Parmi les belles rencontres qu’il nous arrive de faire pour la tenue de ce site, il en est parfois certaines qui sont plus marquantes que d’autres. Ce fût le cas avec Gabriel BACQUIER, cet éternel jeune homme pétri d’humour et d’espièglerie ce qu’à priori son age avancé ne laissait pas forcement augurer. C’est durant le Festival Pézenas Enchantée, dont on ne dira et ne répétera jamais assez la qualité du programme et des invités, que nous avons eu l’occasion de rencontrer le Maestro à l’occasion d’un concert se déroulant à l’auditorium Boby Lapointe le 19 octobre 2012.

Concert à la fois riche, délicat, truculent et coquin, tout à la mesure du personnage qu’est Gabriel BACQUIER. Si, pour certains, ce nom était inconnu, il faut savoir que cet immense baryton, sans doute le plus important du siècle dernier, bitterois de naissance mais piscènois d’adoption et de coeur, fut pendant presque une quarantaine d’années le plus grand ambassadeur du beau chant français à l’étranger. Imaginez : 17 saisons d’affilée au Metropolitan Opera de New York, une présence régulière au Staat Opera de Vienne, au Convent Garden, au Colon de Buenos Aire… Un talent salué unanimement par la critique pourtant féroce dans ce milieu et une capacité peu commune à interpréter, avec autant de réussite que de bonheur, rôles dramatiques et comiques.

Bacquier

Le plus simple est encore de consulter la page Wikipédia qui lui est consacrée et qui fournit beaucoup de détails sur sa vie et son oeuvre. Vous pouvez également fureter sur les sites de partages vidéo tels que Dailymotion ou Youtube pour y retrouver quelques extraits des grands rôles interprétés par le Maestro. A titre personnel, je ne saurais trop conseiller de regarder  et d’écouter son interprétation de Leporello dans le « Don Giovanni » de Mozart, Almaviva dans les « Le Nozze di Figaro », l’immonde Scarpia de « La Tosca » qui reste l’un de ses personnages fétiches ou encore, et c’est là sans doute l’un de mes préférés, ce sublime extrait d’un film de Götz Friedrich où il campe un Falstaff fabuleux dans une interprétation de référence.

L’une des caractéristiques du Maître, peu commune dans ce milieu parfois peu tolérant, est d’avoir toujours manifesté autant d’intérêt pour opéras, opérettes et… chansons. Cet amour de tout l’art de chanter dans son immense diversité, il nous l’a offert en partage ce joli soir d’octobre à l’auditorium Boby Lapointe de Pézenas lors d’un récital de mélodies et chansons. En regardant les vidéos qui suivent, vous pourrez, je l’espère, comprendre un peu pourquoi j’ai, à la fois, une telle admiration et une immense tendresse pour ce personnage. Ce concert est frais, drôle, souvent coquin voire osé mais jamais vulgaire. Malgré sa fantastique carrière, Gabriel BACQUIER est et reste un homme humble, curieux de tout et toujours à l’écoute du public, son public avec qui il partage sans retenue aucune. Cette soif de vie, ogresque parfois, cet humour, cette connivence et cette proximité firent de lui, pendant des années, le baryton préféré de toutes les grandes scènes nationales et internationales. A 87 ans, il nous prouve encore une fois toute sa malice dans ce récital.

Bacquier

Il est accompagnée par la mezzo-soprano Sylvie Oussenko, son « amie » ainsi qu’il la nomme. Cantatrice plus qu’attachante douée d’une connaissance encyclopédique de la musique qui, à chaque fois qu’il m’est donné de l’écouter, me laisse totalement pantois. Preuve s’il en est besoin de son érudition, les ouvrages qu’elle a consacré à son compagnon (Pèlerinages, préface et illustrations de Gabriel Bacquier (poèmes), éditions France Univers – 2010 ou Gabriel Bacquier, le génie de l’Interprétation (essai biographique), éditions MJW Fédition – 2011) mais également sur Chopin, Schumann ou sur l’opéra tout simplement ( Chopin, éditions Eyrolles – 2009, L’Opéra tout simplement, éditions Eyrolles – 2009, Schumann, éditions Eyrolles – 2010).

 

Femme dont l’humour n’a d’égal que celui du Maître, ce dernier aimant volontiers dire qu’elle est réellement « comique » au sens noble du terme, bien qu’elle s’en défende en permanence. La scène de fin présente dans la troisième vidéo où tout deux reprennent une scène de « La Vie Parisienne », à la fois pleine de drôlerie et touchante, prouve bien toute la complicité et l’amour qui unit, dans le talent et le plaisir de chanter, ces deux très belles personnes que sont Sylvie et Gabriel.

 

La reproduction de ce concert n’est que partielle. Ainsi ne figurent pas ici les autres airs interprétés par Sylvie OUSSENKO (avec un regret particulier pour les zarzuelas et mélodies espagnoles chantées en fin de concert avec beaucoup de finesse) ainsi que les parties de piano solo interprétées par Sabine LIGORI-DELMAS.

 

J’espère réellement que vous pourrez au travers de ces quelques extraits ressentir un peu du plaisir immense que nous avons eu à les écouter, filmer et monter. Une dernière remarque sous forme de souhait : avoir de nouveau l’occasion de les revoir sur scène ! Gageons que cela ne restera pas voeux pieux et que l’année 2013 nous réservera quelque bonne surprise en ce sens !