On peut considérer cet article comme la suite logique de celui que nous avions consacré aux Amis de Pézenas. Parmi toutes les actions entreprises par cette association presque centenaire, l’un d’entre elles avait particulièrement attirée notre attention : la réhabilitation du cimetière juif de Pézenas. Car si, comme beaucoup, nous connaissions l’existence d’un ghetto juif à l’intérieur du quartier historique de la ville, rares sont les traces mentionnant l’existence d’un cimetière destiné aux membres de cette communauté.

Accompagné par quelques membres de l’association, dont nous ne dirons jamais assez la gentillesse et la disponibilité, nous nous sommes rendus sur ce lieu de sépulture afin de pouvoir juger de l’immense travail de réhabilitation effectué. La première photo ci-dessous vous donne une idée particulièrement réaliste de l’état des lieux avant le commencement de l’ouvrage.

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Difficile d’imaginer l’immensité du travail à effectuer. Situé à la limite de la ville, dans un terrain difficilement accessible, il a fallu à ces bénévoles déployer des trésors d’imagination pour pouvoir effectuer cette réhabilitation : amener eau, ciment, trouver une bétonnière ou un groupe électrogène, tâches simples lors d’un chantier courant relevaient souvent de l’exploit dans ce cas précis. Rajoutez à cela le découragement qui envahit peu à peu de nombreux membres de l’équipe devant l’ampleur, l’immensité du travail à effectuer pour qu’ils ne restent plus que deux, René Loubet et Pierre Richez qui durant sept longs mois (de Février à Septembre) ont consacré pratiquement l’ensemble de leur temps à la réalisation de ce projet.

Ils ont ainsi mis à jour cinq tombes ensevelies sous les ronces, ont charrié des tonnes de terre, ont répertorié toutes les pierres éboulées une à une, pour retrouver les dimensions d’origine de l’enclos : 27 m x 16 m, et ont reconstruit le mur d’enceinte, ont réuni chaque morceau du puzzle pour reconstituer les plaques nominatives des pierres tombales, ont replanté les 5 cyprès (tradition juive expliquée dans l’entretien ci-dessous).

 

Les deux pierres sculptées représentant les rouleaux de la Torah ont été restaurées par Bruno Mendola, et ont retrouvé leur place sur le montant du portail d’entrée. Les travaux gigantesques en regard des moyens mis en oeuvre, achevés, le site a donné lieu à une commémoration avec la Communauté juive de Béziers, et à une visite lors de la Journée du Patrimoine.

Dans ce même entretien, dont nous déplorons la médiocre qualité sonore due à un vent très soutenu ce jour là, Claude Alberge, Président de Amis de Pézenas, revient sur l’histoire de l’un des occupants de ce cimetière : Israël Bédarride (1798-1869) dont vous pouvez voir ci-dessous une photo de la plaque reconstituée.

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Personnage attachant dont les convictions et l’engagement forcent le respect. “Pour lui, le combat pour la judéité est un combat pour l’homme, qui fait progresser les idées de liberté et d’égalité inscrites dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen : “Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses“. Israël Bédarride fut le témoin et l’artisan de ce mouvement d’émancipation du “peuple juif”, mouvement accéléré par la Révolution de 1789 et poursuivi, à travers l’Empire et les chartes constitutionnelles de 1814 et de 1830, pendant la première moitié du XIX°. Avec Adolphe Crémieux, son aîné de deux ans (qui devait devenir le ministre de la Justice du Gouvernement provisoire de la Seconde République et du gouvernement de 1870-1871), et Eugène Lisbonne, son cadet de vingt ans, son compatriote et disciple (qui, lui, devait être élu député puis sénateur de la Troisième), il combattit pour que les Français de confession israélité soient reconnus comme citoyens à part entière. Mais ce combat pour l’égalité des confessions et la liberté de conscience, il ne le mena pas seulement pour eux, mais pour l’homme. Il fut enfin un précurseur en posant des questions qui restent d’actualité, comme la torture, la peine de mort -dont il était un farouche adversaire- et les droits des femmes. Rien ne paraissait insurmontable à cet humaniste optimiste, dont la vaste culture et l’expérience conduisaient à l’humilité.  “Çà se plaide !” aimait-il à répondre à ceux qui avaient pensé trouver une solution définitive.” 

Claude Alberge, avec son intelligence habituelle, donne une fin idéale à cet article en déclarant lors de l’entretien “En restaurant sa tombe, on a tiré un coup de chapeau à un grand monsieur”.

Dernière chose avant de clôturer cet article ; pour une fois, nous ne vous communiquerons pas l’adresse ou le lieu de ce cimetière pour des raisons que vous pourrez comprendre. Si certains d’entre vous étaient intéressés par une visite, le plus simple est de contacter les Amis de Pézenas à leurs coordonnées habituelles :  “Les Amis de Pézenas” Musée de Vulliod – Saint Germain 34120 Pézenas Tél : 04.67.98.11.82. Et pour les piscènois qui nous lisent, nous ne saurions trop vous encourager à rejoindre, à adhérer à cette association dont la qualité des actions n’a d’égale que la bonne humeur et la gentillesse de ses membres.