Pascale Hugonet et Alexandre Gilibert
Saisir le silence

Exposition du 9 septembre au 28 octobre 2017
Vernissage vendredi 8 septembre de 18h30 à 20h30

Dans le cadre de Drawing Room 017, « autour du salon » du dessin contemporain, la galerie annie gabrielli présente Saisir le silence , une exposition des artistes Alexandre Gilibert et Pascale Hugonet, tous deux ouverts à des pratiques riches et complexes, nourries de supports théoriques, historiques et artistiques.
Les deux artistes questionnent le médium graphique dans son approche contemporaine : pour l’un dans l’inframince où il rencontre la photographie, pour l’autre dans une approche conceptuelle où le dessin joue avec le signe écrit.

Comme pour Paysages équivoques, sa première exposition à la galerie (2015), le travail d’Alexandre Gilibert s’élabore autour du paysage, des modes de représentation des détails qui le composent : s’ils ont une dimension photoréaliste, ils doivent aussi être compris comme les traces d’un passage ou d’un transfert du registre de l’image photographique à celui, sensuel, du dessin pur.

Pour Pascale Hugonet, le déplacement est celui de la main qui dessine, qui gratte et inscrit, à la manière d’une écriture, le temps qui passe par un geste inlassablement répété. Elle expérimente l’écriture spéculaire, des traces de signes qui construisent son identité narrative. Dans Journal sur torchons, elle dessine l’écriture : chaque pile de torchons porte le titre de sa période d’écriture.

Mettant à distance le réel dont ils manipulent l’image chacun à sa manière, ces deux artistes créent un univers artistique singulier et si leurs démarches semblent différentes, elles s’apparentent cependant à un exercice monacal avec le systématisme du trait en évocation du temps qui passe : cette méticulosité de leur approche – frisant l’obsessionnel – les rapproche.

Pascale Hugonet

Généralement, le dessin est une première pensée, une anticipation de l’œuvre à venir.
La plume peut courir librement, parcourir la surface sans la délimiter, rester libre de son point de départ et de son avenir. Le dessin est un point de départ qui ne préjuge ni ne présume du résultat final, si ce n’est dans les grandes lignes.

Dans l’œuvre de certains (et de Pascale Hugonet, en particulier), le dessin n’est pas un outil, une étape, une anticipation mais une finalité. Il ne précède rien que d’autres dessins, au nombre illimité, à qui il prépare la voie, déblaie le terrain, ouvre des pistes.

Le suivant ressemblera un peu à celui qui le précède et assez aussi à celui qui le suit. Mais aucune gémellité, impossible de se tromper ou de les confondre. Malgré un air de famille prononcé, chacun possède une personnalité affirmée, issue de même règle, matière et couleurs. Et chacun s’intègre dans une famille évidente, à peine recomposée.

Bien sûr, les formats identiques, l’esthétique de la page pleine, l’aspect d’écriture barbare ou antique, la répétition de modules discrets, l’acharnement symptomatique à finir malgré tout, tissent des rapprochements irrémédiables. L’obsession remplit l’espace selon des processus régissant chacune des séries et que l’on identifiera ou pas, c’est selon l’angle de visions, l’éloignement du sujet, la lumière portée. Car autant que la finesse du trait, le noir de l’encre, la trace du scalpel ou l’épaisseur de la cire, sont présents l’ombre de l’épigraphie, le fantôme de l’estampage Han, l’empreinte d’artistes rares et presque oubliés du vingtième siècle, le support enfoui des tablettes coraniques et les planches millénaires des portraits du Fayoum. L’apparente absence d’épaisseur du trait, l’impalpabilité du support se remplissent aussi de cette impalpable et obsédante culture, toujours plus envahissante qu’elle paraît invisible.
Dessiner autant qu’écrire, écrire en même temps que dessiner, il y a quelque chose du livre invisible dans le travail de longue haleine de Pascale Hugonet. Mais dans le trait cursif ou rigide, dans l’écriture bâton ou presque cunéiforme, dans le lacis ou le damier, dans la résille et la grille, se glissent parfois un sens, des références et même, pourquoi pas une voix ancienne à ceux qui, pour l’entendre, se rapprocheraient dangereusement du papier.

Francois Bazzoli, février/mars 2016

Alexandre Gilibert

Les dessins d’Alexandre Gilibert, riches de subtiles nuances de noir d’où naissent des formes végétales et minérales, traduisent un regard photographique. Ainsi, dans ses dessins Lieu dit Cartayrade, la rivière resplendit grâce à une focalisation qui donne accès à sa matérialité et sa densité alors que, dans le même temps, la forte lumière figurée inonde une partie de la représentation en noyant ses détails.

Dans ces instantanés graphiques se cristallise toute la fragilité de notre monde. Quand la vacuité dit la vanité et le caractère transitoire de nos existences. Ça a été… Retenir ici le mot de Roland Barthes n’est pas anodin. Certes, c’est de photographie qu’il parlait.
Or, curieusement, cette dernière n’est jamais très loin dans toute la pratique d’Alexandre Gilibert. Une réécriture de ce texte pourrait d’ailleurs recourir aux termes cadrage, mise au point, surexposition ou encore empreinte et reproductibilité. Cela laisserait sûrement planer un doute sur la nature même des œuvres exposées mais traduirait de manière juste les liens indéfectibles qui se tissent entre la démarche de l’artiste et l’acte photographique.

Anne Dumonteil, 2015

« Mon travail s’élabore autour des questions liées du paysage et du dessin, lieux communs de l’histoire de l’art. Les vues que je propose instaurent une scénographie de l’absence, une phénoménologie du vide et des éléments naturels qui les composent (végétation, étendues, reliefs, cours d’eau etc.). Mes dessins, par leur frontalité all over, s’avèrent davantage redevables aux méandres d’un Jackson Pollock qu’à l’espace serein et articulé d’un Nicolas Poussin.
S’ils ont une dimension photoréaliste, ils doivent être aussi compris comme les traces d’un passage ou d’un transfert du registre de l’image photographique à celui sensuel du dessin pur où seul varie la densité de la couche de pastel noir.
Ce rapport transitif ou médiat à un paysage naturel, par le biais de proliférations plastiques et graphiques, rend visible mais aussi lisible ce qui autrement resterait inaperçu ou simplement chaotique.
Le dessin de paysage est alors une façon de prendre connaissance du terrain, d’en dégager les lignes de forces qui le structurent et de comprendre l’histoire dont il est issu ».

Alexandre Gilibert

Galerie Annie Gabrielli
33 avenue de Nîmes, 34000 Montpellier