L’exercice le plus compliqué pour tout scribouillard internet qui se respecte est, sans aucun doute possible, de parler de ce que l’on a pas aimé. Il est vrai que certains en font profession et se pourlèchent les babines d’aise à la seule pensée de pouvoir cracher tout leur venin sur tel film, chanteur ou spectacle. Lorsque nous avons créé OKOCAP, nous avions un principe que nous n’avons pas forcement tout le temps respecté “Ne parler que de ce que l’on aime ou a aimé”. D’où la complexité que je rencontre à écrire cet article.

Axelle Red, cela a toujours été pour moi un gros paradoxe. J’ai toujours beaucoup apprécié ses disques, ses mélodies et très souvent ses textes. Même son dernier album “Un coeur comme le mien” qui est resté pourtant très confidentiel, je l’ai bien aimé. Bien réalisé comme d’habitude, appuyé par des paroliers à tomber comme Miossec, Stephan Eicher, Florent Marchet ou… Gérard Manset, l’ensemble est réussi avec une sonorité très folk qui dénote avec les albums précédents. Bref, que du bon sauf que…

Sauf que Axelle Red, j’avais déjà eu l’occasion de la voir plusieurs fois sur scène, depuis ses premiers succès en passant par sa période soul/funk et qu’à chaque fois, j’avais ressenti à peu près la même chose : un sentiment bizarre oscillant entre le pas mal, bon musiciens et un plus clair “Je m’ennuie !” (pour rester poli). Les femmes étant comme le bon vin (phrase bidon ne cherchant que péniblement à dissimuler tout le sexisme qui est mien), je m’étais donc dit que le choc des 40 ans ne pouvait lui être que salutaire. Que nenni ! Comme les précédentes fois, la mayonnaise ne prend pas !

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Tout s’annonçait pourtant bien. Jolie ambiance sur scène (flottante, dois-je le rappeler) assez cosy, plutôt folk ou country. Quatre musiciens à entourer la jolie rousse : un guitariste, un bassiste-contrebassiste, un pianiste- guitariste et le dernier aux drums-percussions. De bons écrans géants pour permettre au public nombreux de ne rien manquer de la performance et une sono plutôt bien calée ce soir là. Les morceaux d’attaque, même s’ils ne sont pas tous connus de la grande majorité des personnes, sont accrocheurs et bien interprétés. Mais au fur et à mesure des titres, le concert ne décolle pas et, très vite, on ressent un énorme décalage entre ce qui se passe sur scène et le public. Aucune osmose, bien qu’encore une fois, les musiciens soient excellents.

Quelques chansons plus connues réussiront, le temps d’un instant, à sortir le public de sa douce torpeur comme Ce Matin, A Tatons ou Sensualité. Mais au final, je repartirais avec exactement la même impression que lors des concerts précédents. Axelle Red live, il y a un souci et le pire, c’est que je suis totalement incapable d’expliquer lequel. Tout est bien fait, bien interprété mais, à aucun moment, tu ne ressens cette énergie propre aux concerts.Il est vrai que les nouveaux titres sont moins légers, plus graves que les anciens mais cela n’explique pas tout. Bref, je continuerais à écouter ces CDs avec toujours autant de plaisir mais ne retournerai certainement pas la voir sur scène.

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Où il y a sans doute également matière à s’interroger, c’est sur le mécanisme même, sur le principe de la scène flottante. Certes, l’ensemble est fort joli à regarder et permet à un public nombreux de profiter gratuitement de concerts. D’un point de vue tant technique que esthétique, tout roule et il convient d’ailleurs de féliciter les techniciens de la Ville d’Agde pour le boulot accompli. Mais cette distance (aquatique) entre artiste et public donne un résultat assez mitigé.

Cette proximité si unique qui existe lors d’un live, on a du mal à la ressentir. Et ne parlons même pas de la possibilité de bouger ou de danser réduite à son strict minimum. Renaud Hantson la veille, Axelle Red aujourd’hui, ce ne sont, sans doute, pas le type d’artistes appropriés à ce type d’endroit. Un concert classique y a, à mon humble avis, plus sa place. La preuve en avait été faite l’année précédente avec un très joli concert de l’école de musique reprenant des titres pop. Ou alors se concentrer sur des artistes très variété  française (ce qui n’est pas obligatoirement synonyme de mauvaise qualité). Et même dans ce cas, je ne suis pas sur que cela fonctionne. J’ai ainsi le souvenir de la prestation de Michel Fugain, à ce même endroit, qui n’était guère convaincante. Attendons donc la suite.

 

Crédit Photos : The “magic” Philippe Trépagny pour OKOCAP