Retour sur “apothéose 1″ *

BRITANNICUS

de Jean Racine

Mise scène Jean-Pierre Albe

avec Micheline Begarra (Agrippine), Eric Chabaud (Britannicus), Laurent Garnier (Narcisse), Dominique Jacques (Albine), Frederic Lephay (Néron), Vincent Perret (Burrhus), Isabelle Sibille (Junie).

Costumes Céline Arrufat, Lumières Michel Penalver, Maquette Jean-Roger Grais

Cie Le Veau des Champs

* apothéose“Avec Britannicus, la saison finit en apothéose, demain avec Marie-Antoinette ce sera aussi une apothéose et il en sera de même, dimanche, avec Cyrano. Trois apothéoses !” (Jean-Pierre Albe)

 

BRITANNICUS ou la genèse d’un tyran !

Le texte de Racine, rien que le texte et pourtant quel modernisme. La mise en scène de Jean-Pierre Albe, admirable de simplicité et d’efficacité, n’est certes pas étrangère à cette impression d’actualité. Finalement les classiques sont aussi contemporains ou modernes que n’importe quelle œuvre actuelle et, en prime, quelle beauté de la langue !

Donc, sur cette scène de Beaux Arts Tabard, joliment apprêtée, on se déchire, on se menace, on se déteste et… on meurt, deux heures durant sans que l’on voit passer le temps.

Ma voisine me glisse “C’est délicieusement intelligent“, un spectateur, homme de lettres, avoue que la qualité de la représentation l’a séduit, les “groupies” sont aux anges !

Une mention spéciale à Frédéric Lephay, un Néron caricatural, certes, mais “tellement XXIe siècle“. Diabolique duo avec un Narcisse (Laurent Garnier), noir à souhait. La sortie des deux alliés, accompagnée de leurs éclats de rire sardonique, une belle trouvaille… Bravo JP Albe !

Narcisse et Néron

Junie, attendrissante, raisonnable dans son amour pour Britannicus, remarquable Isabelle Sibille, une belle Marie-Antoinette pour la représentation de samedi. Isabelle vouée aux héroïnes a fort potentiel de sacrifice et qui excelle à leur donner vie. Britannicus, un peu excité, un peu excessif, mais la tension justifie ces outrances, bien campé par Eric Chabaud, une sorte de James Dean et Burrhus, interprété avec modestie et retenue par Vincent Perret, tiennent bien leur place et contribuent à faire monter la pression. Une mention spéciale pour Agrippine, impériale Micheline Begarra, dont la noirceur s’estompe et que tout désigne pour le rôle prochain de victime. Une fragilité sous-jacente, une fêlure que l’actrice restitue avec finesse. N’oublions pas Albine, suivante effacée mais qui n’a pas la langue dans sa poche, bien servie par Dominique Jacques.

Néron et Junie 

Un mot et une belle surprise, aussi, à propos des costumes. Refusant la toge et n’allant pas jusqu’au “costume de ville” les acteurs nous offrent une galerie de créations étonnantes. Narcisse, entre contrebandier de Carmen et disciple d’Alister Crowley, Néron une sorte de Louis XI, et sa couronne-bonnet, qui aurait rencontré un pape de la Renaissance et Britannicus, résolument hanté par “La fureur de vivre“, en sont de beaux exemples. Seul Burrhus étonne, sans toutefois détonner, dans une sorte d’uniforme de ministre indien !

On en conclura que cette soirée a été, définitivement, une réussite et que Beaux Arts Tabard, entraîné par un capitaine motivé, sacré Jean-Pierre, animé par un équipage de haut-vol… et un “veau des champs”, a hier soir navigué brillamment sur un plateau à damier, inconsciemment ésotérique !

Marc Ely, IDHérault.tv.

THEATRE BEAUX ARTS TABARD

17 rue Ferdinand Fabre

MONTPELLIER (quartier Beaux-Arts)