LES CRIS DE PARIS

CARL MARIA VON WEBER   1786-1826
Concerto pour clarinette et orchestre n°1 en fa mineur op. 73

GEORGES KASTNER  1810-1867
Les Cris de Paris, grande symphonie humoristique pour solistes, chœur, orchestre et orchestre militaire
(Création)

Paul Meyer clarinette

Lucie Edel soprano, Titania, Une Voix
Enguerrand de Hys ténor, Le Dormeur, 2ème Crieur, Un Marchand, Une Voix
Arnaud Richard, baryton-basse  Le Promeneur solitaire, 1er Crieur, Le Portier
Solistes Opéra Junior : Méline Gros Mathilde Pasero

Orchestre et Harmonie de la Garde Républicaine
Chœur Symphonique de Montpellier

Chef de chœur Vincent Recolin – Caroline Semont-Gaulon
Opéra Junior
Chef de chœur Vincent Recolin
Chœur Concert Spitiruel

Direction Hervé Niquet

Chef de chant Brigitte Clair 

Opera-Junior_Marc-GinotOpéra Junior

CRIS ET… RUMEURS URBAINES !

Faut-il encore présenter Hervé Niquet, ses tuniques argentées, son talent et Paul Meyer, l’homme à la clarinette d’or ? Voilà deux noms qui remplissent plus aisément une salle, même de la taille de l’Opéra Berlioz, qu’un programme, aussi alléchant soit-il ! Mais le programme, lui aussi, était à la hauteur ce 26 juillet à 20h.

Le Concerto pour clarinette et orchestre n°1 en fa mineur de Weber, une « grosse machine » à la gloire d’un instrument jusque là méconnu, la clarinette. Une œuvre servie par l’éclectique et virtuose Paul Meyer (cf. notre article présentant le festival et ses extraits musicaux), jonglant avec le lyrisme et la technicité de l’œuvre, militairement encadré par les « uniformes » de l’Orchestre et l’Harmonie de la Garde Républicaine, sous l’autorité du charismatique Hervé Niquet. Du travail bien fait et si j’ai ressenti quelques « raideurs » dans le fonctionnement de l’orchestre, c’est que cela relevait d’un presque « mauvais esprit ». Meyer, très à l’aise, offrant avant l’entracte un bis aussi acrobatique qu’enlevé ! Merci, cher Paul, et merci pour ce retour au festival de Radio France après 29 ans d’absence !

photo-radio-france-1-1024x576Paul Meyer et J-P Rousseau – Présentation du festival au Gazette Café

Retour dans la salle, bondée comme aux plus beaux soirs, et en route pour la « création » de la soirée : les Cris de Paris.

« Paris, par exemple, a une voix puissante, et quiconque en a entendu les frémissements aux jours d’émeute, quiconque même a prêté l’oreille dans les temps les plus pacifiques aux mille clameurs qui se croisent dans ses rues, celui-là n’oubliera jamais ce qu’il y a de caractéristique dans le chaos sonore qui berce les loisirs du géant parisien. ». Ces lignes, extraites de l’avant-propos de Jean-Georges Kastner, nous placent au cœur de l’œuvre. Une voix puissante, mosaïque d’une multitude de composants dont l’interprétation scénique reflète aussi la diversité. Par la magie du plateau, cousus ensemble, un « détachement militaire », son orchestre et son harmonie, trois « voix », des chœurs recomposés, ensemble baroque du Concert Spirituel, Opéra Junior, solistes compris, et le chœur symphonique de Montpellier. Hervé Niquet, chantre incontesté de la musique baroque, se démène et dirige, à mains nues, cet ensemble disparate. La trame a tenu, le tissu musical se tisse devant nous et s’offre à nos yeux, à nos oreilles. Une journée parisienne en trois temps : le matin, ses petits métiers, ses cris de la rue, le jour, son Mendiant d’amour et le soir des crieurs de journaux, des placeurs de spectacles et des folles soirées. Et, à chaque changement, la musique militaire, celle qui « marche au pas », vient interférer. Dans la vie d’un cité, en ce XIXe déjà si lointain, la troupe est omniprésente. Autrefois les cloches servaient de métronomes, ici la vie s’écoule entre « garde montante », déplacement de régiment, tambours de la « retraite », polka de kiosque, donnée par un ensemble régimentaire, fanfare de trompes.

Imagination, utilisation des « bruits » du quotidien, des artisanats, chant de l’enclume, tintements, claquements, Kastner nous offre aussi une liste détaillée des « cris », avec leurs mélodies.

Une représentation digne d’un grand festival, magnifique Lucie Edel, blonde Titania, ténor et baryton-basse chantant leur partie et jouant la comédie avec conviction, voix bien posées des deux « mini-solistes » d’Opéra Junior, ensemble choral portant avec brio cris et situations, le tout baignant dans les effluves musicales d’une Garde Républicaine collant parfaitement aux exigences du livret et de la partition. A mi-chemin entre symphonie et opéra, dans un esprit quasi Berliozien, la création des « Cris » ne marquera pas l’histoire de la musique, certes, mais restera comme un témoignage incontesté du génie musical, de la créativité des compositeurs français et de leur apport à une certaine idée de la « douce France« .

Marc Ely

35537169_760042741052965_5870727759667396608_nLucie Edel, soprano

VIDEO

Les cris de Paris

Extrait « marche de cavalerie » (orchestre régimentaire allemand)