Kindertotenlieder

Kindertotenlieder – décembre 2016

Retour sur KINDERTOTENLIEDER

de Gisèle Vienne

à hTh (Grammont)

du 13 au 15 décembre 2016

durée : 1h10

 

conception, Gisèle Vienne

textes et dramaturgie, Dennis Cooper

interprété et créé en collaboration avec Jonathan Capdevielle, Sylvain Decloitre, Guillaume

Marie, Anja Röttgerkamp et Jonathan Schatz

musique originale live KTL (Stephen O’Malley & Peter Rehberg) et “The Sinking Belle (Dead Sheep)” par Sunn O))) & Boris (monté par KTL

lumière, Patrick Riou

conception robots, Alexandre Vienne

création poupées Raphaël Rubbens, Dorothéa Vienne-Pollak, Gisèle Vienne, assistés de Manuel Majastre

création masques en bois, Max Kössler

maquillage, Rebecca Flores

coiffure des poupées, Yury Smirnov

textes traduits de l’américain par Laurence Viallet

 

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Kindertotenlieder : fantasmes en blanc et noir !

La pièce s’inspire d’une tradition populaire autrichienne jetant dans les rues, en hiver, les Perchten, ces créatures maléfiques, chasseurs de démons et voleurs des âmes des damnés.

« Cette tradition, encore vivante, répond toujours à certains fantasmes qui nous animent, liés à la cruauté, à l’innocence et à l’expiation… Mon travail, centré autour des rapports du corps au corps artificiel, est plus précisément axé au sein de ce projet, sur une recherche autour des représentations du corps dans l’iconographie autrichienne traditionnelle, qui permet d’interroger la représentation de l’effroyable et de la mort. » (G. Vienne)

Cette pièce se déploie comme un rituel d’une beauté et d’une langueur troublantes. La neige tombe inlassablement aux sons des guitares électriques de Peter Rehberg et Stephen O’Malley (KTL), questionnant les frontières entre représentation et réalité.

Les espaces, où s’expriment les fantasmes collectifs, laissent planer les questions de la place et de la nécessité du rituel et de l’art dans la société, que l’on peut qualifier, comme Georges Bataille, de « dépenses improductives ».

La représentation de l’effroyable, à la fois familier et étranger, « inquiétante étrangeté » pour Freud, devient très vite insupportable. L’effroi, moteur essentiel des expériences cathartiques propres aux cérémoniaux, aux rites et spectacles, de même nature que celle que nous offre cette œuvre avec l’intervention des Perchten.

« La scène est ici ce lieu où l’on peut évoquer et réanimer le défunt. Entre rêve et réalité, les interprètes se mêlent, dans leur apparence et leur gestuelle, à d’autres caractères incarnés par des corps artificiels ou retouchés, animés ou inanimés, qui permettent de susciter ce sentiment d’inquiétante étrangeté liée à la mort par l’évocation de la vie. »

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L’écriture de Dennis Cooper se développe dans un cadre, propice aux projections de fantasmes, relevant du romantisme noir dans lequel baignent les alpes autrichiennes, revêtues de leur blanc manteau hivernal. L’auteur oppose, dans un effet miroir, esthétisme raffiné, post romantique, et traditions populaires.

Kindertotenlieder, créée en 2007 et reprise au Centre Pompidou, « porte la trace implacable d’un revers de soi et d’un repli sur soi, qu’il soit adolescent ou généralisé. Et c’est dans la chute, brève, violente, que les différences entre l’animé et l’inanimé, entre l’être réel et le démon imaginaire, se déclenchent.

Du titre emprunté aux cinq chants de Mahler, Gisèle Vienne a occulté tout astre et tout glissement du jour dans la nuit. Il ne reste, dans son espace qu’elle a souhaité « effroyable », qu’un chemin irréalisable, car immobile et gelé, car tracé par des pieds traînant dans une neige étouffante et qui ne retient rien de leur passage. Il ne reste de même aucune mémoire, sauf celle d’un « temps d’horreur » éternel qui « a tout emporté ». À ce « sommet » glacial au centre de nulle part, elle a bâti un lieu de chute reposant sur un sentiment de perte. C’est une terre conditionnelle, où rien ne respire mais où tout déchire et se déchire, sans doute celle d’un cauchemar ou celle d’une réalité trop brutale pour qu’on lui prête un nom. »

Ce n’est pas le domaine des possibles qu’explore Gisèle Vienne, mais celui des projections soutenues par les notes rock et psychédéliques. L’« inquiétante étrangeté », évoquée plus haut, finalement ne transpire que très peu, au travers des expressions figées se confrontant sur le plateau. Elle apparaît, en filigrane, dans le discours glacé de ces voix jeunes et déjà mortes, celles d’êtres extatiques et éteints, qui « ne se souviennent de rien » et qui « se foutent de tout ».

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« Pièce pour corps et choses sombres qui sombrent, Kindertotenlieder marque le point d’arrêt d’un cercle vicieux, le moment précis et répercuté d’un crime, le point limite d’une automutilation, l’expression cruelle d’une impasse. Le lieu de Gisèle Vienne est tout entier condamné par son propre effacement, avalé par son sol et ses visages blafards, ses voix tonitruantes et ses sons béants, ses fantômes et ses suicidés, ses tombeaux ouverts sur hier comme sur l’avenir. Tous jouent ou rejouent l’envers d’une partition hallucinée, suivant le texte elliptique de Dennis Cooper, le regard rentré vers leurs propres spectres et sur des blessures qui, trop profondes, se sont lassées de crier leur douleur. »

 

Biographies

La conceptrice : Gisèle Vienne

Artiste franco-autrichienne, née en 1976. Elle vit et travaille à Grenoble et Paris. Après avoir fait des études de philosophie, de musique, et avoir suivi l’École Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette, elle développe son travail en tant que chorégraphe/metteur en scène, interprète et plasticienne. Pour l’élaboration de ses pièces, elle collabore régulièrement avec, entre autres collaborateurs, les écrivains Dennis Cooper et Catherine Robbe-Grillet, les musiciens Peter Rehberg et Stephen O’Malley, l’éclairagiste Patrick Riou et le comédien Jonathan Capdevielle.

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L’auteur : Dennis Cooper

Ecrivain, poète et critique d’art. Il vit à Paris et Los Angeles. Il a publié dix romans dont le plus récent « Zac’s Haunted House » en janvier 2015. Il vient de terminer un long métrage, (Like Cattle Towards Glow » , créé en collaboration avec l’artiste Zac Farley.

Il collabore avec Gisèle Vienne depuis 2004 et est l’auteur des textes des pièces « I Apologize » (2004), « Kindertotenlieder » (2007), de « Jerk » (2008), « This is how you will disappear » (2010), « LAST SPRING : A Prequel » (2011), « The Pyre » (2013), « The Ventriloquists Convention » (2015) et « Une enfant blonde ». « A Young Beautiful blonde girl » (2006), en collaboration avec Catherine Robbe-Grillet. En mars 2011 est sorti un livre + CD « JERK / ThroughTheirTears » réalisé par Gisèle Vienne, au sein duquel il a collaboré avec Peter Rehberg et Jonathan Capdevielle, publié aux éditions DISVOIR dans la série ZagZig en deux éditions, française et anglaise.

 

Liens

hTh

http://www.humaintrophumain.fr/web/events/kindertotenlieder/

Gisèle Vienne (site officiel)

http://www.g-v.fr/

Dennis Cooper

http://www.dennis-cooper.net/

 

Vidéo

Kindertotenlieder à New-York (2014)