Exposition, pas vraiment ! La directrice de la médiathèque, Chantal Flament, a laissé à l’artiste le soin de remodeler une des salle du bâtiment. Choix audacieux où aucune contrainte n’était faite à l’artiste si ce n’est de s’inscrire dans la thématique poursuivie durant cette année : « Le temps qui passe » et ce que cela imprime sur les êtres, les objets, les idées, les paysages.

Pari totalement réussi puisqu’il nous était difficile de reconnaître le lieu où, pourtant, nous nous étions rendus il n’y a pas si longtemps à l’occasion de l’exposition de Michèle Philippe-Arellano. Les deux textes suivants, écrits par l’artiste, vous permettrons de pénétrer un peu l’univers si particulier de SMENIA.

En préparation d’une exposition à la Médiathèque de Florensac

Depuis plus de vingt ans je poursuis avec constance une démarche artistique autour du concept de territoire. Nomadisme, parcours et partages de territoires.

Je propose des installations constituées d’éléments divers trouvés sur place. Un travail avec la temporalité où, jour après jour, je prends possession d’un territoire spécifique. Je récupère, collecte, accumule, des traces de vie et les assemble en lieux de mémoire.
Une démarche minutieuse et méthodique. Glaner, récolter, cueillir, amasser, empiler, répertorier, ranger rituellement tout ce qu’un lieu recèle, ce qui est là, ce qui est offert : dons de rencontres hasardeuses ou d’amis de passage. De la nature ou des Hommes.

Dans ces dispositifs, je mets en scène des univers traversés par les mythes, récits cosmogoniques réels ou imaginaires. Dialectique entre l’universel et l’individuel.

Le concept de territoire implique une réflexion sur les frontières, ces limites dont on ne prend conscience que quand on les franchit, qu’on passe de l’autre côté. Derrière, à travers, en face, sur le bord, à l’écart. À la lisière, sur le fil, sur la ligne…

L’instabilité, la vulnérabilité, l’entre-deux, la vie et la mort. Savoir regarder la beauté de chaque chose, s’asseoir et observer la lumière sur ce que le temps a marqué, celui qui passe et celui qui change, le temporel et l’atmosphérique. Traces de vie. Passage d’un état à un autre. Fragilité de notre être et du monde, entre passé et avenir : fil ténu sur lequel nous nous maintenons en équilibre. Art éphémère à l’image de ce que nous sommes, êtres de passage sur cette terre. Un acte de vie, une philosophie.

Le territoire devient le lieu d’une expérience intellectuelle ; plus qu’un objet de contemplation, il devient partenaire, parfois même partenaire esthétique.” Forces spirituelles” et “forces naturelles” se conjuguent pour donner un sens au territoire. Le spectateur est amené à participer à l’œuvre dans la mesure où il entre dans son espace et peut l’appréhender selon différents rapports.
Cette pratique établit une critique radicale de la pérennité de l’œuvre au profit de la temporalité, de l’éphémère, démarche qui fait écho à la remise en question de l’œuvre comme objet-marchandise. Ce choix renoue aussi avec l’authenticité formelle de l’engagement esthétique.
En jouant l’éphémère contre l’éternité, je cherche à affirmer la présence à l’instant de l’œuvre, et les matériaux périssables mettent en évidence l’antihistoricité, l’intemporalité de l’art. Dépassant le caractère éternel ou intemporel traditionnellement lié à l’existence d’une œuvre d’art, ces productions artistiques visent à renouer avec la conscience de la durée, de l’écoulement du temps, et bien entendu de la mort : l’œuvre est mortelle, mais la conscience-même de son caractère mortel lui restitue une vie : l’œuvre est vivante, elle s’accomplit dans la durée.

Quelques pistes

Les Hommes font l’Histoire et l’Histoire les emporte. Seules d’entre toutes les créatures, nous savons que nous sommes de passage, entre la naissance et la mort. Ce n’est pas le temps qui passe mais nous, qui passons.

Art éphémère à l’image de ce que nous sommes, êtres de passage sur cette terre.
Précarité des installations elles-mêmes vouées à la disparition.

Jour après jour, au cours de mes déambulations, je ramasse, récupère, recueille des traces de vie et les assemble ; toutes sortes d’objets, témoins fragmentés de leur temps, instantanés de vie semés çà et là, souvenirs échappés glanés au fil du temps. Trésors amassés porteurs d’histoire(s).

Entre l’avant et l’après, l’ici et l’ailleurs, confrontations, corrélations entre des éléments livrés à l’esprit du temps.

L’instabilité, la vulnérabilité, l’entre-deux. Passage d’un état à un autre. Fragilité de notre être et du monde, entre passé et avenir : fil ténu sur lequel nous nous maintenons en équilibre.

Mon travail tourne autour des thèmes récurrents du territoire et du temps qui passe et laisse son empreinte. Ma démarche s’articule autour du rituel ordinaire qui rythme les actes quotidiens de la vie. Le rite qui permet de créer un marquage dans la vie, un enracinement dans le temps.

Le rhizome est la partie souterraine de la tige de certaines plantes vivaces. Ce sont des cellules de propagation, mais aussi de stockage. Il a une fonction de réserve d’énergie et contribue à l’aération des sols.

La vie est un espace-temps sur cette terre, le rhizome qui se fraie son chemin et investit un territoire est une représentation symbolique, une métaphore de notre vie. Il progresse à l’horizontal, tel le temps, et produit des pousses qui surgissent, fleurissent semblables à des évènements marquants de notre vie. Réseaux, relations, rencontres, les personnes que l’on croise, les lieux que l’on parcourt, le temps qui s’écoule, tout fait rhizome.

Smenia, novembre 2012

Le plus simple pour nous permettre de mieux appréhender l’oeuvre de cette artiste atypique est encore de lui laisser la parole dans ce court entretien réalisé peu de temps avant le vernissage de l’exposition. Elle revient sur ses sujets récurrents : le territoire et le temps qui passe. Utilisation de tous les moyens techniques et artistiques, récupération des objets du quotidien pour leur donner une nouvelle existence, confrontation des cultures, voyages sont les sujets qui ponctuent son travail et sur lesquels elle accepte de revenir avec nous.

Cette exposition prouve une fois de plus tout le dynamisme de la médiathèque de Florensac que l’on ne peut que féliciter pour ses choix audacieux et toujours de très grande qualité. Recevoir ainsi et initier des expositions d’artistes exposant dans le monde entier n’est pas chose facile; les offrir librement au public l’est encore moins. Et l’on ne peut que féliciter Chantal Flament, ainsi que les services culturels de Florensac, pour toute l’énergie investie dans la réalisation de ces ambitieux projets. Le vernissage s’est conclu dans la bonne humeur, comme il est d’habitude, par un apéritif collation où étaient présents le conseiller général du canton Michel Gaudy ainsi que le, toujours présent, adjoint à la culture de la ville.

Pour finir, signalons que la médiathèque de Florensac vient d’ouvrir une page Facebook que nous vous encourageons à aller visiter et soutenir. Vous pouvez également retrouver toutes les oeuvres de SMENIA à cette adresse.