ROUTES DES ARTS EN LANGUEDOC

“Conte à retour”

Oddbjørg Reinton

avec, au “conte”,  Jean-Marc Talamoni

26 février

GAZETTE CAFÉ

MONTPELLIER

SUPER 8

Retour sur un entretien avec Oddbjørg, la semaine écoulée ! N’ayant pu participer à la soirée du 26, durant laquelle Jean-Marc Talamoni a conté l’artiste et son œuvre, le texte ci-dessous est un “compte-rendu” virtuel ! 

Marc Ely

DSC05046“Waiting for…/ En attendant…”

Contez… sur moi !

A l’envers, j’écris ma vie…

(Jacques Barthès, A l’envers)

Il était une fois une artiste peintre qui avait été, il n’y a pas si longtemps, une petite fille, une petite fille sage dans un lointain (faut pas exagérer) pays froid : la Norvège. Avec sa famille elle regardait des films, grâce à un super projecteur, destiné à un super format : le Super 8 ! Avec ce super projecteur, un film avait été fourni, une histoire de singe, d’orang-outan, l’histoire triste et cruelle de Rango, tournée en 1931 ! Rango, jeune et gentil orang-outan de Sumatra, a été enlevé aux siens par une famille indigène. Il a l’air heureux, bien traité, mais voilà, son père l’a retrouvé et aimerait le reprendre. Téméraire ou inconscient, Rango s’aventure seul dans la jungle et, destin fatal, un tigre mangeur d’hommes l’attaque et le tue. Pour le venger le fils de la « famille d’accueil » va envoyer son buffle, armé de très grandes cornes, qui à son tour mettra à mal le tigre et le tuera.

Morts brutales, tristesse, un de ces films qui, sous prétexte d’exotisme, confronte l’enfant à de cruelles réalités. Notre petite fille est triste, marquée par l’histoire, son dénouement, mais un petit subterfuge contribuera à la rasséréner, visionner le film à l’envers ! En ces temps héroïques (diable !), après une projection, il fallait remettre le film «  à l’endroit » et, si le projecteur était resté allumé, on pouvait assister à un miracle. Les morts ressuscitaient, tout redevenait propre et net, le bonheur se reconstruisait sous nos yeux.

Alors pourquoi s’étonner qu’aujourd’hui cette petite fille, devenue une belle et grande artiste, nous présente son « conte à retour », transformant un finissage en vernissage et remonte dans le temps avec une œuvre, « Super Rango », où tout est dit. Avec la boite de la bobine du film Super 8, comme point de départ, et le père orang-outan, perché sur un arbre muni de cornes acérées et surmonté par le « mangeur d’hommes », tout cela si proche du petit Rango, insouciant et enjoué, attrapant une queue de tigre, en peluche, directement sortie d’un catalogue d’accessoires motos, vélomoteurs ou vélos, l’artiste fait le tour du sujet. En prime, un rendu de l’image fidèle, jusqu’à l’ambiance « pluvieuse » des pellicules d’antan.

DSC05041“Super Rango”

Nostalgie à pleines poignées, refus d’accepter la réalité crue et « pastellisation » d’une situation par le retour en arrière. Quelle arme magnifique contre la cruauté, l’injustice, le malheur, que ce rembobinage. Pourquoi ne redeviendrions-nous pas des enfants pour y croire un instant, pour croire que le « conte à retour » est une solution, LA solution. Bien sûr, Oddbjørg n’y croit pas mais… elle aimerait !

Un ourang-outan, c’est, traduction littérale, un « homme des bois ». D’ailleurs il appartient à la famille des hominidés et en matière de pseudo-humanité les deux autres animaux habitant les toiles d’ Oddbjørg, l’ours et le gorille, n’ont rien à envier à l’orang !

L’ours, qu’il soit brun ou polaire, dans les légendes occidentales c’est un double de l’humain, le « Moussu » (Monsieur) Béarnais. Ancêtre de l’homme, divinisé, Odin est souvent représenté par un ours, en Europe comme chez les Amérindiens il a marqué profondément la culture populaire.

Depuis ce jour, apprivoisé, l’ours pas méchant, joyeux et bien rasé se charge d’un tas de travaux.
… Pour la distribution des prix, c’est son discours qui fut le mieux compris.
Depuis qu’il siège au tribunal, on s’aperçoit que ça ne va pas plus mal.
Tout marche mieux à la mairie. Ah, s’ils avaient le même ours à Paris…

(La chanson de l’ours, Charles Trenet)

Quant au gorille, pour le continent noir, il est, lui aussi et surtout génétiquement, un très, très proche de l’homme. Entre son aspect : « Il me faisait penser à rien de moins qu’à une créature sortie d’un rêve infernal, un être d’un ordre hideux, mi-homme, mi-bête… » (Paul du Chaillu) et les légendes africaines voici un très beau candidat à une super-humanité. Brassens l’a bien compris en lui prêtant des qualités imaginaires et inattendues : « Le gorille est un luron supérieur à l’homme dans l’étreinte, bien des femmes vous le diront » !

Alors quand, en plus, on milite pour la planète, les espèces en danger, le respect de la biodiversité il est normal d’arriver à un « questionnement tant sur le comportement animal qu’humain. On appelle ça la compossibilité selon la théorie de Leibniz. » Le pinceau d’Oddbjørg est-il le « porte-parole des animaux contre la pollution, le braconnage, la bêtise humaine »… ?

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Probable, possible, évident, mais moi je reste persuadé qu’au delà de tous ses combats, de ses idées généreuses, elle reste cette petite fille, attentive au sort de Rango. Passionnée de contes, capable de présenter une toile à l’envers car, ainsi, elle inverse le cours du temps, elle pose des « rustines » de fourrure synthétique sur certaines de ses œuvres, pour essayer de réparer, et fait murmurer un serpent, Jörmungandr ou la “guivre”, à l’oreille d’un ours dans un cercle polaire, solaire ou « vicieux ».

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Et, bien entendu, il faut laisser à un humour, quelque fois rock’n’roll, toute la part qui lui revient !

Bravo et merci Oddbjørg  de… tant conter pour nous !

Marc Ely

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