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clichés Jean-Louis Fernandez

UBU ROI

d’après Alfred Jarry

Cie des Dramaticules

Adaptation et mise en scène : Jérémie Le Louët / Collaboration artistique : Noémie Guedj

Scénographie : Blandine Vieillot / Vidéo : Thomas Chrétien, Simon Denis et Jérémie Le Louët

Lumière : Thomas Chrétien / Son : Simon Denis

Construction : Guéwen Maigner / Régie : Thomas Chrétien et Simon Denis

Avec : Julien Buchy, Anthony Courret, Jonathan Frajenberg, Jérémie Le Louët, David Maison et Dominique Massat

Durée : 1h25

1, 2 et 3 mars à 20h

Théâtre Jean Vilar – Montpellier

 

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UBU ROI : Sous les feux de la « chandelle verte »

Jeremie Le Louët nous plonge, directement, au cœur même de la démarche de Jarry , aux racines de son Ubu. Peu importe que les frères Morin soient les auteurs de cette farce de potache, intitulée Les Polonais, en y introduisant Ubu, sa puissance dévastatrice, Jarry, définitivement, en a fait sa chose. Salutaire, iconoclaste, ravageur, Le Louët a tout compris et son redécoupage d’Ubu Roi n’est en fait qu’une approche différente, plus adaptée à notre temps.

Il y a du didactisme, avec le professeur Ludovic « Ludo », de la mise en abîme, avec les aller-retour entre œuvre jouée et œuvre en chantier. Il y a toute l’amplitude conférée à son propos par les apports des techniques modernes : son, lumières, vidéos, effets spéciaux. Mais, c’est l’occasion de le rappeler, ici nul sacrifice à la mode, nul placage artificiel pour « faire moderne ». Comme Jérémie le précise, tout participe à la scénographie, les projecteurs et caméras deviennent éléments de la mise en scène, tout concourt au résultat et rien n’est, ici, superflu.

 

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« Le théâtre doit-il être au public ou le public au théâtre ? », cette réflexion qui hante nos plateaux depuis quelques décennies est, déjà, celle de Jarry… à la fin du XIXe siècle ! C’est aussi à cela que la Cie des Dramaticules « s’amuse ». Désacraliser Ubu Roi, victime d’un étonnant académisme, privilégier le jeu, « faire les idiots » en quelque sorte.

Le spectacle ne se construit pas, il se détruit au fur et à mesure qu’avance la pièce et s’achève sur une formidable débâcle.

Entretemps il se sera dit et entendu des choses surprenantes. Le discours de Venceslas, ce roi de Pologne, c’est à dire de « nulle part », n’est-il pas celui de François Hollande, au Bourget, en 2012 ?

 

UbuRoi--«JeanLouisFernandez078

 

N’y a t-il pas un dérangeant écho, toquant à nos « oneilles », dans l’évocation des « salopins de phynance » et du passage à la trappe à destination de la « machine à décerveler ». Etonnante ressemblance entre Père Ubu – qui incarne tous les vices les plus primaires, avec une cruauté enfantine. C’est le symbole de la cupidité des hiérarchies politiques, l’absurdité de vouloir toujours tout : « Encore une fois, je veux m’enrichir, je ne lâcherai pas un sou » – et des personnalités contemporaines faisant la une de nos quotidiens.

Cet Ubu Roi « est une œuvre de chaos où l’on passe son temps à se brutaliser et à se faire la guerre ». Mais tout ceci interprété avec une apparente naïveté enfantine, la violence et l’insolence de la jeunesse.

 

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Alors « Merdre » pour ceux qui en seront dérangés, « Merdre » aux empêcheurs de fantasmer en rond et, par « ma chandelle verte », bienvenu au boursouflé, au ludique !

Dans cette entreprise de démolition Jarry ne demande qu’à être brutalisé et cet Ubu Roi, s’il est revu, n’est surtout pas corrigé !

 

Quoi de plus facile pour prendre la mesure de cette démesure que d’en regarder, pâles reflets, ces quelques images fixées par l’objectif et qui ferons naître un seul regret : pourquoi donc ne suis-je pas allé le voir ?

 

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Liens 

Théâtre Jean Vilar

http://theatrejeanvilar.montpellier.fr/agenda/ubu-roi

Cie des Dramaticules

http://www.dramaticules.fr/fr/spectacle/ubu-roi/infos/note-de-mise-en-scene–13

 

Vidéos

Teaser

 

Jérémie Le Louët, mise en scène