Retour sur « FRANCOIS D’ASSISE » d’après Joseph Delteil

Cie du Passage

avec Robert Bouvier

Mise en scène : Adel Hakim | Adaptation : Adel Hakim, Robert Bouvier  | Scénographie : Yves Collet en collaboration avec Michel Bruguière | Lumières : Ludovic Buter | Musique : Christoph Bollmann | Coproduction : Compagnie du Passage, Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E., Théâtre St-Gervais – Genève, Centre culturel suisse – Paris, Théâtre des Quartiers d’Ivry | Spectacle co accueilli avec : Hérault Culture – théâtre sortieOuest, domaine départemental de Bayssan dans le cadre du Grand Tour

Grand Café Mounis – Graissessac

Vendredi 10 novembre – 20h30

durée : 1h25

graissessac_120367Graissessac – Grand Café Mounis

En avant-propos, « un voyage extraordinaire » !

Vendredi soir, 18h30, départ pour Graissessac et pour un voyage étonnant ! Graissessac, près de 700 habitants, à 80 km de Montpellier, au cœur des Monts d’Orb, une petite cité étonnante. Tout d’abord, il y eut le trajet : routes sinueuses, traversées de communes déjà endormies et l’arrivée. Accueillis par une chute de grésil (il a neigé quelques kilomètres plus haut !) et une ambiance de soir de Noël. Des rues désertes, les quelques personnes rencontrées allaient ou venaient du Grand Café Mounis, notre destination finale. Divine surprise et rechute dans un autre univers, le repas improvisé et totalement imprévu à la Table du Mineur. Saut, dépaysant et inattendu, dans un univers parallèle. Quelques heures auparavant nous nous battions contre une circulation insensée et la montre pour sortir de Montpellier et là, calmement, nous devisions devant une soupe de légumes et un plat de paupiettes. Mes, nos, souvenirs d’enfance revenaient par vagues, déferlaient. Et ce n’est pas la salle du Grand Café, délicieusement restaurée, à la fois surannée et moderne, qui allait nous faire changer d’avis. Voilà, le décor est posé et il est temps de revenir sur la deuxième et « monumentale » surprise de la soirée : « François d’Assise » !

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Cliché Camille Lamy

Retour sur François d’Assise, d’après Joseph Delteil.

« Ensainté » mon cher François (ou Robert !).

Le texte de Delteil, tout d’abord, ce texte qui nous saute au visage, qui envahit nos oreilles dès les premières minutes. Dense, charnel, mosaïque de détails vrais, d’images poétiques fortes mais si terre à terre, un bijou ciselé et dont chaque mot, chaque phrase sont emplis d’humanité, d’amour. Un texte servi admirablement par un François réincarné, Robert Bouvier. Dépassant le dilemme sempiternel de la place de l’acteur face à son personnage, Robert est à la fois Delteil, François et, peut-être, lui-même. C’est magique, grandiose, émouvant, surprenant… et crédible !

Depuis plus de 20 ans, pour près de 400 représentations, ce « françoisier » a promené, de scènes en plateaux, un texte qu’il habite complètement et son jeu (en était-ce un ?) avec une conviction, une détermination qui relève du miracle. On y croit, ma voisine était persuadée d’avoir vu la vie même du « Poverello », et pourtant ! Delteil, victime de la mauvaise presse de son Jeanne d’Arc (Fémina 1925), bénéficia de la part de l’intelligentsia catholique d’un préjugé défavorable dès la parution de son François d’Assise (1960). Mais, aujourd’hui, on peut s’interroger sur la vision de Delteil et sur sa compréhension de ce « saint » personnage. Delteil, son néo-paganisme, son panthéisme baroque, son immersion dans la nature, sa position auto proclamée de « catholique en marge de l’institution », n’est-il pas, en définitive, un ce ceux qui ont le mieux saisi (et appliqué) le message de François ?

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Cliché Camille Lamy

Ici, à Graissessac, Robert-François crève l’écran ! Décor minimaliste, mise en scène d’Adel Hakim épurée sans être pauvre, musique admirablement adaptée au propos, déjà tout est là pour « faire grand ». Ce n’est pas à un spectacle gentillet, à la hauteur d’un arrière-pays, qui nous été donné de voir mais bien une œuvre formidable dont les grandes scènes n’auraient pas à avoir honte. Moment sublime, d’une intensité quasi insoutenable, entre orgasme et souffrance absolue, lorsque se faisant le double du Divin Crucifié François en reçoit les stigmates. Des images décapantes, poétiquement incorrectes et si douces à notre oreille avec ces : « A vingt ans, l’âge où le rêve monte à cheval », « Les yeux, une goutte de ciel incarnée entre deux paupières », « Le chêne aux racines archéologiques ».

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Cliché Camille Lamy

Plaisir de retrouver un écrivain « naufragé de la littérature », oublié dans sa Deltheillerie, cette « vieille métairie à vins, à lavandes et à kermès », plaisir de communier au travers d’un texte magnifique sublimé par le jeu d’un acteur inspiré.

Merci à la saison culturelle de Bédarieux & Grand Orb, merci à ses organisateurs, merci !

ME pour IDHERAULT. TV

08-francois-dassise_lorencine-lot Cliché Lorencine Lot

Pour les amateurs de « bonus », à la suite, quelques textes et extraits de François d’Assise.

« J’ai appelé ce texte François d’Assise et non pas Saint François. Vous remarquerez que je tiens à cette nuance. Je prétends toujours que tout homme, s’il le veut, peut devenir François d’Assise, sans être saint le moins du monde. J’imagine très bien un François d’Assise laïque et même athée, ce qui importe, c’est l’état d’esprit « françoisier » et non pas sa place réservée sur un fauteuil doré dans le paradis. Il faut un saint « utilitaire », un saint qui « ensainte » les hommes. Nous vivons un véritable match entre l’histoire et la nature. D’un côté, une redoutable accélération industrielle, une montée en flèche de la civilisation atomique et de l’autre, une fragile levée de sève ça et là dans le vaste monde, un appétit soudain de grand air, de soleil. L’humanité bureaucratique, métallique, aspire de nouveau à sa chair, elle veut prendre la clé des champs… »

Joseph Delteil

« Dans cette ville d’Assise (…) où, parmi chiens chiennant et mouches mouscaillant, parmi pigeons à pied, chats et mules, grouillent, jacassent, trottent, pleurent, rient de drôles de créatures brassues et pattues, mi-insectes, mi-mammifères : les hommes quoi !…

Il y a donc le soleil, c’est évident, il soleille… le soleil « large comme un pied d’homme » (Héraclite)…il fend le ciel, il saute de montagne en montagne, il enjambe la rivière, il baise le toit… il y a cet innombrable firmament de toutes parts comme l’âme de l’homme, épais et cru comme la pulpe de la genèse, allègre et fou comme un papillon bleu… il y a ces continents entiers partagés et départagés en presqu’îles, alpages et nations, avec leurs mamelles de mers… il y a les grands fleuves mondiaux à grosses eaux marchandes, et puis tout à coup dans le recoupement des ères un ruisselet préhistorique et nouveau-né qui rit et chante sur la mousse…

Je vois à l’œil nu chaque plaie, les cinq plaies, chacune à sa place et dans tout son éclat, à chaque paume le trou du clou tout éclaboussé de grosses gouttes violâtres et d’amas vermillons, un épais clou d’artisan à bout carré… les deux pieds sont cloués ensemble l’un sur l’autre, par économie, un énorme clou comme une broche à bœuf, planté obliquement à travers les métatarses, tout un chaos de chair. »

Extraits de François d’Assise de J. Delteil

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Cliché IS

BIO

Robert Bouvier 

Formé à l’école supérieure du Théâtre national de Strasbourg, Robert Bouvier a joué dans une trentaine de spectacles (mis en scène par Matthias Langhoff, Jean-Louis Hourdin, Irina Brook, Adel Hakim, Charles Tordjman, Marion Bierry…) et une vingtaine de films (réalisés par Alain Tanner, Denis Amar, Alain Resnais…). Il a réalisé trois courts métrages et un moyen métrage et écrit plusieurs adaptations de textes pour la scène ainsi que des scénarios. Il a signé les mises en scène de Peepshow dans les Alpes, Saint Don Juan, Cronopes et fameux, Artemisia, Une lune pour les déshérités, Roi de rien, Cinq Hommes, Les Gloutons qui furent joués au Théâtre Vidy-Lausanne, au Poche-Genève, au Théâtre des Quartiers d’Ivry, etc. Collaborant étroitement avec la metteuse en scène Anne-Cécile Moser, il a conçu et interprété le premier spectacle de la Compagnie du Passage, Lorenzaccio. Il a en outre mis en scène cinq opéras : La Damnation de Faust, Le Mariage secret, Mefistofele, Don Giovanni et Faust. Il a créé à l’automne 2008 Les Estivants, de Gorki, dans une nouvelle traduction d’André Markowicz : réunissant quinze comédiens, la pièce a été programmée notamment par La Comédie de Genève et au Théâtre Vidy-Lausanne. De décembre 2008 à mai 2009, il a partagé l’affiche avec Catherine Rich au Petit Montparnasse dans le spectacle 24 Heures de la vie d’une femme, mis en scène par Marion Bierry. Il collaborera à nouveau avec cette metteure en scène à l’automne 2009, incarnant le rôle d’Oliver Kilbourne dans la nouvelle création de la Compagnie du Passage Les Peintres au charbon. Début 2010, il a joué sous la direction d’Agathe Alexis dans Le Pain dur au théâtre de l’Atalante de Paris.

LIENS

Saison culturelle 17/18 Bédarieux et Grand Orb

http://www.grandorb.fr/Agenda/Culture.html

Cie du Passage (site officiel)

http://www.compagniedupassage.ch/spectacles/francois-dassise/

 

VIDEO

Extrait de François d’Assise