Festival Get Used To It Festival 2018

 

Du 17 au 22 avril 2018 à Nîmes – Expositions et performances

LE QUEER

Ses ambitions : combattre les discriminations sans s’enfermer dans des « prisons identitaires », et recentrer la critique de la société sur « l’être » et non plus sur « l’avoir ».
Le Queer prône dans sa globalité la notion d’altérité, d’acceptation, de soi et de l’autre, tel qu’il est. Il combat les discriminations raciales, culturelles, religieuses, de sexe et d’orientation sexuelle. Il remet en cause la notion de genre homme – femme et les préjuges/obligations sociétaux qui en découlent.

Festival Get Used To It Festival 2018

Définition

Le discours de la science, le capitalisme, les systèmes de représentativité démocratiques du Nord promeuvent l’individu, au détriment du sujet, qui se trouve emporté vers des terres inconnues quant aux modes de consommation, de sexualité, de rapport à l’autre. Le corps, ses représentations, son usage, y compris dans les transformations qui lui sont imposées, est, bien sûr, central dans cette mutation puisqu’il est le lieu de la jouissance : deux thématiques à la fois centrales et problématiques des théories Queers.

Le terme américain «Queer» signifie étrange, louche, de travers, considéré auparavant comme une insulte venue du vocabulaire populaire. A ce jour, ce courant de pensée militant (Queer Theory), né dans les années 1990, remet en cause ces catégories d’identités. Le Queer ne se limite pas à combattre les inégalités ou les dominations entre ces catégories (l’homophobie ou le patriarcat en grande majorité), mais remet en cause l’existence même de ces catégories.

Naissance

En 1990, les militants de Queer Nation, issus d’Act Up New-York, investissent les grands magasins ou les cafés «straight» au cri de «We are Queer, we are here, get used to it». Le mouvement Queer s’enracine dans l’art et la performance mais encore, dans des formes savantes, la littérature et la critique, l’esthétique, la philosophie, la sociologie, l’anthropologie, l’histoire.

Le mouvement, la translation, la mutation sont des signifiants utilisés abondamment par les théoriciens du Queer, pour parler des sujets « Queerisés », faisant du même geste et de ces sujets, les incarnations paradigmatiques de ce monde sans garantie d’aucun autre. S’autoproclament « Queers », des communautés, afin de marquer leur volonté de non-intégration dans la société marchant au pas de la norme, hétérosexuelle, blanche et middle class.

Débats

Les féministes restées attachées à la lutte contre le patriarcat plutôt que contre l’hétéronorme font feu de tout bois contre le Queer. Assimilé au développement des bars, du piercing, de l’industrie de la chirurgie esthétique et du changement de sexe, le Queer ne serait qu’un «allié du libéralisme». Cherchant des dérivations plutôt que la révolution, le Queer est est marge de la société.
On remarque une certaine fascination pour les technologies (utilisation des hormones, de la chirurgie pour modifier les corps, ou les thèmes du cyborg) qui fait l’économie d’une critique du système technicien et pointe le risque d’un activisme du « faire » qui rejoint le discours du libéralisme, sur l’impératif pour l’individu de s’adapter en permanence.

Le genre et le sexe peuvent être déterminés par « la matrice culturelle » par laquelle l’identité de genre devient intelligible et exige que certaines formes d’«identités» ne puissent pas « exister » ; c’est le cas des identités pour lesquelles le genre ne découle pas directement du sexe de l’individu. « Découler » dans ce contexte consiste en un rapport politique de conséquence nécessaire, promulgué par les lois culturelles qui établissent et régulent les formes et le sens que prend la sexualité. Les identités de genre sont donc soumises à une norme culturelle, elle-même fondée sur des catégories discursives qui excluent, en les rejetant dans l’inintelligible ou l’anormal, ce qui, du genre ou du désir, n’est pas moulé selon cette « matrice culturelle ».

Les genres masculin et féminin sont présumés exprimer la naturalité des corps mâle et femelle et ce qui ne respecte pas cette répartition, agit comme un dévoilement fécond de la limite inhérente à cette imposition. L’apparente substance du sexe est réalisée par une astuce du langage (la grammaire) et du discours qui amène au genre, ainsi qu’à«la stylisation répétée» des corps et des actes qui se figent avec le temps, de telle sorte qu’ils nissent par produire l’apparence de la substance, «un genre naturel de l’être».

L’argument biologique est lui-même réfute, telle la faculté de reproduction des femmes, car si ce trait fait la catégorie « femmes », alors que faire des femelles non pubères, des femmes ménopausées, des stériles ? Ne sont-elles pas pourtant des femmes ? La faculté reproductrice est un trait, rendu politiquement pertinent, pour marquer la différence entre des corps non pas sexués en eux-mêmes, mais nommés comme tels par le langage hétérosexué. L’être de genre est un effet et non une cause, mais a des incidences réelles : en ce sens, on ne peut pas dire des « actes de genre » qu’ils sont vrais ou faux, réels ou déformés puisque le fait qu’ils révèlent une identité leur préexiste.

Quelle(s) nature(s) humaine(s) produisent l’hétérosexualité, la concurrence, la croissance, la consommation? La voiture, le téléphone portable, le CDD, l’intermittence ? Comment s’inscrivent-ils dans les corps? Quelle(s) nature(s) humaine(s) peuvent contre-produire les expérimentations alternatives?

Extrait des recherches de Stéphane Lavignotte, journaliste, militant écologiste, étudiant en théologie protestante ; de Pascale Macary, auteure de l’ouvrage Le mouvement « Queer »: des sexualités mutantes
Références : J. Saez, Théorie queer et psychanalyse, Paris, epel, 2005 / Foucault, Histoire de la sexualité1, La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976. / J. Butler, Trouble dans le genre, Paris, La Découverte, 2005

LIEUX 

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 PROGRAMME

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