Exposition « CONFIDENCES » de Santiago YDAÑEZ

du Samedi 16 Juin au Dimanche 23 Septembre 2018 à cent mètres du centre du monde – Perpignan

Santiago YDAÑEZ

Santiago YDAÑEZ

Né à Puente de Génave (Jaén, Espagne), en 1969, Santiago Ydañez est considéré comme l’un des jeunes peintres espagnols bénéficiant d’une importante reconnaissance internationale. Dans son cas particulier, il ne s’agit pas d’une phrase toute faite puisqu’il a déjà présenté ses créations à Zurich, Milan, Berlin, Bergen, Monterrey, Sao Paulo ou encore Toronto. Entre autres récompenses, il a obtenu le Prix de Peinture ABC en 2002 et le Prix de Peinture Génération 2002 de Caja Madrid en plus de l’obtention de la Bourse du Collège d’Espagne à Paris décernée par le Ministère de la Culture en 2001. Son œuvre est exposée dans de nombreuses institutions telles que le Musée National Reina Sofia de Madrid. Actuellement, Santiago Ydañez vit et travaille entre Berlin et Grenade. Son travail se base sur l’observation, inspiré par les souvenirs de l’enfance qu’il mêle à ses questionnements culturels, son amour de l’histoire de l’art et de la littérature.

“Les visages m’attirent et aussi les masques. Je travaille presque toujours sur des sentiments très essentiels que peuvent partager un animal et un être humain. Au niveau viscéral nous sommes identiques. Je cherche une sorte de sentiment d’absence presque mystique, proche de la sublimité romantique quoique marqué par une plus grande agressivité. Je n’essaie jamais de modeler un seul sentiment mais je peins des sentiments suffisamment amples pour qu’ils puissent suggérer des choses différentes. Par ailleurs les sujets variés m’intéressent et pas seulement le visage, par exemple l’iconographie religieuse en général, l’art baroque, les motifs qui ont trait à l’enfance ou les images d’animaux ». Santiago YDAÑEZ

Ydáñez mélange tout, réussissant une symbiose entre la spiritualité profane et le viscéral humain et animal, exprimant ainsi la brutalité et le fanatisme que l’on peut rencontrer dans la religion. Des vierges qui se transforment en femmes soumises à leurs désirs les plus primaires, dévoilant une cruelle beauté, avec des personnages si pâles qu’ils ressemblent à des morts avec leurs bouches ouvertes desquelles nous attendons que sorte un cri déchirant qui ne viendra jamais.

Sans aucun doute, Santiago Ydáñez montre un grand intérêt pour le Baroque. Dans ce style, il se focalise sur la taxidermie et les viscères, la présence latente de la mort, les vanitas et le sublime décadentisme mélancolique. Il centre son attention sur ce sentiment de “familiarité” avec le saint ou l’animal disséqué. Elevé dans le village de Puente de Génave, province de Jaén, comptant quelques deux mille habitants, Ydáñez fût en contact avec la religion et le monde animal depuis sa tendre enfance et c’est pour cela qu’il fait preuve d’une insignifiante pudeur quand il s’agit de montrer des plats remplis de têtes éclatées, de parties de corps d’êtres humains et d’autres scènes qui pourraient paraître choquantes pour certains spectateurs. Même si, peu à peu, il a introduit de la couleur dans son travail, ce qui le caractérise, ce sont bien les traits gris et noirs qui, depuis ses débuts, ont donné vie à ses énormes portraits dont le format rappelle un plan serré de cinéma et qui semblent dévoiler les photographies auxquelles font référence ses œuvres sur le thème teutonique.

Ydáñez s’appuie sur les sentiments élémentaires et primaires qui sont aussi bien l’apanage des humains, adultes ou enfants, que des animaux, domestiques ou sauvages. Dans son essai lucide sur l’érotisme, Bataille qualifie la nudité d’“animale humanité” un état de communication qui nous rapproche du sacrifice. Ydáñez se dénude puis s’habille de peinture pour réaliser une sorte de rituel : comme entrer en transe. Il parvient à éprouver une métamorphose de grande intensité. Pour lui, la peinture est une relation avec lui-même. Une reddition face aux désirs qui nous taraudent nous faisant passer, tour à tour, par des moments d’extase ou des situations inextricables.

L’érotisme est, dans certaines occasions, un voyage tortueux, une variation perpétuelle entre les pôles de la vie et de la mort, de la bonté et de la méchanceté, du beau et de l’horrible, du doux et du violent. L’érotisme implique toujours l’histoire, le corps, le hic et le nunc. Dans l’expérience érotique, les incongruités se multiplient, par l’action de l’inconscient, domaine des paradoxes et des contradictions. L’érotisme est donc une voie qui exprime l’inconscient et, qui plus est, cette partie qui ne peut être nommée car elle est précisément mitoyenne de la jouissance. L’œuvre d Ydáñez nous oblige à pratiquer une auto -autopsie, s’avérant être la meilleure façon d’être honnêtes envers les autres et envers nous-mêmes. Nous devons éviscérer nos vérités et nos mensonges, nos insécurités et nos peurs, démolir ces murs qui empêchent notre bonheur, ces palpitations internes liées à l’éthique, au correct et accepter que notre œil, à l’instar des créations d’Ydáñez nous laissera voir et nous montrera ce que nous
voulons vraiment voir, sans interruptions eschatologiques, sans obstacles ni préjugés à l’égard de nos désirs les plus intimes.

Fernando Francés. Directeur du CAC Malaga.
Extrait du catalogue de l’exposition “El corazón manda” (2017)

Artiste invitée:

María Ángeles DÍAZ BARBADO

« Le paysage est la nuit »

Cette artiste plasticienne, née en 1969 à Granada (Espagne), s’exprime aussi bien par la photographie que par la peinture. Elle est professeur à la Faculté des Beaux-Arts de Malaga. Ses créations principalement monochromatiques se caractérisent par la subtilité et la richesse des nuances soutenues par un langage suggestif et non descriptif. Celui-ci, au-delà de l’expression de la sensibilité proprement dite, souligne un intérêt pour des aspects eschatologiques comme la mort ou le temps perceptibles, en plus du choix même de l’objet, dans une atmosphère obscure et parfois tendue.

« Je travaille sur des fonds noirs depuis 1991, aussi bien en peinture qu’en dessin et la plupart du temps en photographie. Le choix du noir est quelque chose de conscient. Certains concepts, en plus de celui du temps, comme l’obscurité, le vide, le silence m’intéressent beaucoup. C’est la raison de ce fond obscur, vide et silencieux, dans lequel on place l’élément qui acquiert ainsi la place prépondérante et permet en même temps au spectateur de se concentrer sur les détails ».

« Je pense que nous sommes immergés dans un bruit constant. Certains artistes représentent ces questionnements, par le biais d’œuvres qui, précisément, peuvent démontrer ou refléter ce chaos. Mon option est à l’opposé, celle du silence; non pas pour révéler ce que je suis, bien que cela arrive, qu’on le veuille ou non. Ce qui m’intéresse, c’est que celui qui voit mes images s’arrête. Je crois qu’il est nécessaire de les voir un certain temps ; ce ne sont pas des images qui doivent être consommées rapidement, ce qui est pourtant très actuel. Je suis consciente d’aller à contre-courant dans ce domaine mais mon but est de faire que le spectateur s’arrête, par exemple, devant les dessins parce qu’on ne voit pas précisément ce dont il s’agit et qu’il cherche car, probablement, au premier regard, il ne le verra pas. Ce jeu est exactement à l’inverse de la façon dont nous sommes habitués à voir les images. Et il m’arrive la même chose avec la photographie. On peut être attiré au premier regard, mais ce sont des images faites pour s’arrêter et penser afin que chacun puisse les appréhender à sa façon. C’est la raison de l’existence de cet espace obscur et silencieux dans lequel chaque élément a son importance et ne se confond pas avec les autres ».

« Toutes ces images créent une réalité très banale; certainement parce que la réalité même est banale. Tout le monde montre ce qu’il fait, sur Internet, parce qu’il faut tout voir. Et moi, ce que je dis, c’est que nous avons certainement besoin d’un peu de silence et d’obscurité afin de savoir qui nous sommes et ce que nous faisons. Nous nous habituons à vivre vite, à ce que tout se précipite et à ne presque pas penser à nos actes. Je suis partisane de l’autre courant qui consiste à s’arrêter, à considérer le vide comme moyen d’accéder à la pensée ».

Extraits de l’interview de Lola MOLINA (http://presente-continuo.org)

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à cent mètres du centre du monde / Centre d’Art Contemporain
3, avenue de Grande Bretagne 66000 Perpignan
04 68 34 14 35