Je suis sur que si l’on pose cette question à un panel de personnes d’ages variés MANAU, pour vous, c’est qui ? on obtiendra toujours la même réponse, et chantée en plus, Dans la vallée (ho,ho) de Dana (la li la la)… Bref, c’est dire à quel point cette chanson est rentrée, un jour, dans nos têtes pour ne plus finalement en sortir. Mais dés lors qu’on se hasarde à demander à part ça ?, là, les réponses se font beaucoup plus évasives. Quelques uns pourront te citer Le loup, le renard et la belette mais la grande, l’immense majorité poussera un grand EUh significatif. Comme si MANAU était le prototype même du groupe ONE SHOT, celui qui n’a sorti qu’un titre, fait deux petits tours et puis s’en va et disparaît. Un Patrick Hernandez teinté rap breton en fait.

Pour ma part, j’avais, bien entendu et comme tout le monde, en mémoire leur premier disque Panique Celtique sorti en 1998 et le second de la même trempe mais j’avais un peu décroché sur la suite. Il m’avait fallu attendre 2007 et la sortie de l’album On Peut Tous Rêver pour me re-intéresser au groupe. Album atypique et méconnu, son chanteur Martial Tricoche donnait un autre visage à sa musique oubliant mélodies celtiques pour aller vers un rap plus péri-urbain mais avec des textes à part et surtout une façon de raconter choses, évènements peu commune dans ce milieu.

Crédit Photo : Magalie. Merci à elle.

Crédit Photo : Magalie. Merci à elle.

Depuis cette date, calme plat ! J’avais même zappé la sortie d’un nouvel album, il y a un an Panique Celtique 2 : Le Village. Rien que le titre avait de quoi faire peur ! Deux possibilités : ou il allait nous sortir un album de reprises type Gérard Lenorman ou Alain Chamfort entouré de quelques chanteuses indigentes et enamourées chantant « La tribu de Dana » en bossa-nova , ou il cherchait à profiter du succès d’une Nolwen Leroy en reprenant Dans les prisons de Nantes ou autres « tubes » de Tri Yann ou Alan Stivell façon rap.

Professionnel jusqu’au bout des ongles, ne voulant pas arriver à cette interview tel un nudiste catapulté dans une tranchée de Verdun en 1917, j’ai donc pris le temps d’écouter ce dernier opus. Et là, cela a été la première bonne surprise. Le titre, que je jugeais bien racoleur au début, est finalement excessivement bien choisi, presque logique. Il y a dans cet album une réelle continuité avec le premier mais sans copier-coller. Durant ces six années, le groupe a bossé et ça s’entend ! Déjà, retour à cet univers celtico-médiéval qui, au final, leur donne une réelle identité : Leur univers, celui où ils se sentent le plus à l’aise ! Les arrangements et orchestrations ont été peaufiné donnant un relief à des mélodies riches qui s’incrustent bien fort, sans que tu le veuilles, dans ton cervelet droit.

Le genre de truc que tu refuses d’écouter le matin au réveil, faute de quoi, tu vas passer toute la journée à le fredonner comme un con. Le premier titre La Rumeur en est le meilleur exemple.

 

Un album beaucoup sombre que les précédents au niveau de la musique comme des thèmes choisis (La Sorcière ou Le Curé et les loups). Voulu comme un concept, toutes les chansons sont des successions de petites histoires formant un ensemble qui tient bien la route. Le plus par rapport aux deux premiers, ce sont ces arrangements intelligents faisant plus et mieux ressortir instruments (celtiques of course) et mélodies. Une belle alchimie que l’on retrouve dans la morceau L’Amoureuse.

 

La seconde bonne surprise chez MANAU (le deuxième effet kiss-cool), c’est ensuite la rencontre avec Martial Tricoche. Je ne vais pas vous parler de l’interview, vous pouvez la voir et l’entendre ci-dessus (merci à Eole qui s’est dévoué pour systématiquement balancer des bourrasques au moment où je pose les questions…).

On va encore m’accuser d’empathie excessive avec les personnes que je rencontre. Mais dans ce cas précis, il y a erreur. D’accord, Martial est VRAIMENT sympa mais au delà de cet aspect, j’ai retrouvé chez lui tout ce qui transparaît (transpirait même parfois) dans ses textes : de la simplicité (en même temps, c’est pas Madonna non plus !), de la sympathie (je l’ai déjà dit ?) de la sensibilité et surtout un maximum d’auto-dérision ! Ce qui, dans ce monde, que l’on soit connu ou non, est plutôt rare et que j’aime particulièrement.

manau_live

La troisième bonne surprise chez MANAU (roulement de tambours comme dirait Laurène !), et la principale, c’est sur scène ! Dans des Arènes du Cap d’Agde, au public assez clairsemé (expression diplomatique pour dire qu’il y avait moins de 200 personnes), ils ont délivré un grand show ! Une scène bien conçue avec des éclairages intelligemment pensés s’adaptant à la couleur de chaque morceau, des costumes rappelant les personnages de l’album et la présence de Martial. La phrase bateau idéale serait : véritable metteur en scène, chef d’orchestre… Mais cela ne refléterait pas la vérité. Chef d’orchestre, pas besoin : les musiciens sont talentueux à t’en foutre les boules, bien calés et se laissent même aller à beaucoup de spontanéité, preuve que ce spectacle est déjà bien rodé. Metteur en scène : non ! Toute la tribu de Manau (jeu de mots facile, j’en conviens) qui travaille en coulisse connait son boulot à fond : Sono impeccable, jeux de lumières et même un peu de pyrotechnie au moments choisis, tout roule !

Non, le plus de Martial, c’est.. lui ! Sa personnalité, le mec quoi ! Ce mélange de sensibilité, de gentillesse et, allez utilisons un grand terme bien couillon et ringard, d’amour sincère du public. Bref, tous les qualificatifs dont je vous ai gavé tout à l’heure à propos de son interview. Ce type là a, comment dire, un bonheur, une joie d’être sur scène communicative ponctuée par beaucoup d’humour et (je me répète) d’auto-dérision. Ce joli mélange fonctionne à fond avec le public qui se marre, danse et sautille sur anciennes et nouvelles chansons. C’est sans doute là la grande force de Manau live : réussir à faire bouger durant tout le concert le public et pas seulement sur la tribu de Dana.

Pour rester sur le sujet du public, deux petites remarques : J’ai été vraiment surpris de voir sa variété au niveau des âges. Situé entre un sexagénaire au T-shirt breton, un trentenaire écolo-bobo à la veste en fibre de bambou bio et un adolescent à peine post pubère au look punk revival, j’ai bien aimé de les voir sauter sur place tous ensemble. Qui a dit que le rap ne pouvait pas être fédérateur ? Encore que le terme rap est assez obsolète dans ce cas. Les sonorités sont rock et ce n’est que du bonheur ! Seconde remarque : mon agacement total vis-à-vis de tous ceux qui ont essayé de filmer ce concert sur leurs smartphones pourraves. Déjà, parce que j’avais les boules de ne avoir pris ma caméra pour en avoir filmé un ou deux morceaux. Ensuite, parce que beaucoup envoient des vidéos toutes aussi mauvaises sur Youtube et consorts qui ne reflètent pas la qualité réelle du show. Et enfin, parce que cela m’aurait évité d’assister à un scène ubuesque où un type dit à sa copine « Ouaah ! ça pête ! pourquoi tu bouges pas ? Allez, on danse ! » et réponse immédiate de la copine en question « Ta gueule, tu vois pas que je filme !« .

Photo non-réalisée par nous. Bravo au photographe.

Photo non-réalisée par nous. Bravo au photographe.

Voilà, fin de ce long article. Chacun pensera ce qu’il veux de mon humble prose.

Article de fan ? pas vraiment ou peut-être, même si, contrairement à ce que certains pourraient croire, je ne considère pas MANAU comme parfait; certaines choses me gênent chez eux mais, dans l’ensemble, la mayonnaise prend vraiment bien et ils ont, que l’on aime ou pas, un caractère bien spécifique.

Long panégyrique dicté par les gérants des arènes et ou la production de Manau ? Bien sûr ! Parce que la tenue de ce site ne rapporte pas une thune et au contraire, dans bien des cas, nous en coûte et que, franchement, écrire des articles sur commande pour faire plaisir à tel ou tel, ce n’est pas vraiment notre truc.

Non simplement, j’ai passé une excellente soirée et les groupes qui prennent autant de plaisir à être sur scène que toi à les voir et les écouter ne sont pas finalement aussi nombreux que ça. J’espère que vous avez bien compris le message : Si vous en avez l’occasion et la possibilité, courez les voir sur scène ! Ils seront le 14 Août à Palavas. En plus, les places que vous pouvez commander ici, sont à 20€ donc abordables.

Pour finir, tous nos remerciements à Martial, au « fabulous » Nicolas et surtout à Bernard qui ont fait que cet article ait pu voir le jour.

Site officiel de MANAU et Facebook