Exposition  » Courant Continu  »

du vendredi 29 juin au dimanche 16 septembre 2018 au Moulin des Évêques – Agde

Exposition d’œuvres du FRAC Occitanie Montpellier de Jean Azémard, Lillian Ball, Toni Grand, Rolf Julius et des productions nouvelles de Emmanuelle Étienne, Joëlle Gay, Alain Lapierre, Michel Martin, Cédric Torne, ainsi que des prêts de Jennifer Caubet, Lucien Pelen et Guilhem Roubichou.

Pour la 4ème collaboration de la Ville d’Agde et du Frac Occitanie Montpellier, une exposition d’art contemporain a été conçue à partir de la situation même du Moulin des évêques : sur ce fleuve capricieux qu’est l’Hérault, l’ancien moulin datant du XIIème siècle est un bâtiment remarquable par son histoire, par les multiples évolutions qu’il a connues, les changements de fonction qui lui ont été attribués, et par la mémoire qu’il représente pour la population d’Agde.

Le courant continu évoqué par le titre a été inspiré par l’énergie du fleuve qui persiste à être un lien fort pour la ville d’Agde, mais aussi par cette temporalité sans rupture entre les époques qui fait l’identité d’une ville. Avec cette exposition, c’est donc le mouvement créateur d’Agde dans un présent innovant et dynamique, prenant appui sur le passé pour mieux aller vers l’avenir, que les artistes ont voulu suggérer.

Exposition  Courant Continu

Les œuvres de l’exposition sont des évocations d’un Moulin imaginaire que l’on peut organiser en trois grandes catégories.

En premier lieu, il y a l’évocation du FLEUVE, de l’eau, élément puissant, sensuel, que l’on peut regarder comme un ÊTRE qui prend parfois l’apparence d’une figure mythologique. Les fleuves n’ont-ils pas souvent été identifiés à des Déesses, depuis la plus ancienne antiquité grecque ? La figure représentée sur l’affiche (remarquable création de l’artiste Anaïs Armelle Guiraud) évoque la puissance de l’eau comme réalité à la fois naturelle et surnaturelle. Dans l’exposition, les immenses papiers de soie de Cédric Torne, suggérant les mouvements de l’eau charriant mille choses, les photographies de Lucien Pelen montrant l’artiste en jeune dieu défiant l’Esprit des fleuves, les papiers colorés et les ciments teintés de l’artiste-pêcheur Jean Azémard, les installations sonores et visuelles de Rolf Julius ainsi que le film spectaculaire des mouettes criardes d’Emmanuelle étienne (rappelant la proximité du fleuve), sont autant d’évocations de cette dimension.

En second lieu, un moulin est, à l’opposé du mouvement libre de l’eau, un ensemble de techniques pour la domestiquer. Le moulin est un bâtiment, et cette seconde dimension évoque l’effort humain pour maîtriser les forces naturelles, pour opposer à la Nature les formes d’une Culture. C’est d’abord l’eau elle-même et ses occupants (les poissons !) qui sont contrôlés par des moyens divers. Les volumes en silicones teintés de l’Américaine Lillian Ball montrent comment l’eau est toujours “limitée » par les instruments que sont nos lavabos, nos baignoires, nos cuvettes hygiéniques. Les fascinantes sculptures en verre et métal de Jennifer Caubet, associant les forces de l’eau et de la lumière, la font circuler dans des machines fonctionnant à… l’énergie de panneaux solaires. Les cuves odoriférantes de Guilhem Roubichou et sa mini serre sont d’autres moyens pour faire sortir de l’eau des senteurs ou des plantes, produits des cultures humaines. Ou encore, des anguilles momifiées ont servi au sculpteur Toni Grand pour donner forme à sa sculpture, combinant dans cette ABSTRACTION qu’est l’art, souplesse et rigidité, transparence et opacité, fluidité et structuration architecturale.

Et en troisième lieu, on peut convenir justement qu’un moulin est un producteur de LANGAGES, et des histoires qu’elles permettent de raconter. Qu’il soit traversé par des éléments naturels ou qu’il soit le lieu de transformations culturelles, un MOULIN est toujours un moulin… à PAROLES ! Ce qui veut dire aussi que tout être humain est une sorte de moulin, qu’il énonce des mots et des phrases, ou bien qu’il invente d’autres formes et d’autres signes pour fixer ses expériences du monde. De ce point de vue, les projections de flots de lettres du vidéaste Michel Martin, à l’entrée de l’exposition, rattachent le flux intérieur que sont la pensée et l’énergie imaginaire de chacun, aux flux des éléments extérieurs, le vent, l’eau, le feu même. Ce lien entre l’intérieur et l’extérieur est aussi ce qu’Alain Lapierre cherche à produire dans ses vidéos enregistrant les errances d’un Ulysse contemporain, à la recherche de sa place dans le monde, comme s’il n’avait pas encore trouvé ni son lieu ni sa “forme” définitive. Car un individu, tant qu’il vit, tant qu’il est dans le mouvement de l’être (ce grand fleuve), peut-il jamais trouver son Ithaque ?

Enfin, les sculptures en plâtre et matériaux divers de Joëlle Gay, réparties sur une immense table au centre du Moulin des évêques, pourraient synthétiser ces trois dimensions : la force naturelle du matériau liquide, devenu solide et structuré, la variation sur les formes évoquant l’invention d’une VILLE mythique autant que celle d’un VOCABULAIRE pratique, amèneront le spectateur à inventer lui-même sa propre histoire de MOULIN, dans une rêverie dont le moteur, prenant appui sur les œuvres des artistes, sera sa seule imagination… en courant continu !

Emmanuel Latreille Directeur du Frac Occitanie Montpellier Commissaire de l’exposition

Entrée libre tous les jours sauf dimanches, 10:00-12:00 et 15:00-19:00
Visite commentée par Emmanuel Latreille, Directeur du FRAC OM Commissaire de l’exposition, le vendredi 13 juillet à 15:30

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Moulin des Évêques
Avenue du 8 Mai 1945, 34300 Agde