Reflets dans un œil d’homme

Cie Le diable au corps

Interprètes, Caroline Le Roy, Adria Cordoncillo

Interprète et direction artistique, Michaël Pallandre

Création lumière, Vincent Millet

Régie, Samuel Mathon

Accessoiriste mannequins, Judith Dubois

Costumes, Anne Jonathan

Vendredi 19 janvier à 20h

Théâtre Jean-Claude Carrière – domaine d’O

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Une Huston peut en cacher un autre…

Cette boutade énigmatique renvoie au classique Reflets dans un œil d’or, film de John Huston, d’après le roman éponyme de Carson McCullers, écrivaine américaine. Parallèle tentant avec l’essai de Nancy Huston, auteure de Reflets dans un œil d’homme, inspiratrice du spectacle de Pallandre et Le Roy.

Mais, oublié l’effet miroir entre les deux œuvres, il n’en reste pas moins que dans l’œil d’or ou l’œil d’homme ce qui se reflète c’est la FEMME !

Là s’arrête la ressemblance car dans le roman de McCullers, la réalité n’a que l’apparence de la banalité, les personnages n’obéissent plus qu’à la ficelle de l’impulsif. Alors surgit le tragique, soudaine et violente irruption du mal, inhérent à la condition humaine. 

Nancy Huston, elle, remet en cause les études de genre qui voudraient que le comportement masculin ou féminin ne soit que le résultat d’une éducation, d’un conditionnement. Elle parvient à nous démontrer l’étrangeté de notre propre société, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l’exacerbant à travers les industries de la beauté et de la pornographie.

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Les propos ne sont pourtant pas si différents car au mal, propre à la condition humaine, de McCullers, correspond chez Huston “Le Malin”, brouillant les piste. Ce Malin c’est l’individu et la notion d’égalité. “C’est parce que les humains sont devenus affamés d’égalité qu’éclatent, à l’âge moderne, de graves conflits entre les sexes”.

Spectacle donc intelligent, à défaut d’être immédiatement intelligible ! Michaël Pallandre met d’ailleurs les choses au point. “Il y a plusieurs niveaux de lecture, en fonction du vécu de chacun. Certains spectateurs pourront être questionnés sur le libertinage, la sensualité, la pornographie, les massages, l’orgasme, l’amour… D’autres se protègeront plus ou moins consciemment, en y voyant avant tout un enchainement de portées, une situation burlesque ou une scène graphique. C’est intense! Le rythme du spectacle permet au spectateur de reprendre souffle dans ce parcours émotionnel accidenté, balisé par le silence, le beau et le rire.”

Ce que j’y ai surtout ressenti, c’est la beauté, l’amour du beau. Déjà la mise en scène, épurée, avec ses trois miroirs ovales, met l’œil en condition. La suite de la représentation s’inscrit dans la même recherche. Beautés des performances d’acteurs, beauté des corps, beauté des gestes !

Des avis discordants, des difficultés d’appréhension. Ma voisine s’émouvant des “sexes cachés” dans une pyramide géniale et d’un esthétisme abouti. Elle songeait au “risque de choquer” alors que seul compte la fidélité à l’idée du spectacle : “L’argument du spectacle sera donc le désir. Le désir que les hommes éprouvent pour les femmes et réciproquement… Alors qu’il est maintenant facile de savoir que les processus de ces désirs sont différents, paradoxalement, de plus en plus, l’image de la femme (le corps de la femme) est exploitée sans vergogne. Plus on prône l’égalité absolue entre homme et femme (dans le travail, maternité/paternité) plus le fait que seul le corps de la femme soit montré (photos, films, pub) n’est même pas remarqué. Comme si cela ne pouvait être autrement.

La virtuosité, l’exigence et la maturité technique en portée acrobatique du trio servent ce propos aussi universel que sensible.”

 

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Malgré quelques petites ratées au démarrage – la présentation par la responsable du pôle cirque du festival, totalement inaudible – la qualité de ce spectacle et de ceux offerts par le “Festival d’Hiver” se situe, toujours, au plus haut niveau.

Comme nous le souhaitons et comme le souhaitent aussi nos élus (cf. les vœux à la Presse de K. Mesquida) il faut que ces festivals se poursuivent et se pérennisent, ils sont un des principaux moteurs de la Culture de notre territoire !

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Pour ceux qui veulent “aller plus loin”, ci-dessous, quelques extraits de “Reflets dans un œil d’homme”, l’essai de Nancy Huston.

  • “Voici l’enchaînement: on cherche une signification à tout. On interprète. On suppute que la division de notre espèce en mâles et femelles a été décidée en haut lieu, pour une raison. D’emblée on est dans la religion, dans la peur. En découlent: gestes de propitiation et de magie; dessins et sculptures pour présenter, représenter et transformer une réalité que l’on ne comprend pas.  Au sortir d’une enfance vécue sous l’autorité d’une femme, l’homme regarde le corps féminin avec ambivalence, en le désirant et en le redoutant, en le jalousant et en le détestant.  L’ambivalence fait l’humanité, fait l’art. Pas d’ambivalence chez les autres primates, pas d’art non plus. En d’autres termes, si les hommes ont dominé les femmes dans toutes les sociétés humaines au long de l’Histoire, c’est parce qu’elles portaient des enfants.”
  • “Que, dans leur rapport à l’autre sexe, les filles valorisent plutôt “l’amour” et les garçons plutôt “la baise” correspond à leur destinée reproductrice respective: l’une lente, l’autre rapide. La nature n’est pas politiquement correcte; seuls les humains peuvent l’être.”
  • “Bien que nous adorions croire notre volonté toute-puissante, nous sommes loin d’être le “nous” que nous pensons être, et ne comprenons qu’imparfaitement les mobiles de nos propres actes.” 

(C.J. Combettes et Marc Ely pour IDHERAULT.TV)

VIDEO

Teaser de “Reflets dans un œil d’homme”