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Page en construction

de Fabrice Melquiot

Compagnie El Ajouad

Théâtre Jean-Vilar

Jeudi 2 février et vendredi 3 février – 20h

Durée : 1h30

 

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Cliché V. Arbelet

 

Texte : Fabrice Melquiot / Mise en scène : Kheireddine Lardjam 

Collaboration artistique : Estelle Gautier

Création lumières : Manu Cottin / Création son : Pascal Brunot

Musique : création collective / Dessins : Jean-François Rossi 

Vidéo : Kheireddine Lardjam, Thibaut Champagne

Avec : Kheireddine Lardjam, Larbi Bestam, Romaric Bourgeois, Sacha Carmen

Production : Compagnie El Ajouad

Coproduction : La Filature, Scène nationale – Mulhouse ; L’arc, Scène nationale Le Creusot ;

DRAC Bourgogne ; Conseil Général de Saône-et-Loire

Avec le soutien de la Comédie De l’Est – Centre Dramatique National d’Alsace – Colmar ;

Les Scènes du Jura, Scène nationale ; Institut Français en Algérie ; Maison de la Culture d’Oran

La Compagnie El Ajouad est conventionnée par le Conseil Régional de Bourgogne.

 

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Cliché V. Arbelet

Drôle, émouvant, intéressant !

Trois qualificatifs, saisis au vol, sur le parvis de Jean Vilar et qui résument bien les moments intenses passés en compagnie d’El Ajouad et de sa « Page en construction »

Drôle, certainement ! Humour au deuxième degré, dérision assumée et volonté de rester dans l’ironie pour parler de choses sérieuses.

Emouvant, assurément ! Un sentiment fort, empreint parfois de véhémence, habite le jeu des acteurs. Sans jamais forcer le trait, la quête de Kheireddine Lardjam résonne, sincère et authentique, aux tréfonds de nous-même.

Intéressant, définitivement ! Une vision passionnelle et dépassionnée des relations, étroites et chaotiques, entre France et Algérie. Deux pays, deux peuples, indissociablement liés et, pourtant, en constante rupture.

Voilà, tout est dit et demeure le reste…tout le reste : cette trop courte heure et demie passée, face à Kheireddine et ses trois partenaires.

Le reste, c’est ce Français qui « paie des coups » à un Arabe tout en l’insultant.

Le reste, c’est la musique, oud et guitare alternant, portée par les voix rauques, mélodieuses, enlevées, de Sacha, Larbi et Roderic.

Le reste c’est, encore, le petit Noe Gibran (absent mais si présent) et ses Super-Héros!

Le reste c’est, toujours, Kheireddine, celui qui n’est jamais où il est, criant sur tous les tons sa condition d’exilé.

« Je suis algérien et français, j’ai la « double », mais en Algérie je ne le dis pas… En France je suis un arabe, au théâtre un arabe, mais avec une certaine complaisance, avec des rôles d’arabe… »

De Genève à Lons-le-Saunier en passant par Le Creusot, Kheireddine portant le texte de Melquiot, joue l’histoire d’un homme qui joue sa vie. « Il a commandé l’écriture de certaines résurgences à un auteur qui en fera ce qu’il veut. C’est l’histoire d’un homme qui se donne. Il n’a rien à perdre, à part lui-même. »

La solution, s’opposant à  Mahomet, super-héros, et à la mainmise de la religion : la création d’un super-héros, algérien, faisant face à l’exclusion. « …Idée saugrenue et géniale de Melquiot pour symboliser cette fracture que les mots seuls ne peuvent discerner, cet espèce d’état de semi-indolence entre le fait d’être français et d’être vu comme un autre, différent, et celui d’algérien vivant en France, loin de tout… »

 

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Cliché V. Arbelet

 

On passe d’Algéroman, le bleu, à Captain Maghreb, le blanc, pour finir sur le dépouillé Page en construction, le rouge. Supers-héros algériens, mais aux couleurs de la France. Colonisation, comme ironise Kheireddine Lardjam, ou tout simplement immersion et, au fond, culture commune ?

On rit sans retenue de la « blonde » déglinguée, qui a osé voler téléviseur et lecteur DVD au flamboyant Captain Maghreb, à la prestation vampée de la Directrice de la Culture. Un personnage décalé dans lequel Kheireddine, talons hauts, bas noirs et coiffure léonine, donne toute la mesure de ses possibilités. On rit, mais un peu moins, au discours du si français « Michel », Franck en l’occurrence, proposant de rédiger le « dico des noms donnés aux arabes ».

 

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Cliché V. Arbelet

 

On s’émeut de la voix somptueuse, sensuelle et puissante, de la minuscule et immense Sacha. On a une petite larme à ce duo entre « Marseillaise » et « Kassaman », les deux hymnes accompagnés par les notes de la même guitare.

Une Algérie fantasmée, sublimée par l’auteur et son interprète. Ulk n’est-il pas le Super-Héros en blanc, vert et rouge, aux couleurs du drapeau algérien !

Des paroles fortes, des constats lucides, avec la prise de conscience de cette grande fissure qui traverse la Méditerranée, parallèle aux côtes de l’Algérie, qui ne font pas l’économie du rappel des souvenirs d’une guerre qu’ils n’ont pas vécue, de l’islamisme montant. Des questions, des interrogations, des certitudes : « Musulman c’est un mot qui chante, c’est un mot paysage ».

Grâce à une mise en scène de qualité jouant, sans lourdeur, sur les images projetées en fond de plateau, l’intrusion du monde des comics apporte de la fraîcheur à un propos qui pourrait devenir étouffant.

Pari tenu pour le tandem Melquiot-Lardjam (ou l’inverse), par cette création et la confrontation de leurs regards croisés ils contribuent à lever un pan de cette chape de silence jetée sur notre Histoire commune depuis la fin de la guerre d’Algérie. Un grand coup de chapeau à Kheireddine qui ne se doutait pas, en commandant un texte à Fabrice Melquiot, que l’auteur choisirait de raconter cette Histoire-là à travers ses yeux et sa mémoire.

 

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Sacha Carmen

 

Liens

Théâtre Jean Vilar – Montpellier

http://theatrejeanvilar.montpellier.fr/agenda/page-en-construction

Cie El Ajouad

http://www.elajouad.com/fr/actualites/page-en-construction

 

Vidéos

Teaser

festival Avignon

Et pour les oreilles… et les yeux !

Sacha Carmen