la soupe pop

La Soupe Pop à l’Opéra comédie – décembre 2016

Retour sur « LA SOUPE POP ou de minuscules histoires vraies »

Théâtre musical participatif

Mardi 13, mercredi 14, jeudi 15, samedi 17 décembre à 20h

Dimanche 18 décembre à 17h

Opéra comédie – Montpellier

Pièce musicale pour 30 choristes, 12 comédiens-chanteurs, The Tiger Lillies et un public convié à partager sa solitude et un bol de soupe

Marie-Ève Signeyrole – conceptrice, auteure et metteure en scène

Simon Hatab – dramaturge Fabien Teigné – scénographe Marc Salmon – assistant Philippe Berthomé – lumières

Yashi, costumes

The Tiger Lillies, compositeurs / interprètes

12 comédiens-chanteurs

Chœur de l’Opéra national Montpellier Languedoc-Roussillon

 

 « Résister à l’oubli… entrer dans la réalité ! »

L’opéra comédie, ce temple du bon goût et de la réussite bourgeoise, transformé en un centre d’accueil, une « soupe populaire », durant une petite semaine, cela relève du fantasme… et pourtant !

Dès l’entrée, le ton est donné et l’accueil assuré par des bénévoles, en gilet bleu (le personnel de l’OONM). Il faut parcourir un long podium, coupant la salle en deux, pour avoir droit à prendre place à l’une des nombreuses tables envahissant la totalité de l’espace, de part et d’autre de l’estrade centrale. Pendant la lente avancée, en attente de notre assiette et de notre cuillère, les événements se précisent. Tout le monde n’est pas aussi docile, certains de nos voisins remontent la file en courant, interpellent les serveurs, s’invectivent et s’aventurent même sur les tables. Nous y sommes, la musique et des voix s’élèvent, des chansons reprises à l’unisson par les habitués… la soupe peut-être servie. Elle est bonne !

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L’opéra comédie réaménagé !

Insérés au milieu des « bénéficiaires » avalant leur bol de soupe (nous !), de vrais acteurs, sdf crédibles, commencent leur soirée et nous entraînent dans leurs « minuscules histoires vraies ». Sur les tables des pancartes, textes rédigés au feutre noir sur des cartons de récup, nous interpellent. Près de moi, « Pas d’argent = SEUL », m’envoie son message glacial en forme de sentence !

Le Belge, Lisa, le musicien noir, monsieur le Ministre, Robert l’ancien prof (bac + 5), la chanteuse, Mireille le travesti, Nadir et sa « broche » au bras, Maria, les bénévoles, « Voulez vous du poivre », se livrent, se disputent, se réconcilient, vont et viennent… mangent leur soupe et en redemandent. Burlesques, brechtiens à souhait, les Tiger Lllies et leur leader Martyn Jacques, ponctuent musicalement les grands tournants de cette ambiance déraisonnable. Le chœur de l’OONM apporte son concours, et quelques-unes de ses belles voix, à de belles partitions.

Autour de nous, regards croisés, regards immobiles, visages pas toujours détendus, une femme, proche, est en robe du soir ! La soirée se poursuit et je ne me sens pas dans mon assiette, pas très bien… au fur et à mesure je sens monter en moi une impression d’incongruité, d’obscénité presque. Le texte, les situations sont vrais, mais… joués. Les spectateurs… sont des spectateurs pas des acteurs. Distanciation entre leur vision du moment, leurs réactions, pas forcément celles que l’on attend. Pour la plupart ne s’agit-il pas, encore, d’un de ces Reality shows regardés sagement… à la télé. A des réflexions portant sur la religion, un de mes voisins, calme et attentif, se « cabre ». Il ne dit rien, mais encaisse mal !

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Marie-Eve Signeyrole

C’est pourtant ce que recherche Marie-Eve Signeyrole. « De même que la soupe est une réponse à la pauvreté et à la solitude, le théâtre est une réponse à la violence de la société actuelle, une résistance à l’oubli… Par le biais de l’émotion, des mots, de la musique, le théâtre nous offre également la possibilité de nous réinterroger sur ces situations quotidiennes mais que nous ne voyons plus… »

On touche là, peut-être, aux limites du spectacle collaboratif, voire participatif. Il reste au spectateur à effectuer la démarche le faisant changer de statut. Pour le moment, et je souhaite voir le contraire, il se contente d’être là où on le place. Il est venu… mais il regarde, il écoute, il est à la place traditionnelle qu’on lui assigne. Nous aimerions, mais quelle angoisse pour le metteur en scène, que spontanément, il intervienne et devienne réellement élément de l’action. Est-ce possible, est-ce souhaitable ?

Comediante, tragediante… tragediante, comediante, on passerait très facilement, si on le voulait, du rire aux larmes et des larmes… aux larmes. Avec leur humour décalé et leur immense talent les Tiger Lillies et leur chanson finale « send in the clowns » (envoyer les clowns !) s’inscrivent totalement dans cet univers curieux ou poésie et macabre se côtoient, slalomant avec virtuosité au milieu des pires travers de l’Homme.

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The Tiger Lillies

Sur le départ, rencontre avec Valérie Chevalier, après des félicitations bien méritées, nous évoquons le spectacle. Elle avoue que ce choix ne s’est pas imposé tout seul et qu’elle s’est heurtée à quelques oppositions. Je lui confie mon sentiment de malaise face à « cette fiction dépassé » se télescopant avec la réalité, là, derrière les portes de l’Opéra. Elle en est bien consciente : « Tous les soirs il y a la Chorba sur le parvis, à quelques pas. »

Ce soir c’est une autre misère qui nous attend aussi, devant les Trois Grâces c’est un reposoir improvisé, quelques bougies, quelques pancartes de carton, rappelant qu’à Alep on meurt !

 

Liens

OONM –Région

http://www.opera-orchestre-montpellier.fr/evenement/la-soupe-pop-1

 

Entretien avec Marie-Eve Signeyrole

http://www.opera-orchestre-montpellier.fr/page/la-soupe-pop-entretien-avec-la-metteure-en-scene-marie-eve-signeyrole

 

Vidéos

Soupe pop, le teaser