BALLET DU CAPITOLE

direction Kader Belarbi

Roy Assaf Adam

Yasmeen Godder Mighty Real

Hillel Kogan Stars and Dust

hTh/Grammont

3 juillet

Adam_c_IdaJakobs_2-1-1000x500

Retour sur BALLET DU CAPITOLE

Israël 3 – France 1

Toujours surpris par l’accueil des forces de police quand on arrive dans un lieu de culture et puis tout est remonté : un certain « We Love Arabs » à Jean Vilar et les mêmes composants. Les allumés ne se refont pas et la même bêtise, incommensurable, assure le lit de leur fond de commerce… dommage (pour eux !)

Tout comme à Jean Vilar, en son temps, il n’y avait rien à redire sauf à refuser de remettre en question cette « libre circulation, celle des idées et des personnes, celle de l’art » et de proclamer que « la censure ne saurait en aucun cas être légitime, d’où qu’elle provienne. »

Voilà, c’est dit, fermez le ban !

Quant au ballet du Capitole, ce soir, avec ses chorégraphe israéliens (et alors !) il a été au TOP !

Adam de Roy Assaf , onze danseurs et un jeu subtil où l’on se découvre avant la perte de l’Eden, avant le péché originel. Dans la première partie on se confronte, on s’affronte presque, mais c’est un jeu. Espiègles, provocants sans violence, les danseurs, tour à tour, sont pivots de l’action et éléments perturbateurs. Dans une deuxième partie, les relations se font et se défont, la recherche de l’autre engendre le chaos et, comme dans une partie de Rubik’s Cube, après le mélange frénétique tout se fige dans un ordre retrouvé. Désarticulée, distillée avec parcimonie, la musique de Debussy assure l’environnement sonore et onirique de la pièce. Pas de troisième partie… on reste en deçà de la faute. L’Adam de Roy Assaf se situe dans cette zone où le péché n’a pas de prise.

MightyReal_c_IdaJakobs_3-1000x500

Après l’entracte, bienvenu et rafraîchissant, retour au plateau avec Yasmeen Godder et Mighty Real. Enfermement, cris tournés vers l’intérieur, Munch sublimé, et parcours chaotique autour des marges du plateau, Kayo Nakazato, vit sa prestation dans une souffrance contenue. Allant de l’humain oppressé à l’animal traqué, son vêtement fauve prenant parfois des allures de pelage, elle nous offre un moment fort dans la recherche de l’altérité. J’ai retrouvé dans son quadrillage attentif du plateau et de ses limites la délicate précision du jeu de Raimund Hoghe !

Cerise sur le gâteau, objet de toutes les imprécations : Hillel Kogan et son Stars and Dust. Humour, provocation dosée et professionnalisme affirmé, Hillel n’hésite pas à partir sur un dialogue off d’où vont s’échapper « ses » visions sur Kader Belarbi, avec le savoureux We Love Belarbi, la « mauvaise danse » israélienne, la Batsheva et Naharin passés à la moulinette, durant les impeccables et classissimes prestations des six danseurs « capitolains ». Les étoiles dansent et leur poussière les suit, ou les précède, c’est leur quotidien, leur vie de tous les jours : célibataire, marié, aime le sport, sa mère et sa sœur gèrent une pizzeria… On se marre bien sur le plateau où les exercices, un catalogue des « belles figures » de la danse, viennent s’enrichir d’un Moonwalk sans état d’âme. Et la baguette de pain… cet attribut incontournable de la France éternelle, avec le béret et les charentaises, ne le voila-t-il pas promoteur de l’étoile de David, d’une crucifixion aux allures boulangères et de magnifiques décors de tombes avec, au passage, une mini descente aux enfers en passant par la pole dance. D’ailleurs tout cet étalage navigue entre excellence et dérision, la caricature n’est pas loin. Sous les étoiles, ou presque, se lit la poussière, sous la star se cache Mme Dupont. Et si Belarbi (il a l’air Pakistanais) invite des israéliens, même mauvais, c’est normal : il est le directeur !

StarsandDust_c_IdaJakobs-1000x500

Bravo Roy Assaf, Yasmeen Godder et Hillel Kogan car si « nos plateaux ne sont pas des portes drapeaux de politiques conduites ailleurs » ils restent zones de liberté pour l’art qui, s’il ne doit pas obligatoirement tout dire, ne doit rien s’interdire !

Marc Ely