Superbe exposition proposée par la médiathèque de Florensac dans le cadre de sa thématique “Le temps qui passe” et ce que cela imprime sur les êtres, les objets, les idées, les paysages. Superbe à double titre puisque c’était là pour nous une occasion de retrouver avec plaisir le travail de Michèle Philippe-Arellano que nous avions déjà découvert lors d’une de ses précédentes expositions à Frontignan, mais également parce que nous avons pu découvrir ce très bel endroit qu’est la médiathèque de Florensac animée avec beaucoup de talent et de passion par sa directrice Chantal Flament. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de faire prochainement un article complet sur ce lieu, hélas trop peu connu, sur ses possibilités et sa programmation originale et fort bien pensée.

Michèle PHILIPPE – ARELLANO est née en France. Partie au Maroc pour un court séjour, très marquée par la culture de ce pays, elle y restera presque une décennie. Puis elle s’installe dans les Antilles françaises, en Guadeloupe, pour quatre ans. Elle réside ensuite pendant de longues années au Mexique où elle suit les cours à l’Institut National des Beaux Arts à San Luis Potosi et au Centre de Recherche et d’Expérimentation Plastique à Mexico. Très attirée par la richesse culturelle mexicaine, elle y retourne volontiers travailler dans un atelier d’artistes. Après une nouvelle période dans les Antilles, à la Martinique (Cours à l’Ecole Régionale des Beaux Arts), elle passe quelques années en Europe, à Ljubljana, en Slovénie. Elle retrouve Tanger dix-huit ans après. Le choc est grand et déclenche un travail de recherche sur la ville à travers les cimetières chrétiens, musulmans et juifs. Depuis 1998, elle réside en France dans un petit village du Languedoc. Mais elle continue de voyager, découvre la Mauritanie et le Sahara, le Moyen-Orient en général et la Palestine en particulier…. Son travail se concentre sur la Méditerranée.

Traces de pas sur le sable, traces sur les pierres, traces de la gravure sur le papier, tout est prétexte à exalter la civilisation méditerranéenne, celle- où tout a commencé, ou l’alphabet est né où les signes se transforment en mots et les mots en phrases même si l’on ne parle pas la même langue .
Michèle Philippe-Arellano semble à l’affût de ce qui bouge, de ce qui pourrait donner sens à sa feuille de papier mais au-delà de cette feuille se sont les racines de la vie qu’elle va chercher, interroger avec cette envie de rencontrer l’autre, même s’il est différent, surtout s’il est différent. Pour dialoguer, partager, vivre ensemble dans un espace commun qui n’est pas étranger.
Voyageuse infatigable, elle aime poser son regard sur ce qui est neuf, qui est inattendu mais tout ceci n’est que prétexte, Michèle Philippe-Arellano s’intéresse essentiellement à ce qui est vivant, communiquant qui donne et qui reçoit. Son œuvre en est imprégnée, c’est ce qui fait sa richesse et sa densité.”  C’est ainsi que Jean-Paul GHONEIM (Jérusalem 2008) décrit le travail de cette artiste. Cette exposition à Florensac nommée “EL TIEMPO” reprend tous ces thèmes chers à cette artiste nomade, curieuse et enthousiaste. Lors d’un court entretien, elle revient avec nous sur ce thème “Le Temps” ainsi que sur les approches culturelles, sociologiques différentes selon les peuples, les civilisations de cette notion.

Au cours de ses nombreux voyages, Michèle Philippe-Arellano s’imprègne de ce qu’elle voit, ressent, devine et exprime ses impressions en employant différentes techniques de gravure : aquatinte, eau forte, xylogravure, linogravure, gaufrage…pour donner un travail minutieux, chargé de références culturelles.

« Au Mexique comme dans tous les pays, les strates religieuses émergent dès qu’on fouille le sol. Ces vestiges de temples, d’églises, ces pierres sculptées sont les traductions matérielles de croyances diverses, étroitement imbriquées, déteignant les unes sur les autres au fil des siècles.
Dans le peuple mexicain perdure encore l’absence de dichotomie entre le réel et l’imaginaire, la vie et la mort, le quotidien et le religieux.
Divinités du passé et du présent, rites pré- hispaniques et rituels chrétiens révèlent d’un culte unique où paganisme et sacré se confondent étrangement.
La mort accompagne les vivants. Les « calaveras » images de squelettes, servent aussi bien pour ironiser l’individu, faire passer un message ou exorciser un grave évènement personnel.
Avec une précision délicate, poétique, en noir et blanc balafré du rouge sang, Michèle Philippe-Arellano représente les doutes, les espérances, les crédulités de l’homme, sentiments universels que même la science ne peut éradiquer: l’intemporalité des croyances humaines. »  J. Maurel

Le vernissage s’est achevé par de courtes interventions de l’artiste, de la directrice de la médiathèque Chantal Flament et du maire de Florensac, Vincent Gaudy dont il convient de saluer ici l’humour.

Le champ poétique des signes

Depuis déjà de longues années le travail de Michèle Philippe-Arellano est animé par un sentiment méditerranéen. Il est vrai qu’au fil des années, au gré de ses recherches et de ses pérégrinations amicales, l’artiste a appris à connaître l’espace méditerranéen et, de l’Europe balkanique au Maghreb et en passant plus récemment par la Mauritanie et la Palestine, elle peut espérer en approcher l’esprit et cerner une communauté de partage. Les précédentes expositions de l’artiste dans les Centres Culturels Français de Palestine témoignent assurément du souci de tisser les liens d’une mémoire collective.
Michèle a choisi un domaine particulier, celui des premières écritures. Dans ce domaine la curiosité de l’artiste est insatiable et elle approche de multiples alphabets dont la magie des noms, -le Punique, le Libyque, le Glagolitique- suffit déjà amplement, indépendamment de toute curiosité linguistique, à nous transporter. Ce choix révèle d’emblée l’exigence de l’artiste : la volonté de se positionner à la croisée de plusieurs domaines d’expression, sur un territoire ou l’écrivain, le poète et le plasticien sont également à leur aise.
Le fil directeur de ce travail est de valoriser un signe poétique à travers une géographie sensible de l’espace méditerranéen. Bien évidemment, nous entendons par signe la représentation abréviatrice et poétique du monde.

Yvon Le Bras

Vous pourrez trouver ci-dessous quelques unes des gravures de Michèle. Au delà des textes précédents dont je ne suis que le modeste passeur, je ne saurais trop vous encourager à aller voir le travail, les oeuvres de cette artiste véritable. Mais surtout, je vous recommande d’aller à ses vernissages pour rencontrer une femme qui, outre le talent artistique, a le talent de la vie ! Ce don si particulier qu’ont très peu d’êtres à expliquer, transmettre leurs expériences, leurs rencontres parce qu’avant de vous en parler, ils ont tout d’abord beaucoup écouté. Parler du travail de Michèle, c’est au final faire une éloge de la curiosité, qualité devenue trop rare dans une époque où, paradoxe ultime, nous n’avons jamais autant disposé d’ouvertures possibles sur le monde, les autres avec leurs différences qui en font leur richesse et où pourtant, le repli sur soi et l’ignorance deviennent usages courants ou, pire, des règles de conduite. Michèle, dans ses gravures, remet à l’honneur avec enthousiasme, énergie et talent ces jolis mots que sont humilité, découverte et humanité.

On ne peut d’ailleurs que regretter, mais cela devient presque monnaie courante, le manque flagrant de public lors de ces vernissages, même si, ce soir-là, l’assistance était plutôt nombreuse et intéressée. Contrairement au postulat qui veut que ce qui est rare est cher, ces évènements sont, certes, peu nombreux mais gratuits. Vous pouvez l’espace d’un moment découvrir des artistes qui vous parleront, pour la plupart, avec passion de leur art. Vous n’aimerez pas forcement tout ce que vous verrez mais, au moins, aurez-vous eu la curiosité, l’envie de découvrir et de rencontrer. Dans une société où l’on veut formater jusqu’à vos désirs ou envies, vous prouverez ainsi à tous que l’uniformité n’est pas une règle. Emmenez vos enfants ou vos petits enfants. Outre le fait de devenir des passeurs de culture et d’éveil, vous vous apercevrez vite que les gestes, démarches ou habitudes prises dans l’enfance ne se perdront pas de si tôt. J’arrête là tout ce discours sentencieux pour ne pas louper Secret Story à la TV (je plaisante !).

N’oubliez pas non plus de faire un tour à la médiathèque de Florensac. Outre les expositions dont nous vous rendrons compte régulièrement dans ces colonnes (quoique… colonnes pour le web… m’enfin passons), vous y rencontrerez des personnes fort sympathiques et à la passion communicative. Merci à elles pour leur accueil et leur bonne humeur.