MAIS IL FAUT BIEN VIVRE !

Un soap-opéra théâtral et réflexif en 33 épisodes

Quatre acteurs tournant dans un soap-opéra viennent rendre visite à une certaine tante Annie qui est à l’hôpital et qui passe son temps à regarder un feuilleton télévisuel.

Création collective librement inspirée des œuvres de Richard Hoggart : La culture du pauvre et 33 Newport Street, autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises.

La Cie Primesautier théâtre s’est constituée au département Arts du Spectacle de l’Université Paul Valéry- Montpellier III. Dernières créations : Est-ce qu’un cri de lapin qui se perd dans la nuit peut encore effrayer une carotte ? L’Art (n’) E(s)T (pas) la Science, La Vie de Galilée, de Bertolt Brecht (2011)

Mise en scène Antoine Wellens

Avec Fabienne Augié, Amarine Brunet, Virgile Simon, Jean-Christophe Vermot-Gauchy

Approche sociologique Jean Constance

Dispositif scénographique interactif, création sonore Élise Sorin, Mikael Gaudé

Composition bande originale, Mikaël Gaudé

Création lumières et éléments scénographiques Antoine Wellens, Nicolas Buisson

Coproduction Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau / Scènes Croisées de Lozère – Scène conventionnée écritures d’aujourd’hui / Théâtre Le Périscope – Nîmes Avec l’aide de la DRAC Languedoc-Roussillon, de la Région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée, du Conseil Général de l’Hérault et de la ville de Montpellier

La compagnie est conventionnée par la Région Occitanie – Pyrénées-Méditerranée

La compagnie a bénéficié d’une résidence de création au Domaine d’O, Domaine départemental d’art et de culture.

Avec le soutien du Théâtre Jacques Coeur, Lattes, du Théâtre Jean Vilar, Montpellier et Le Relais, Centre de recherche théâtrale, Le Catelier (accueil en résidence).

Ce spectacle bénéficie du soutien de Réseau en Scène Languedoc-Roussillon dans le cadre du Collectif En Jeux et l’aide de la SPEDIDAM

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« Quatre personnages en quête d’un auteur… »

10 mai 2016 : au sortir de la représentation de « Mais il faut bien vivre », au théâtre Jean Vilar, j’écrivais, sous ce titre un peu racoleur, ces quelques lignes…

Aujourd’hui, après avoir revu cette pièce et ses formidables acteurs, je changerai quelques mots, corrigerai une virgule, un élément de ponctuation, mais finalement écrirai la même chose … au titre près.

Alors, on y retourne !
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« Quatre personnages en quête d’une identité… »

5 février 2018, théâtre Jacques-Cœur, Lattes.

« Plus de deux heures de spectacle et, face à nos yeux écarquillés, une performance !

Deux heures, durant lesquelles on a la sensation de voir naître, respirer, parfois avec des hoquets, une œuvre dont l’accouchement se déroule en public.

Hoggart et la « culture du pauvre » comme viatique, nous voici en partance pour une grande aventure. L’aventure d’une triple action, celle d’une fiction dans laquelle interfère une série américaine, un de ces « soap » apprécié par la ménagère de cinquante ans, et la remise en question récurrente des acteurs, persistant à demeurer eux-mêmes. Des longueurs, quelques fois, des maladresses même, mais un souffle qui emporte l’adhésion. Mary, fragile et robuste à la fois, partagée entre l’homme avec qui elle vit, Albert, et celui qui suscite son trouble, le Dr Richard James. Kate, celle qui se promène dans les couloirs de l’hôpital mais qui dit des choses si vraies, si lourdes de conséquences. Nous étions venu dans cet hôpital anonyme voir la tante Annie et ce sont de grandes interrogations qui nous sautent au visage.

Bel exemple de ce théâtre qui se dit réflexif, l’œuvre issue du travail des quatre comédiens, avec la participation du sociologue Jean Constance et sous la houlette d’Antoine Wellens, ne peut laisser indifférent. Virgile Simon est remarquable dans le rôle d’Albert. Léger, comique même, il sait aussi être émouvant, véhément, pathétique, tant son amour pour Mary l’amène à se dépasser. Jean-Christophe Vermot-Gauchy, avec le Docteur James, a moins de liberté de manœuvre. Le personnage est arrivé, il se doit d’être conforme à son image sociale. Protecteur, docte à la limite du pédant, il n’a pas être sympathique comme Albert et il y réussit. Quant aux deux filles, très à l’aise, elles sont une Mary et une Kate très convaincantes. Mary, allie à un bon sens populaire une sensibilité qu’Amarine Brunet rend à merveille et Fabienne Augié apporte à Kate son poids énigmatique, une dimension l’installant dans une posture inattendue de Sphinx.

Il ne faut surtout pas oublier la mise en scène et le décor. Epurés, minimalistes, ils sont pourtant très présents et la place des 12 chaises est primordiale. Elles façonnent l’espace, rythment l’action, plus que des objets elles tiennent, elles aussi, leur rôle. Les éclairages, télécommandés pour la plupart par les acteurs eux-mêmes, assurent les liaisons, marquent les changements de plan. La présence d’un voile de scène, installant à certains moments une ambiance embrumée, un « fog » très londonien, vient opportunément nous rappeler que le plateau est un espace différent, découpé dans la « vraie vie », un « téménos » au sens antique du terme. Il est bon de ne pas l’oublier ! La mise en scène d’Antoine Wellens, intelligente et sachant se faire oublier, se complète harmonieusement par les lumières et la scénographie d’Elise Sorin, Mikaël Gaudé et Nicolas Buisson.

Quand au public, à chaud, ses réactions ont été parfois étonnantes. Les rires ponctuant certaines répliques, masquent peut-être une incompréhension, une gène peut-être, mais jamais un désintérêt. A la sortie, les pas sont lourds, pour certains le retour à la réalité s’accompagne d’un temps de latence. Mais, il faut bien vivre… mission accomplie ! »

Lundi 5 février 2018 :  je rajouterai que le temps a passé sur la pièce, comme sur ses acteurs, et il a bien passé. Le texte, toujours dense, n’a rien perdu de sa force et de son poids, les acteurs sont plus que jamais, dans la maîtrise mais aussi dans le doute. Les identités se cherchent, James avoue ne plus savoir à quel milieu il appartient, peut-être à aucun, Mary et Kate, Amarine et Fabienne, échangent, un instant leur rôle. Virgile/Albert lui n’a pas songé à devenir Jean-Christophe/Dr James mais il a perfectionné, affûté, son rapport aux chaises et durant une partie de scène se transforme en être hybride, une chaise sur des jambes, se déplaçant mathématiquement tout autour de l’action. Antoine est toujours aussi convaincant et convaincu et ce théâtre, ouvert vers un public qui peut, à sa guise, l’avaler tout d’un coup ou l’absorber par petites doses, par petites bouchées, donne toujours autant envie !

Merci Amarine, Fabienne, Jean-Christophe, Virgile, Antoine, merci au théâtre Jacques Cœur et merci au public !!

Marc Ely, IDHERAULT

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