Les Fleurs du mal: le Verbe incarné de l’Outrage aux moeurs

le dimanche 12 janvier 2017 de 18:00 à 21:00 à L’Art en Poche – Lodève 

La poésie de Baudelaire se place dans la tradition de l’allégorie, comme l’a montré Patrick Labarthe dans un livre magistral et fécond. Le poète a cependant bel et bien été condamné par le tribunal correctionnel de la Seine, le 20 août 1857, pour des poèmes qui, selon les magistrats du second empire, « conduisent nécessairement à l’excitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur ».

L’arrêt de réhabilitation prononcé en 1949 par la chambre criminelle de la cour de cassation revient sur cette appréciation (sur cette dépréciation), qui, selon les magistrats de la quatrième république (entre-temps l’empire et une république ont chu), « ne s’attachant qu’à l’interprétation réaliste de ces poèmes et négligeant leur sens symbolique, s’est révélée de caractère arbitraire ».

Or, les Fleurs du mal nous parlent bien de la lettre, c’est-à-dire d’un sens charnel de l’écriture, comme l’on pouvait, jadis, opposer, par l’onction d’Augustin, les juifs « charnels » de l’ancien testament aux chrétiens « spirituels » (c’est-à-dire purement et simplement analphabètes ou, sinon, naufragés dans l’océan d’une société profondément illettrée) du nouveau testament, et elles ont un rapport étroit avec la décadence du christianisme, religion de la conservation envers et contre tout (envers même la lettre) de la lettre perdue, c’est-à-dire avec la pleine restauration, dans l’époque moderne, de la société technologique, consumériste, ploutocratique, impérialiste et esclavagiste de l’antiquité latine, détruite et mise entre parenthèses par l’analphabétisme, aussi violent que vital, des groupes de migrants du bas-empire, qui renversèrent l’État romain et ses carcans mentaux.

L’opposition entre l’esprit et la lettre, c’est-à-dire entre sens littéral et sens allégorique, est topique en littérature, pour reprendre une idée maintenant classique, due au romaniste Curtius. La modernité ne fait que retourner à ce que le moyen âge avait complètement perdu : l’alphabétisation de masse.

Les Fleurs du mal et leur auteur, ce « Dante dégénéré », comme l’écrivait Laurent-Pichat dans le « bulletin bibliographique » de la Revue de Paris, datée du 1er septembre 1857 (et l’on parlerait plus tard de l’Entartete Kunst), prennent position, dans leur époque, sur ce sujet qui nous concerne encore. C’est ce que le conférencier entend montrer.