RETOUR SUR “TOI ET TES NUAGES” – 17 MAI

“RENDEZ-VOUS D’ARTISTES”

Rue de l’Aiguillerie – MONTPELLIER

et Mercredi 22 Mai à 20h30 à Onet-le-Chateau (12)

Rencontres théâtrales de la Baleine

http://www.la-baleine.eu/evenements/evenement/112

A venir :

Mercredi 29 Mai à 21h00 à Cahors (46)

26ème Rencontres Théatrales de Cahors

https://festivaldetheatre.wixsite.com/cahors/a-propos

 

TOI ET TES NUAGES

Une pièce d’Eric Westphall

Mise en scène par Philippe Reyné

Technique Béatrice Verlaguet

 

Avec

Monique Laporte (Ernestine)

Dominique Salle (Adèle)

Jacques Vincent (M. Zombrovitch)

Philippe Reyné (le représentant)

Avec Toi et tes nuages, ce 17 mai, Rendez-vous d’artistes confirme et signe !

Après Poison et son parfum de « revenez-y », Rendez-vous d’artistes installe son atmosphère et nous la fait partager. Cette belle salle, aux voûtes quatorzième, offre son espace, sa sérénité et ses ondes très positives, pour la deuxième fois, à la Cie Illusoire Jardin. Voilà un lieu dont la qualité monte d’un cran à chaque représentation, un message, un clin d’œil… en tous les cas un présage de bon augure !

Toi et tes nuages, d’Eric Westphall, une pièce horrible, « horriblement » bien interprétée. Quatre personnages, les sœurs Ernestine et Adèle, cachant leur duo mortifère quelque part dans un « grenier », M. Zombrovitch, paternel, attentionné, mais… et « le représentant en brosses » cruellement banal et dangereusement ordinaire !

Cela promet et cela tient ses promesses. Mise en scène épurée, rien qui ne dépasse mais l’essentiel est bien là… ou plutôt, volontairement, n’y est pas. Le quatrième mur a volé en éclats et la pièce se joue parmi nous, au milieu du public. Nous, qui nous trouvons entre le lieu où s’agitent les protagonistes et la « petit boutique des horreurs », la pièce où vivent (et meurent) les primates, quand il y en a ! Alors, il n’y a plus ni salle ni scène ? Et oui… avantage évident d’un lieu comme ce Rendez-vous d’artistes , petit format pour un grand théâtre !

Un mot sur les acteurs, cela s’impose, bien sûr. En premier, honneur aux dames. Dominique Salle, épuisante Adèle-sainte Blandine jetée aux lions, admirable de sacrifice et d’abnégation, sauf lorsque le vernis craque. D’accord pour tout abandonner, mais Bon Dieu que cela fait du bien de se sacrifier ! Un rôle sans complaisance, pas de deuxième degré, Adèle est comme cela, droite dans ses bottes, et Dominique d’une sévérité touchant à l’intégrisme. Ernestine, Monique Laporte, c’est la petite peste, capricieuse, à qui on a tout permis et à qui on continue de tout « passer ». Une odieuse petite fille, âgée de trente ans au moins, qui se roule par terre. Innocente enfant ? Que nenni, perversité et sensualité ne lui sont pas inconnues. Un beau sens de l’observation quand il s’agit de décrire le fonctionnement d’une certaine partie érectile de son Pitouche. Pitouche et Sainte Nitouche… à voir ! Deux héroïnes dans la lignée de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? et, avec elles, toutes les supputations permises. Qui est la plus « atteinte », la sage, folle dans son ascension vers le sacrifice, ou la folle, raisonnable et cohérente dans ses exigences. On se gardera bien de donner une réponse… il n’y en a pas !

Deux personnages supplémentaires apportent leur pierre à cet asile d’aliénées. Zombro, la sagesse, la raison, l’affectueuse attention personnifiées… et qui fournit en matériel d’expérimentation l’imprévisible et irascible Ernestine. D’ailleurs qu’il fournisse encore ou qu’il cesse, c’est trop tard, le cheminement vers une fin annoncée reste inexorable. Jacques Vincent, le sourire lisse, l’attitude paternelle qui siéent au personnage et la canne, lui conférant une once de sérieux et de crédibilité supplémentaires. Mais quels chercheurs étaient-ils donc ce père disparu et ce « complice » complaisant ? M’est avis qu’il faut chercher davantage du côté de l’Ile du Dr Moreau que du CNRS, mais cela c’est vous qui voyez !

Intermède, comique certes, cruel aussi et inquiétant de même, que l’arrivée du « représentant en brosse ». Philippe Reyné campe avec un naturel époustouflant un « pied noir » caricatural, dans la veine de Robert Castel d’hilarante mémoire (mais pas que !), prêt à toutes les veuleries, tous les bons coups mais aussi à toutes les trahisons et le recours à l’ordre quand cela tourne mal pour lui. Malin, filou, adepte d’un humour facilement « gras », une « belle » personnalité dont l’excuse, si j’en crois le metteur en scène serait « les temps sont durs, il faut bien manger ! »

Au passage et parce que, justement, son rôle doit rester très discret, saluons la performance de Béatrice Verlaguet, « sans laquelle l’ambiance pesante ou plus légère de la pièce, selon les actes, serait nettement moins présente ». Béatrice, la « technique » venant de derrière le mur. Ce n’est pas facile de gérer les éclairages, la bande son, sans une vue directe sur le plateau… elle y réussit. Bravo !

Voilà en quelques réflexions une pièce jouée sans concession par quatre « beaux » acteurs, démontrant encore une fois, et avec talent, que le paradoxe du comédien n’est pas qu’une vue de l’esprit. Une pièce dont la mise en scène, dépouillée à l’extrême, tourne autour d’une géniale balancelle, endossant tour à tour le rôle de confortable « cocon », où se love Ernestine, et celui de cage, prison, instrument de torture jusqu’à ce que mort s’ensuive, pour Adèle… brillante idée !

Marc Ely pour IDHérault