LA FIESTA

Conception, direction artistique, chorégraphie : Israel Galván
Appareil dramaturgique : Pedro G. Romero
Création lumière : Carlos Marquerie
Co-direction musicale : Israel Galván et Niño de Elche
Collaboration à la mise en scène : Patricia Caballero
Assistanat à la mise en scène : Balbina Parra
Scénographie : Pablo Pujol
Création sonore : Pedro León
Costumes : Peggy Housset
Coordination artistique : Carole Fierz
Avec : Israel Galván, Eloisa Cantón, Emilio Caracafé, El Junco, Ramón Martínez, Niño de Elche, Alejandro Rojas-Marcos, Alia Sellami, Uchi
Avec la collaboration spéciale du Byzantine Ensemble Polytropon : Panagiotis Andriopoulos (directeur musical), Roni Bou Saba, Charalampos Kalapanidas, Dimitrios Karadimas

Production : A Negro Producciones

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Une fiesta Galvanique*

(*galvanique : qui a rapport au galvanisme, phénomènes électriques produits sur les organes vivants par le passage d’un courant.)

Que faut-il préférer, l’attitude d’une partie du public, à Avignon, quittant ostensiblement la cour du palais dès le début du spectacle ou celle des montpelliérains, restant en place (les billets sont chers !) et dès les derniers pas posés se levant pour partir, oubliant d’applaudir et de remercier !

Je ne sais pas, mais, me semble-t-il, la sauce n’a pas forcément pris ! Des rumeurs, des remous, des commentaires à haute voix, des gitans déçus, des amateurs de danse peu convaincus et pourtant !

La Fiesta un grand moment de danse et de liberté.

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Israel Galván, un timide certes mais aussi une « bête » de danse (et de scène). Il en a des comptes à régler avec cette enfance volée, ces nuits « d’enfant-vampire » à attendre la fin d’un spectacle dans des cabarets sévillans pas toujours très clairs. Des nuits harassantes, il finit par s’endormir dans un étui à guitare, suivies par l’après spectacle, dans ces tablaos où, tous artistes confondus, on buvait, fumait, chantait, dansait sur ou sous les tables. La Fiesta c’est Goya qui s’aventure dans une des nuits de la Walpurgis, c’est un bon coup d’exorcisme, une manière d’évacuer un passé bien vécu mais pas complètement assumé… mais c’est aussi le talent d’un grand, d’un TRES GRAND danseur. Un Galván qui s’est toujours interrogé en profondeur sur les clichés du flamenco et n’en a gardé que la trame – foin des aficionados –, lui qui se joue de son image d’artiste star. Lui qui nous propose de vivre une expérience limite, pousse loin le bouchon et nous offre une sacrée réussite artistique !

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Sur ce plateau qui n’en est plus vraiment un – durant de longs moments j’ai cru regarder une sorte de grande caverne ou une arrière cour, la nuit, derrière une auberge andalouse – huit danseurs et musiciens, souvent à contre emploi, se livrent à une débauche d’excentricités, explosent les codes, propagent le chaos ! Caracafé, guitariste baroque, Niño de Elche, chanteur déjanté, El Junco, Uchi, petite dame gitane aux clarks rouges, Alia Selami, voix céleste, Eloisa Cantón, tendre violoniste, Alejandro Rojas-Marcos,  pianiste et improvisateur de talent et  Ramón Martinez, danseur Malaguène, compagnons de fiesta, complices consentants à cette destruction programmée. Lui, arrivé au son du sifflet, commence par un flamenco couché sur le dos. Des pieds, des fesses, des mains, il danse. Ses zapateados sont assurés, le rythme soutenu, il danse et joue avec tout son corps. Les autres, parfois ridicules, parfois incongrus, assurent leur partie, chacune ou chacune à son tour, lui, chef d’orchestre génial, organise le désordre. Il n’y a qu’à la fin que, revenant à son passé de soliste, de performeur, de bête à concours, il reprend la main (le pied !) et nous offre une déferlante de flamenco revisité, comme titillé par un courant « galvanique ».

De ces confidences, apparemment légères mais plus profondes qu’elles n’y paraissaient, livrées lors du petit déjeuner de la veille, avons nous oublié le « pour danser il faut que je me tue un peu moi-même ! »

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 » Sa fête est mauvaise ivresse, joie forcée, débordements et saccage. Son flamenco dessine en creux ses souvenirs. Lorsque, enfant, il traînait dans ces fêtes flamencas où ses parents se produisaient, et observait après la joie, les flambées et les violences liées à l’excès de vin. À l’élégance de la grâce, il préfère celle de la vérité.

Il danse comme pour toréer le dégoût de ces nuits-là. Le trivial saille et ne ménage rien. La soprano chante Didon de Purcell en marchant à quatre pattes dans le Popcorn. La seule belle femme en robe gitane arrive par-dessous les tables et finit en icône sacrifiée. Galvàn danse l’envers de la fête. Ou plutôt, il ne la danse pas. Il la fait résonner et les protagonistes se disputent pour se faire entendre. »

Sa Fiesta décrit avant tout un paysage sonore, fait de palmas, d’onomatopées et de « belles » musiques. Lui, au milieu de ces solitudes, cultive la sienne, redevient ce soliste de génie, alors que le spectacle s’achève sur le naufrage d’une image perdue et sa volonté d’aller loin, toujours plus loin…

Marc Ely

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