POISON

de Lot Vekemans

mise en scène : Arlette Eymery-Glaize

avec Virginie Kersaudy et Philippe Reyné

Bande son : Christian Glaize

Technique : Bernard et Dominique Matarin

Cie Illusoire Jardin

 

vendredi 29 mars – 20h30

Rendez-vous des Artistes

8 rue de la Carbonnerie – Montpellier

 

Retour sur POISON

DOUBLE PREMIÈRE…

Vendredi soir l’association Entrée des artistes offrait à son espace Rendez-vous des artistes une nouvelle destination. Lieu d’expositions, de rencontres, d’événements culturels, la belle salle voûtée de la rue de la Carbonnerie s’offrait une promotion en devenant salle de spectacle et en accueillant la première (à Montpellier) de Poison.

Reçu par Dominique, Marlène et Philippe il était difficile de ne pas se sentir en harmonie avec un lieu, tout d’abord, chaleureux et convivial. Le passage au « théâtre » constitua la très bonne surprise (mais en était-ce vraiment une ?) de la soirée. Bien sûr nous nous retrouvons dans un module « théâtre de poche », mais la disposition des sièges, l’impression d’espace et la luminosité apaisante, dues à la hauteur des voutes, à la blondeur de la pierre, créent une belle disposition d’écoute et de réceptivité.

Sous un flash d’information radiophonique, les échos d’une météo détestable, la lumière peu à peu se fait et l’action commence. Lui, Philippe Reyné, journaliste et mouillé, surgit dans cette pièce vide, neutre, qu’est devenu le plateau. Il a un rendez-vous. Elle, va arriver à son tour, Virginie Kersaudy, souriante mais… Le rendez-vous, dans cette pièce, salon d’accueil d’un cimetière, c’est celui de leur histoire. Ils ont rendez-vous avec leur passé, récent, douloureux, peu ou pas assumé.

Près d’une heure et demie pour échanger, s’agresser, se défendre, se comprendre, s’écouter et en définitive… s’aimer. Lui, regard tourné vers l’avenir ? Elle, encore toute imprégnée par le passé ? Pas si simple !

Il y a les gestes, les refus, les besoins, il y a les mots, des mots violents, assénés, et des silences… surtout des silences. Des silences dans lesquels passent tout ce que les mots ne pourront, ne voudront jamais dire.

La pièce de Lot Vekemans, auteure flamande encore peu connue en France, bien que Poison ait déjà eu une belle présence avec le Printemps des Comédiens, si l’on se cantonne à une lecture rapide apparaît comme banale, écrite simplement et pourtant, quelle richesse, quelle profondeur, pour peu qu’on y entre et qu’on accepte de regarder au delà.

C’est toute la qualité du travail de la « metteuse » en scène, Arlette Eymery-Glaize, et de ses interprètes. Ne rien laisser paraître de cette complexité, nous donner à voir et à entendre, fluidité et simplicité. Les écueils étaient grands, ils ont été évités. Sensiblerie, mélo, étaient à portée de voix, de jeu… ouf, ils sont restés au large !

Philippe Reyné, admirable dans Monsieur Malaussène, reste fidèle à lui-même. Un acteur, un directeur de troupe sans reproche ! Dans Poison, mais ce n’est pas une critique, juste une impression, son jeu ressort très maîtrisé et, qualité masculine oblige, toujours un peu en retrait dans l’expression des sentiments. Il est, pour reprendre les termes de Lot Vekemans, « typiquement masculin ». Virginie, elle, joue sur une fêlure, une sensibilité rentrée, toujours à la limite de la rupture, de la cassure.

« Les deux sont en quelque sorte dos à dos, chacun regardant d’un autre côté. C’est pourquoi on peut aussi considérer leur dialogue comme deux récits existants côte à côte. Ils tentent bien de se rapprocher mais cela ne réussit que dans une certaine mesure. »

Il m’est agréable, en tant que spectateur « local », de constater que trois de mes dernières émotions théâtrales montpelliéraines sont nées de femmes, de « belles » actrices. Virginie Kersaudy, comme Léa Le Moël et Isabelle Sibille (Mlle Braun et Marie-Antoinette), dans des rôles difficiles, surfant sur cette délicate frontière entre force et fragilité, ont su donner vie à des personnages dérangeants mais si attachants.

Alors, que conserver de cette « première » montpelliéraine? Assurément la naissance d’un lieu de théâtre à l’avenir prometteur, la confirmation des talents combinés d’Arlette, de Virginie, de Philippe et des qualités d’une troupe, la Cie Illusoire jardin !

Il faudra voir et revoir ce Poison, pourquoi pas au Rendez-vous des artistes , à nouveau, ou à Beaux Arts Tabard, n’est-ce pas Jean-Pierre Albe, et dans tous lieux où le Théâtre a sa place car, hier soir, nous avons participé à un grand moment offert aux amateurs du spectacle vivant.

ME (idhérault.tv)

clichés Bernard Bousquet

PS : Comme toujours on oublie ces “acteurs de l’ombre”, ces autres acteurs, cachés derrière leur console, leurs manettes et sans qui… il n’y aurait pas de spectacle. Alors, n’oublions pas de dire Merci à Christian Glaize, pour sa bande son, et à Dominique et Bernard Matarin qui, de derrière le mur, on fait toute la lumière… ou toute l’obscurité, durant cette soirée.

Lien

Cie Illusoire Jardin

http://www.illusoirejardin.fr/

 

Rendez-vous des Artistes

8 rue de la Carbonnerie

Montpellier