Le mardi 28 Août à 18h, Les Amis de Pézenas ont reçu Isabelle BRISSON qui présenta son livre « Chasseuses d’hommes » (Ovadia) Des histoires vécues, quelques portraits masculins…

Isabelle BRISSON est journaliste et a travaillé plus de 20 ans au Figaro, dont dix ans en tant que journaliste scientifique. Elle s’est fait connaître par plusieurs ouvrages précédents dont : “Le stress du bigorneau et autres histoires” chez Plon, un livre complètement épuisé que l’on peut encore se procurer sur des sites spécialisés dans l’échange entre particuliers.

Isabelle Brisson

Du plus petit tardigrade (un minuscule insecte proche des araignées) à la plus grosse baleine bleue (championne du monde toutes catégories des mammifères), en  passant par le plus commun des rats et le plus extraordinaire des moutons à cinq pattes, les animaux de la planète sont ou seront à plus ou moins brève échéance menacés de disparition, au grand dam des écologistes. Il ne restera bientôt plus qu’à les observer dans le zoo planétaire et les découvrir dans le livre d’Isabelle Brisson, savant et plein d’humour. Passées à la loupe, au laser ou au microscope des spécialistes, ce petites bêtes révèlent chaque jour de nouveaux secrets. Saviez vous, chez les insectes par exemple, que les acariens sont utilisé les uns contre les autres, aux Etats-Unis, pour leurs qualités ” anthropophagiques ” : ils remplacent ainsi les insecticides. Les moustiques pourraient servir d’armes redoutables aux terroristes pour propager des maladies. Les grillons chantent de moins en moins souvent dans le métro parisien depuis que l’on n’y fume plus. Chez les mollusques, la pieuvre possède des capacités cérébrales au moins aussi évoluées que celles des oiseaux et des primates, et la vache éructe du méthane comme elle respire, ce qui a pour conséquence de la faire participer à l’effet de serre, même si ce n’est qu’en toute petite proportion. Toutes ces informations figurent, sans anthropomorphisme, dans le livre d’Isabelle Brisson

Dans son second livre “Langue de vipère et oeil de biche : Les dessous scientifiques des métaphores animalières”, elle s’amuse à décortiquer les expressions de la langue française qui sont truffées de métaphores animalières et composent un singulier bestiaire. Pour 35 d’entre elles, l’auteur rend compte des dernières découvertes des chercheurs et nous dévoile la vie des bêtes. Chaque expression fait l’objet d’une présentation complète qui comprend définitions, notions, devinettes et pistes de lecture. Vif, léger, et drôle, ce petit livre illustré est une introduction didactique et ludique au monde animalier.

Isabelle Brisson

“Les doigts de pieds en éventail… – Une promenade récréative dans les expressions française” préfacé par Yves Coppens est son troisième ouvrage. Les expressions proverbiales, axiomes et maximes populaires sont revisitées, adaptées ou replacées par l’auteur dans un contexte scientifique. Par exemple ” Grand nez,  grand zizi ” serait, selon les paléontologues, un des facteurs de la survie de l’espèce. Le “coup de foudre” relèverait du syndrome psychologique inversé du coeur brisé ou encore pour les statisticiens ” le travail c’est la santé “. En annexe, les puristes trouveront les expressions telles qu’Alain Rey et les autres dictionnaires les ont définies.

Elle a obtenu la distinction de Commandeur exquis de l’ordre de la Grande Gidouille du Collège de Pataphysique le 1er avril 2007. Rappelons pour ceux qui oseraient ne pas le connaître que ce Collège fût créé en 1948 et prône la philosophie du Dr Faustroll, un personnage imaginé par Alfred Jarry (1873-1907). La pataphysique donne des solutions imaginaires à des problèmes qui ne se posent pas.

Isabelle Brisson

Mais revenons à son dernier ouvrage “Chasseuses d’homme”. “Je ne savais vraiment pas quoi faire pour éviter d’éclater de rire parce que j’ai le vin gai. Allons donc ! Et comme je m’étais enfilée une gorgée de vin après l’autre, j’avais insisté pour qu’on m’apporte une deuxième bouteille. Lors de la commande mon hôte m’avait fixé d’un air dubitatif, n’osant rien dire.”

Ce livre est le fruit de mon expérience personnelle en tant que célibataire et le résultat d’une enquête journalistique. Mon étude d’entomologiste a commencé il y a environ six ans. La première année j’ai exploré les agences matrimoniales, puis j’ai inséré une petite annonce dans « Le Chasseur Français » et je me suis inscrite à des dîners de célibataires. Ensuite je me suis promenée pendant cinq ans sur l’un des sites les plus sérieux de rencontres pour célibataires. Et j’ai rencontré des hommes et des femmes qui ont fait la même démarche que la mienne. Cette recherche fait de ce livre un véritable document sociologique. Il est en effet le produit de l’observation de personnages parmi les plus représentatifs de notre société, des obsédés, des complexés, des refoulés, des extravagants, des dingues et parfois même aussi des sincères. Tous ceux qui peuvent se découvrir et éventuellement se « consommer » sur le marché actuel du célibat.

C’est toujours dans le cadre charmant et bucolique de la butte du Château de Pézenas, ouverte pour l’occasion, que se déroula cette rencontre littéraire avec une auteure attachante au sourire malicieux, mêlant timidité, charme et intelligence. Ça, c’était pour le côté drague élégante et old school (car j’aurais plu chercher à faire plus djeun en écrivant : qu’était trop bonne et qu’jai kiffé à donf). Dans l’introduction vidéo ci-dessous, Claude Alberge, Président des Amis de Pézenas, nous fait une présentation, fidèle à son style habituel tout en humour, d’Isabelle Brisson et revient sur l’histoire du Château de Pézenas.

Pour être très honnête, je n’avais pas lu son livre avant de me rendre à cette rencontre. Manque de temps sans doute, mais beaucoup plus surement mon absence tragique, désespérante, d’intérêt, fort souvent injustifié, pour la littérature féminine dés lors qu’elle aborde son sujet récurrent : les Hommes ! Pourtant, j’avais lu avec un plaisir immense “Langue de vipère et oeil de biche“, ouvrage passionnant et très drôle avec un ton, un style qui me plaisait beaucoup. Malgré ce premier rapport plus qu’agréable, je redoutais quelque peu de devoir subir pendant plus d’une heure l’examen de la tribu masculine par quelque quinquagénaire parisiano-féministe ayant de plus collaborée à cette Pravda néo-libérale, qu’est “Le Figaro” (à ce sujet, j’arrive très bien à imiter Jean D’Ormesson lorsqu’il prononce ce nom – scripturalement, l’exercice est beaucoup plus ardu). De plus, célibataire endurci en farouche opposition avec la phrase de Paul Valery “Un homme seul est en mauvaise compagnie” (reprise dans la préface de Jean-Didier Urbain), j’envisageai avec quelque crainte l’idée de devoir subir récits et anecdotes à propos de vieux célibataires n’ayant qu’une véritable envie : se caser !

Bref, comme souvent ou plus exactement comme très souvent, je m’étais une fois de plus “planté” : Isabelle Brisson est une femme passionnante ! Et j’espère que vous éprouverez autant de plaisir à la voir (car, pour ne rien gâcher, cette demoiselle est réellement charmante), à l’écouter que nous en avons éprouvé à la filmer et la photographier.

Organisée avec beaucoup d’intelligence par Nicole Cordesse, cette rencontre, cet entretien collectif ponctué de nombreuses questions et remarques fut, contre toute attente (de ma part) un moment plus que plaisant où rires et sourires furent nombreux.

Même ma chère collègue Laurène, pourtant réputée pour son postulat de départ “Intellos et journalistes m’emmerdent” m’avoua qu’elle ne s’était pas ennuyée une seule seconde, pire encore qu’elle avait adoré et qu’elle, aussi, avait été séduite à la fois par la personne et par son discours. Ma fille ayant eu l’intelligence de faire l’achat du livre sur place (comme quoi, moi aussi, une présence féminine peut m’être de quelque utilité), j’ai pu, grâce à elle et sans doute à son corps défendant, passer deux nuits avec celle qui m’avait charmé durant cette fin d’après-midi (je parlais du livre bien évidemment !).

Contrairement aux précédents que l’on pouvait poser sur la table de chevet, l’oublier un moment pour ensuite s’y replonger avec plaisir, celui-là se lit d’une traite. Je ne reviendrais pas sur toutes les histoires que raconte Isabelle et que vous pourrez retrouver, pour partie, dans les vidéos mais plus sur le regard qu’elle pose sur moi, nous, les hommes. Malgré sa posture de départ résolument entomologiste, son étude de quelques spécimens masculins est lucide mais jamais clinique avec beaucoup d’auto-dérision en prime. Son style est vif, clair avec une façon délicieuse et pétrie d’humour de décrire toutes ces situations que tout célibataire qui se respecte a au moins connu une fois dans sa vie. Certes, dans son livre, les hommes en prennent pour leur grade mais à juste titre. Le regard qu’elle porte sur eux est réaliste mais au final plutôt indulgent, compréhensif et même, parfois, tendre. En revanche, l’étude qu’elle réalise sur cette société du début du XXIème siècle et sur ses mœurs de rencontre, voire d’accouplement, est beaucoup plus dure, aigre à certains moments.

Pour finir ce long, trop long article, je reprendrais l’une de ses phrases : “Enfin et pour délivrer un dernier message je raconte aussi à la fin du livre que l’on cherche souvent la perle rare, mais il peut arriver que l’on tombe dessus dans un train. Au moment où l’on s’y attend le moins, et ce, à n’importe quel âge.” Au train, j’aurais pu rajouter dans un jardin.

Tous nos remerciements, encore une fois, aux AMIS DE PEZENAS pour leur coopération, leur gentillesse et leur bonne humeur.