PINA BAUSCH

Retour sur PINA BAUSCH aux Arènes de Nimes le mardi 7 juin 2016

RETOUR SUR PINA BAUSCH AUX ARÈNES DE NIMES
Mardi 7 juin 2016
avec le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch et l’Orchestre Les siècles
Production déléguée Théâtre de Nîmes

Je ne suis pas un spécialiste de la danse, je ne suis même pas un bon danseur de salon et pourtant… cette soirée dans les Arènes de Nîmes un vrai moment d’exception. Peut-être, en premier, parce que j’étais avec la femme que j’aime et que cette femme aime la danse… peut-être ! Mais peut-être, aussi, parce qu’il s’agissait de chorégraphies de Pina Bausch. Le génie se suffit à lui même, il est perceptible même pour des personnes extérieures à son domaine d’exercice… il est le Génie.

Café Müller & Le Sacre du Printemps – juin 2016 © Sandy Korzekwa

© Sandy Korzekwa

Les Arènes, une scène immense, sous un portique d’une hauteur démesurée supportant projecteurs et hauts parleurs, et dans l’obscurité une forme blanche qui se devine : c’est « Café Muller » ! Pina est toute entière dans cette œuvre, née de ses souvenirs d’enfance. La brasserie familiale est là, devant nous, avec ses tables et ses chaises, sa salle délimitée par des panneaux de plexiglas. Les deux danseuses, aveuglées, vêtues de tunique blanche, sont-elles là par hasard ? Sont-elles le reflet de cette période grise où l’Allemagne affronte ses démons. Démons très ordinaires, une patronne de brasserie, parcourant en tous sens et à petits pas son univers, un maître d’hôtel, pourchassant ou essayant d’approcher les deux blanches apparitions, inatteignables. Les chaises volent, les tables tombent, la rencontre reste toujours impossible.

511- Café Müller & Le Sacre du Printemps – juin 2016 © Sandy Korzekwa

© Sandy Korzekwa

Comme des papillons de nuit venant s’assommer aux vitres des fenêtres les danseuses immaculées se heurtent aux panneaux transparents et restent là, brutalement arrêtées, abandonnées au sol. Un deuxième homme intervient, il est en bras de chemise, un opposant, un rebelle et il aime l’une des deux femmes. Le maître d’hôtel et lui se livrent à un échange dont une de ces femme est le centre…. Sans issue. ! Le désir est palpable, mais demeure stérile. Ce n’est pas l’arrivée d’un troisième homme, costume gris, qui y changera quelque chose. Policier, espion, il suit et perd inlassablement le rebelle et son amoureuse. La patronne, elle aussi, entre dans le jeu et un instant oublie sa superbe de petite-bourgeoise pour s’essayer à être femme, sensuelle et désirable. Le tout divinement orchestré et soutenu, de temps à autre, par des accents de Purcell et la voix admirable d’une sublime soprano. C’est tout en finesse, un peu délétère, mais c’est si beau.

527- Café Müller & Le Sacre du Printemps – juin 2016 © Sandy Korzekwa

© Sandy Korzekwa

Entracte, trente minutes, c’est long mais la gentillesse d’une ouvreuse, tout droit arrivée du théâtre de Nîmes, nous fait trouver cette attente plus agréable.

Et c’est reparti pour le Mythe, car le Sacre, depuis sa création à Paris en 1913, est passée de « musique dégénérée » à « chef d’œuvre absolu ». Des scènes d’une qualité, d’une sensibilité quasi insoutenables. Sur le carré de terre, patiemment étalée, ce sont des anges romans, ceux de Saint-Savin, ceux des églises catalanes, qui, devant nous, fêtent le printemps à venir. Champs de blés ployant sous la rafale, gestes amples des moissonneuses, des glaneuses. On regarde, bouche bée. Puis les hommes interviennent et leur puissance porte la force vitale, le germe du renouveau. Mais pour que le printemps renaisse, le sacrifice devra s’accomplir. La jeune fille désignée, troquant sa robe blanche, pour le rouge de la vie et de la mort se lance, en solo, dans une brillante bacchanale s’achevant sur sa mort rédemptrice. Le printemps reviendra, on lui a payé tribut. La musique de Stravinsky offre par la grâce de l’Orchestre des Siècles et la direction de François-Xavier Roth l’écrin indispensable à l’immortel travail de Pina Bausch. Il y a eu, depuis Nijinsky, de nombreuses interprétations autour du Sacre, incontestablement celle de Pina flotte au-dessus de toutes. Portée par un souffle surhumain, cette lutte entre la vie et la mort, l’amour et la peur, est passée sur les Arènes, cette soirée de juin, pour nous marquer longuement au fer rouge de la passion.

536- Café Müller & Le Sacre du Printemps – juin 2016 © Sandy Korzekwa

© Sandy Korzekwa

Le public ne s’y est pas trompé et les rappels, les applaudissements, ont ressuscité un instant d’antiques souvenirs. Sous la terre accueillant le sacrifice se devinait toujours, pour ceux qui savaient lire, le sang des jeux du cirque.
J’abandonne le mot de la fin à ma compagne qui, se relevant, radieuse, me glisse « C’était vraiment l’événement de l’année ! »

538- Café Müller & Le Sacre du Printemps – juin 2016 © Sandy Korzekwa

© Sandy Korzekwa

 

Liens

Théâtre de Nîmes
http://theatredenimes.com/spectacle/cafe-muller/

Tanztheater Wuppertal Pina Bausch – site officiel (en allemand)
http://www.pina-bausch.de/

 

Vidéos

Café Muller-Purcell (Didon et Enée) – 2014


Le Sacre du Printemps – 2013