RETOUR SUR ALLEZ MOURIR PLUS LOIN

Texte de Pablo Fidalgo Lareo 

Décembre 2016 – Humain Trop Humain ‘hTh’ – Montpellier

 

Avec : Núria Lloansi, Juan Navarro, Antonia Buresi, et la participation spéciale de Efia, Sylvain Broucke et Jean Schabel

Création gifs : Bill Domonkos

Création lumières : Martine André

Bande sonore originale : Coolgate a.k.a João Galante

Collaboration artistique et technique multimédia: Daniel Romero

Costumes : Marie Delphin

Assistante à la mise en scène : Antonia Buresi (merci à Fernando J. Ribeiro, Amália Area)

Régie générale : Martine André, Frédéric Razoux

Régie son : Serge Monségu

Régie plateau : Claude Champel

allez mourir plus loin

 

Production : Humain trop humain – CDN de Montpellier

Soutien logistique et tournées : CasaBranca (CasaBranca est une structure financée par le Ministère de la Culture du Portugal – Direction Générale des Arts)

Remerciements : Cédric Cherdel (FR), L’A/Rachid Ouramdane (FR), Neusa Freitas (CV), Heloisa Monteiro (PT)

Spectacle en espagnol surtitré et en français

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« La création d’Ana Borralho et João Galante répond à l’invitation de Rodrigo García d’associer deux de ses acteurs emblématiques, Núria Lloansi et Juan Navarro, à la nouvelle production du couple d’artistes portugais de la compagnie CasaBranca. »

Un plateau dépouillé où six personnages se tiennent, hiératiques, vêtus de gris, casqués à la Périclès, d’un casque verni noir à cimier de crins noirs. Une fumée s’échappe de chacun des personnages… le spectacle peut commencer. Sons discordants accompagnant, sur écran vidéo, la brève histoire des six protagonistes, figés en un garde-à-vous impeccable sur le devant de la scène. Professionnels et non-professionnels mêlés, leur vie racontée, en espagnol pour deux d’entre eux, préambule à un lent déshabillage qui laissera face à nous, vêtements impeccablement alignés à leurs pieds, trois d’entre eux dans un totale nudité. Deux autres s’éloignent et une séance de massage, les occupera durant toute la représentation. Cela devrait surprendre, interpeller, choquer, et pourtant il n’en est rien. C’est l’histoire de l’immigration, de cette vision de l’Europe que certains ont eue, debout sur la frontière, de la rupture, de la douleur et de la mort possible. Le support vidéo accompagne les textes d’images fortes alors que les acteurs patiemment, savamment « apprêtés » par une spécialiste du bondage, abandonnent leurs corps, ficelés, écartelés, suspendus, tournant lentement au bout d’un filin.

En espagnol, pour deux d’entre eux, en français, pour la dernière, ils livrent un texte dont le poids, la portée, s’impose, surtout à la deuxième vision de l’œuvre. C’est le constat de Nuria, la première « attachée » : « entre les mains de quelqu’un la vie plus claire ! » Entre soin et traitement ou, au contraire, domination et assujettissement, qui prend soin de qui ? qui contrôle qui ? dans quelle hiérarchie des pouvoirs ? La poésie bien présente, aussi, avec le personnage de l’homme qui aboie, surgissant dans les propos d’Antonia, autre « migrante », née en Corse.

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Ces apatrides dont « seul le corps maltraité se fait visible », sont les porteurs du message de cette œuvre. Dépassée la nudité, sexuellement neutre, reste le rituel de l’attachement, la parole des attachés et, en arrière plan, l’impeccable déroulement de la séance de massage, source d’énergie. C’est le poids de l’Autre dans leur exil, leur déracinement. L’Autre manipule, assujetti, domine au détriment du migrant. La possibilité offerte de les voir différemment, d’abandonner la notion de frontière face à ces corps arrachés au sol pour de nouveaux échanges, de nouvelles identités. Comment, aujourd’hui, se situer que l’on soit l’arrivant ou l’Autre ? Question brûlante d’une actualité quotidienne.

Ici, point de réponse mais la volonté de rapprocher deux réalités, celle des professionnels, et celle des amateurs, du public, dans une démarche créatrice. Rappel, aussi, de l’héritage grec, de la recherche Platonicienne de notre complétude. L’ambitieuse volonté de nous retrouver, égaux à des dieux, corps parfait dans un monde de même !

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« Une tentative de faire un art nécessaire aujourd’hui. Sans penser s’il sera nécessaire dans quelques années. De là vient bien souvent l’importance de remettre entre les mains  du public la continuité de la dramaturgie de nos pièces. Ce qui nous intéresse, c’est le partage de la responsabilité. »

 

Liens :

HTH

http://www.humaintrophumain.fr/web/events/allez-mourir-plus-loin-2/