Retour sur « LA MOITIE DU CIEL ET NOUS » d’Armand GATTI

Par IDEOKILOGRAMME

CHU de Bellevue

Vendredi 8 septembre

15 à 17h30

Première partie :  I, II et III

Deuxième partie : IV, V + PS

d887479b-6477-4a30-8b39-d5467a2a1609

Une expérience en marche

Vendredi 8 septembre, Théâtre du CHU Bellevue, une trentaine de personnes, public très diversifié, des jeunes, des plus âgés, des âgés tout court, mais tous regroupés devant l’entrée de la « Salle de Réunion », le théâtre de Bellevue !

Le changement d’horaire, lié à des problèmes de sécurité, n’a pas favorisé la présence de tous ceux qui souhaitaient venir. Matthieu Aubert, accueille le public, et annonce le spectacle qui commencera, dehors, sur et devant le perron de la salle.

Cà y est, nous sommes embarqués pour plus de deux heures d’immersion dans l‘œuvre de Gatti et la restitution du travail mené par IDEOKILOGRAMME et l’équipe de ses comédiens.

Dès le commencement la situation est claire, face à nous des acteurs qui interprètent les rôles d’acteurs allemands, appartenant à une compagnie militante. Le Tribunal, avec ses « juges de théâtre », va statuer sur le sort de quatre femmes membres de la RAF, mais le verdict, la liberté, reste un verdict-désir. Cette première scène, avec sa mise en abîme, acteur jouant/acteurs joués, donne sa couleur à ce spectacle intelligent ou, le plus souvent, réalité historique, réalité sociale, réalité scientifique, se confrontent avec, en prime, un humour décapant, loin d’être absent des propos de Gatti.

La deuxième partie, toujours à l’extérieur, occasion de suivre de près le jeu d’acteurs, motivés et convaincants. La Moitié du Ciel, perçue de quatre points de vue différents, difficile mais réussi numéro d’équilibriste. Le « point de vue communiste » et l’histoire vécue par un poète chinois se révèlent particulièrement émouvants.

L’entrée dans le « théâtre », pour la troisième partie, nous plonge dans un jeu animé, durant lequel interviennent avec bonheur la plupart des participants. La construction du corps de la femme militante s’organisant à vue, c’est aussi des jeux scéniques à partir d’objets usuels, de lunettes, et de l’évocation, presque une litanie, de ces militantes exécutées, réduites à une photo, une date de naissance et une date d’exécution. Moment fort !

Après la pause les acteurs se déchainent et des chansons, chères à Armand Gatti, ponctuent régulièrement les différentes séquences. Le propos reste fort mais tempéré par un humour décapant ou tendre. La partie IV durant laquelle le mariage est remis au centre du débat et de la « lutte des classes » se déroule dans un élan communicatif, rythmée par l’énumération des possibilités pour la Moitié du Ciel.

Le personnage de Hans Kampf offre l’occasion à Stefan et André (Alain et Christophe) de laisser libre cours à leur fantaisie. Leur interprétation enlevée et débridée nous replace au cœur du théâtre de rue… jubilatoire.

Toute la séquence V,  » Le bureau, l’usine, la prison et l’hôpital psychiatrique conçus comme un même lieu »,  constitue, à elle seule, un petit chef d ‘œuvre d’humour grinçant et de réalisme effrayant. Autour d’Ingrid K. s’agitent les marionnettes des sommités institutionnelles : Cumulus, Nuage-Blanc, Nimbus… désopilant et glacial !

Je n’oublierai pas Matthieu, homme-orchestre, tenant son spectacle sans en avoir l’air et qui, intervenant de temps à autre, maintient le lien indispensable. Son apparition en Super-Héros est, elle aussi, un grand moment.

Le final, post-scriptum de la pièce de Gatti, constitue, en lui-même, un hymne à la Liberté. « Si vous passez devant une prison, n’hésitez pas à saluer, car c’est là que, toujours, s’est bâti le monde de demain. » Provocateur, iconoclaste… et si vrai.

Un spectacle très riche, une expérience réussie (ou pas loin de l’être) est une envie, celle de revoir cette pièce, dans un autre contexte, moyen de bien se persuader de la qualité du travail accompli !

Un regret, l’absence d’une petite fille, Miranda, qui, pour des raisons d’horaires et d’école, n’a pu jouer ce vendredi. Nous lui adressons toutes nos félicitations pour son énergie et sa persévérance.

87c9a9ba-0150-49fc-8f71-4364361a6636

 

Armand Gatti (1924-2017) a écrit cette pièce de théâtre à Berlin-Ouest en 1975, lors du procès et des grèves de la faim des membres de la Fraction Armée Rouge (dit aussi Groupe Baader-Meinhof).
« La Moitié du ciel et nous » présente l’histoire et la démarche d’une compagnie allemande de théâtre militant, quatre femmes et quatre hommes, qui refusent les arguments sexistes et paternalistes prononcés à l’encontre des membres féminins de la RAF. Elles / ils décideront de créer un spectacle interrogeant leurs propres passés, leurs rêves, leur visions du monde, les rapports de domination sexuelle et capitaliste dans leur vie de tous les jours. L’Histoire d’Allemagne, des mouvements politiques d’après-guerre et de la psychiatrie sont au cœur du propos. La pièce de théâtre est à (re)découvrir dans la version française originale de l’auteur. Un projet de réédition est en cours.

Cette expérience théâtrale, gratuite et ouverte à toutes et à tous, quelque soient l’âge et le niveau de théâtre, a été dirigée par les artistes d’Idéokilogramme : Matthieu Aubert, Joël Zoumana Koné, Gaëlle Reynaud et Sarah Lazarus.

Sur scène : Aïcha Baghdad, Philine Kemmer, Nathalie K., Miranda K., Sarah Lazarus, Pascale Mercier, Pascal Nyiri, Gaëlle Reynaud, Rie Sakamoto, Maryse Sophy-Monfort, Tiffany Tourrenc, Myriam Vabre, Bernard V., Alain Villar, Christophe Wagner.