THE WALK the INFERNAL FIELDS

Retour sur THE WALK the INFERNAL FIELDS à hTh – Montpellier

RETOUR SUR « THE WALK the INFERNAL FIELDS »
hTh (humain TROP humain) – Montpellier
Les 5, 6 et 7 octobre.

MARKUS PLUS EFFICACE QUE DIEU !

En effet c’est par 3 jours contre 7, pour son Divin adversaire, que Markus Öhrn emporte le challenge CRÉATION DU MONDE. Merci à hTh qui, en regroupant les 7 journées de la création sur 3 soirées, a été artisan de cette victoire !

Mais cette boutade n’en est pas vraiment une, car c’est bien à une véritable « création » que nous avons assisté, à ces instants majeurs où « la loi prend corps au sein des individus, de la famille et des peuples. »

THE WALK the INFERNAL FIELDS

Au commencement étaient les Ténèbres – ce n’est un secret pour personne, Markus Öhrn entretien de bonnes relations avec le Dark ! La création d’un groupe black metal, le titre emprunté à un album de Darkthrone, autant d’indices s’il en fallait ! – dès le début, le défi est donc lancé. La salle est plongée dans le noir… le noir persiste, s’étire, peu à peu ponctué de rires étouffés, de toux saccadées. Dix minutes, vingt minutes, voire demi heure pour certains, à attendre. Premier constat, avant la création de la lumière on n’y voyait rien et… c’était long. En fond de plateau, les portes s’ouvrent, la nuit est trouée par le faisceau de deux phares, le « camion-matrice originelle » entre en piste. Lente et précise manœuvre, il vient se garer, parallèlement à l’avant scène. Des images de prohibition, de camion lourdement chargé d’alcools de contrebande livrant, de nuit, leur cargaison dans un entrepôt isolé, s’imposèrent un instant à mon imaginaire.

De longs instants plus tard, de la porte latérale lentement ouverte surgit un nuage de fumée lumineuse, gagnant peu à peu la salle. Rideau… la Lumière est née.
Entracte trente minutes !
Ici on écoute, réactions étonnées, réservées ou délibérément ironiques d’un public désarçonnés.

THE WALK the INFERNAL FIELDS

Une voix, très hôtesse de l’air, nous remet dans le bain pour un nouvel épisode : « La création des animaux ». L’intérieur du camion-matrice est au centre de l’action, nous la suivons sur grand écran. Des rapports étonnants, violents même, entre un être à tête de zèbre et un puissant gorille débouchent au grand air, sur le plateau parsemé d’animaux… Ils sont là et dans un grand élan vital (et un puissant compresseur) dans l’angle gauche du plateau, au jardin, une girafe géante, transfuge d’un ludoparc, se déploie jusqu’à côtoyer les cintres. C’est simple, c’est dit : les animaux ont été créés.

Le lendemain on revient pour les nommer !

Dans le fourgon un conseil de quatre personnes choisit les noms, répétés tour à tour et ponctués par le son d’une clochette : depuis l’abeille en passant par le bœuf musqué, le diable de Tasmanie, l’hippocampe, le moucheron jusqu’au panda qui déclenche l’hystérie. Sortie du véhicule, recherches frénétiques et désordonnées : où est panda ? (Mais pourquoi s’arrêter au panda, « pourquoi pas libellule ou papillon ? »). Apothéose, panda retrouvé !
La Création est en marche et c’est à l’Homme qu’elle va maintenant s’intéresser.

THE WALK the INFERNAL FIELDS

Un tas de terre, du terreau brun foncé, au centre du plateau et Gorille debout, immobile, côté cour. Armé d’une caméra HD, un personnage à tête de lapin Lewis Carrollien filme, en direct nous suivons sur grand écran. Du tas émergent des pieds, des mains, un sexe en érection. Musique, sons industriels, lancinants crescendos et decrescendos. L’homme surgit, maculé de terre brune, portant ses côtes comme un plastron. Il se roule dans la terre, la pénètre de son pénis. Il vit !

Troisième soirée : « Création de la femme ». Le même tas de terreau, l’homme s’y prélasse, joue avec les animaux, avec son sexe. Il s’ennuie. Puis il s’ôte les côtes à l’aide d’un premier, puis d’un second couteau, il se frappe et insiste, Gorille filme. Du sang partout, il en dégouline de sa bouche, ses cheveux ruissellent de liquide rouge. Enfin il se saisit des côtes et entre dans une petite tente, à gauche. Bruits, fureur, la tente se renverse, au milieu de jets d’ossements sanglants, il en sort une femme et l’Homme. Sanguinolents, après cet accouchement violent ils sont deux…et la Femme a un sexe d’homme. Elle est pareille à lui, issue de ses côtes, cela est donc normal. Les artistes médiévaux s’étaient-ils déjà posé la question quand, à Saint-Savin, ils représentent Adam et Eve barbus ?
Mais les meilleures choses ont une fin : « Dieu expulse l’Homme et la Femme de l’Eden ».

Ils étaient heureux, lorsque vient leur parler le serpent. Il fait jouer de la flûte par la Femme et danse, l’Homme danse aussi ! Puis il propose de manger du fruit de cet arbre de « la connaissance ». La Femme cueille la pomme, elle est bonne, l’Homme en mange aussi. Colère de Dieu-gorille, torrent verbal, déluge de sons et d’effets de lumière stroboscopique. Ils sont nus, ils le savent. Ils doivent partir « Barrez-vous du Paradis » !
A la reprise, la voix informe que « Le septième jour Dieu se repose » et nous invite à entrer sur le plateau.

Repos pour tout le monde. Au milieu des décors et accessoires, acteurs et spectateurs se retrouvent un verre à la main, devisant, visitant, essayant, accompagnés par un djembé déchaîné.
Fin des 7 (3) premières journées et invitation à un concert, point d’orgue final.

THE WALK the INFERNAL FIELDS

Un long récit pour une suite de performances dont la construction reste quelque peu déroutante. Il était nécessaire de suivre, jour après jour, l’aventure et sa mise en place. Le vide relatif des premiers épisodes, lecture de la page de garde et de la préface, introduisait au premier épisode de ces soixante-dix jours de voyage à travers (et au travers) de l’Ancien Testament. La démarche est certes réfléchie, placée « au cœur d’une époque qui montre autant d’intérêt que de crainte envers la terreur politique islamiste, et qui révèle la présence de l’idée de pureté au sein de politiques fascistes et populistes d’extrême droite… » mais, finalement, on s’amuse autant que les acteurs. Une performance n’est pas obligatoirement triste et les références au black metal sont, surtout, prétexte à parodie.

Rencontre avec un groupe d’italiens, venus de Santarcangelo et son festival de théâtre contemporain où probablement, après les épisodes 8 à 14, en décembre chez hTh, se poursuivra une partie du récit.

Et si on ne voit pas tous les 70 épisodes… on pourra toujours se les faire raconter. Pär Thörn et Markus Öhrn réinventent, à l’occasion, la transmission orale, une des sources de la Bible. La boucle serait-elle bouclée ?