Retour sur :

CARMEN

de Georges BIZET

Opéra-comique en quatre actes

Distribution :

 

 

MONTPELLIER – Opéra Comédie

16, 18, 20, 22 mars 2018

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CARMEN de George(s) LUCAS… oups ! BIZET

Faut-il absolument se prononcer et déclarer : « j’ai ou je n’ai pas aimé ? »

C’est une question qui m’impose soit un silence indécis ou deux réponses. Je n’ai pas aimé, parce que je suis un « puriste » et toucher à Carmen relève du sacrilège ! Mais je peux également répondre : j’ai beaucoup apprécié et c’était très beau !

Une fois posées certaines remarques, à formuler tout de suite, il me semble que c’est à la deuxième réponse que j’accorderai ma préférence.

Les remarques, elles sont simples, les mêmes exprimées lors d’une récente représentation de l’Avare. Lorsque l’on se lance dans un tel pari, consistant à replacer une œuvre majeure dans un nouveau contexte spatial et temporel – et ici c’est le cas – pourquoi ne pas aller jusqu’au bout du défi et modifier les textes en conséquence. Adapter les parties parlées du livret, c’est bien, mais aller jusqu’au bout de la démarche et procéder aux modifications du texte des parties chantées, aurait été mieux. A commettre un « sacrilège » pourquoi choisir une demi-mesure, le sacrilège le restera mais le résultat sera tout autre. Les remparts de Séville, les cigarières, la bohémienne… autant d’incohérences qui, pour un spectateur n’ayant pas lu le livret et compris les intentions du metteur en scène/auteur, rendent le projet encore plus confus, voire incompréhensible. Et cela est bien dommage !

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Dommage car, même si on peut l’accuser de céder à une mode certaine, Aik Karapetian se montre inventif, original et inspiré.

Son propos, « un contexte inédit, qui consiste à construire un univers nouveau pour servir la musique et l’histoire, mais en même temps, offrir au public une nouvelle perspective de l’œuvre », se révèle alléchant et redonne à Carmen une nouvelle intemporalité en l’inscrivant dans une dimension intergalactique… loin d’être stupide et farfelu.

Bien sûr les personnages changent de dimensions et de rôles. Carmen, de gitane sensuelle et quelque peu capricieuse, se sublime en reine-déesse, glaciale, presque statique, Don José, soldat ordinaire et déserteur, mute en guerrier médiéval à la royale destinée et Escamillo de toréador à la mode se transforme en personnage sombre et cruel, gladiateur tueur de « taureaux », c’est ainsi que le peuple de Carmen nomme les hommes, leurs envahisseurs ! Les lieux, évidemment transformés, offrent quatre décors somptueux, chargés de mystère et de dépaysement total. Le souvenir de Star Wars, les apports de Game of Thrones, du Cinquième élément,  voire d’Avatar, incontestablement figuraient dans la « banque de données » de Karapetian… et alors ?

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Le seul reproche que l’on pourrait adresser à ce Carmen, mes remarques du préambule écartées, concernerait l’exécution de cette œuvre nouvelle se devant, plus que jamais, à l’excellence. La musique, celle que l’on connaît si bien, ne colle pas toujours à la situation et au décor, de plus la belle scénographie de Weissbard, au final, réduit et limite le plateau. La direction de l’Orchestre National de Montpellier, confiée à Jean-Marie Zeitouni, propose de superbes pages mais aussi des ruptures de tempo, préjudiciables à l’unité musicale et des cuivres parfois bruyants. Le chœur de l’Opéra s’en sort plutôt avec brio mais les enfants d’Opéra Junior, attendrissants en diable dans leurs tuniques et leurs « cales » blanches, disparaissent un peu dans les passages rapides. Il en est de même des interprètes, depuis le rôle titre, chanté par Anaïk Morel, reine glacée au souffle parfois limite, jusqu’à Escamillo, Alexandre Duhamel, victime d’un maquillage agressif lui ayant fait perdre une partie de ses moyens, en passant par Robert Watson, Don José, très belle voix convaincante mais desservie par un accent « extra terrestre » rendant incompréhensible le texte des dialogues. Il n’est que la vibrante Micaëla, Ruzan Mantashyan en fantôme déclaré, qui donne le plein d’une voix riche et veloutée sans être victime des contraintes scéniques.

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Vous aurez compris que, malgré mon réel plaisir, j’ai ressenti et regretté que cette splendide et richissime mise en scène pouvait produire des effets pervers et influer sur les interprètes eux-mêmes.

Le défi de Karapetian consistait aussi à redimensionner sentiments et motivations des héros. Pour Don José « qu’est-ce que cela signifie d’être un traître, de rejeter son passé pour la promesse d’un futur heureux qui devient lentement l’horrible présent ? ». Carmen vise à incarner, plus que jamais, la Femme libre et maîtresse de sa destinée, au delà des contingences locales et culturelles, elle devient symbole de l’Universelle Féminité !

Pari réussi sur de nombreux points, spectacle à la réelle beauté, interprétation, tant des artistes que de l’orchestre, se situant dans de très belles hauteurs, Aik Karapetian a joué et n’a pas perdu… même si il n’a que frisé les sommets.

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Cela valait bien les applaudissements nourris du public de la soirée du 22 mars, la dernière, et probablement pas la bronca de celui de la première représentation !

Merci à Valerie Chevalier de prendre, elle aussi, le risque de se tromper mais aussi celui de faire souffler, à chaque création, un vent de renouveau et d’ouverture, bien nécessaire.

Marc Ely

(clichés Marc Ginot)

 

Lien

Page Carmen du site de l’Opéra Orchestre de Montpellier

http://www.opera-orchestre-montpellier.fr/evenement/carmen-0