pharmakos_-_cie_moebius_vignette

Compte-rendu et impressions sur PHARMAKOS au Théâtre de la Vignette – Université Paul-Valery – Montpellier

RETOUR SUR PHARMAKOS
Théâtre de la Vignette
Université Paul-Valery – Montpellier
Mercredi 27 janvier à 20h30

écriture collective

mise en scène Jonathan Moussalli 

Compagnie Moebius

« Pharmakos », en grec ancien, « celui qu’on immole en expiation des fautes d’un autre »

Dans l’obscurité d’une scène que l’on devine, une jeune femme « presque une enfant » effectue des exercices d’étirement au sol. C’est sa danse qui va nous entraîner dans une aventure intérieure où le spectacle naît sous les yeux du spectateur. Au commencement était la jeune fille qui danse, bientôt rejointe par les adultes, la femme d’abord, l’homme ensuite. Et puis tombe la goutte sur une tâche d’un rouge intense. La goutte, véritable « histoire d’eau » va amener sur le plateau tous les protagonistes, la femme qui s’inquiète de la fuite, l’homme au seau et la « routarde », sac à dos, demandeuse de cette eau providentielle. Le démarrage est long, un peu décalé, les acteurs jouent, surjouent même, apparemment sans conviction. On languit, va-t-on tenir jusqu’au bout ? Pourtant il fallait ce temps de rodage, tous les ingrédients sont en place et le jeu peu à peu se distribue. L’homme au seau, deviendra Hérode, la femme et l’hommes adultes, Hérodiade et Philippe, le frère d’Hérode. La petite danseuse se transmute en Salomé et la routarde en Jeanne. Il n’y a que la femme, en quête de fuite, qui n’obtiendra son CV qu’en fin de parcours, Phasaélis, ex-épouse d’Hérode ! Quant à la goutte elle gonfle jusqu’à devenir la Source, source des richesses de la famille d’Hérode, industriels en eau minérale !

« Réflexion sur le thème du bouc émissaire, elle-même inspirée des propos des philosophes Bernard Stiegler et René Girard, c’est à une véritable dissection de la violence dans son environnement social à laquelle nous convie le collectif. Il la glisse sous le microscope théâtral pour partager ses observations avec le spectateur. Et celui-ci de collaborer à sa façon en prenant part à ces recherches par l’exercice de son sens critique. Du phénomène du bouc émissaire émergent des questionnements autour de la perception des représentations de la violence et de l’influence des relations individuelles sur la société ». Cette violence s’exacerbe, les acteurs habitent leur personnage. Hérodiade est plus vraie que nature, Hérode plus royal que jamais. On se déchire, on s’abîme dans un déferlement des passions humaines. Jeanne se charge, au fur et à mesure, du poids de leurs fautes. Enchaînée, torturée, elle y laissera la vie dans un final aux lueurs crépusculaires.

L’aller et retour entre une réalité quotidienne, de plus en plus distanciée, et l’intrusion des personnages phagocytant leurs prêtes noms est presque hallucinante. Hérode, s’appelle-t-il Hérode ? De chef d’entreprise il devient roi, il EST roi. Il sera même revêtu du manteau et couronné pour les dernières scènes. Bravo à Jonathan Moussalli pour la transformation instantanée d’un banal rideau de scène en attribut du pouvoir royal. Plus généralement d’ailleurs, chapeau pour une mise en scène inventive et de qualité.

« Tel un terrain d’expérimentation, la scène s’ouvre aux hypothèses tandis qu’y est posée la question des conditions de la violence collective par la mise en regard des manifestations modernes de celle-ci et des mécanismes primitifs les régulant. La compagnie Moebius fait entendre les grésillements de violence couvrant la voix du bouc émissaire. »

On ne pourra que louer les acteurs, porteurs de ces bruits et de ces fureurs. Ils ont tous une incontestable maîtrise de leur jeu, même si c’est à des niveaux différents. Hérode enlève l’adhésion !

Biographie

« La compagnie Moebius s’est fédérée en 2007 autour d’un profond désir d’interroger la tragédie sous ses formes diverses. A travers le mythe des Atrides (Les Atrides, 2008), l’univers de Tchekhov (Sans Père, 2010) ou des mots anonymes empruntés au monde d’aujourd’hui (Lambda, 2013), c’est toujours un théâtre qui s’obstine à raconter la violence d’exister. Nous croyons que ce rappel est salutaire, que loin d’un complaisant pessimisme, le tragique est au contraire un moyen de nous « approprier » ce que le monde a d’insoutenable, de le partager, et ce faisant, peut-être, de secouer nos indifférences, d’encourager le désir de nous comprendre nous-même. Nous n’avons aucune solution aux problèmes du monde, mais nous voudrions seulement, par le théâtre, en faire l’occasion de nous réunir.
L’autre obsession de la compagnie Moebius, c’est la création collective – ou comment définir une identité commune qui dépasse les sensibilités et les talents particuliers. Cette voie n’est celle ni de la facilité ni de l’efficacité ; là encore il y faut une certaine obstination. Nous avons toujours cru à une maturité artistique qui advienne au fil d’une recherche inscrite dans le long terme, osant, d’une création à l’autre, des approches esthétiques radicalement différentes.
Dans cette recherche, l’écriture est un enjeu majeur. Après nous être appuyés sur les mots de grands auteurs, nous avons pris ceux d’inconnus. Maintenant, il s’agit d’assumer les nôtres.
/ compagnie Moebius. »

Liens

Université Paul-Valery
http://theatre.univ-montp3.fr/spectacle/2015-2016/pharmakos

Site de la compagnie Moebius
http://www.ciemoebius.org/CIEMOEBIUS/CIE_MOEBIUS.html

Vidéos

Compagnie Moebius – Sans pères