L'HIRONDELLE INATTENDUE et L'ENFANT ET LES SORTILÈGES

L’HIRONDELLE INATTENDUE et L’ENFANT ET LES SORTILÈGES à l’Opéra-Comédie – Montpellier Décembre 2015

RETOUR SUR 

« L’HIRONDELLE INATTENDUE » et « L’ENFANT ET LES SORTILÈGES »

Opéra-Comédie à Montpellier

 

David Niemann direction musicale

Sandra Pocceschi mise en scène

Giacomo Strada scénographie et collaboration artistique

Cristina Nyffeler costumes

Geoffroy Duval lumières, vidéo

Après une traversée de « l’Œuf », invités par une mappemonde géante et illuminée trônant à l’autre extrémité, décor et ambiance de fêtes pour un Théâtre aux couleurs de Noël.

Ce n’est pas l’affluence, mais c’est un très honnête remplissage pour une soirée d’opéra, à la veille (ou presque) de Noël ! Y arriver n’a pas été sans mal pour tout le monde. Ralenti par les illuminations de Saint-Denis, le tram a connu des difficultés pour se frayer son chemin. Occasion donnée aux retardataires d’apprécier le professionnalisme et la gentillesse du personnel d’accueil. Chapeau et Merci !

 

« L’HIRONDELLE INATTENDUE »

de Simon Laks

Enfin nous y sommes et, derniers accords effectués, on attaque par… une projection. 1965, en plein dans les années « conquête de l’espace », Gagarine, les spoutniks, les « chimpanzés cosmonautes », puis une chanson, « L’hirondelle des faubourgs » ! Adroitement avec un sens aigu de l’effet de qualité, Sandra Pocceschi nous prépare à sa « grand’ messe ». Les cosmonautes, le journaliste et son pilote, sont sur l’écran et, subitement, l’écran disparaît et… ils sont là, devant nous, en chair et en scaphandre. Le passage du septième art à la scène, superbe trouvaille ! On continue avec un décor ou le « 2001 » de Kubrick a laissé son empreinte.

Une véritable œuvre pour le temps présent, surtout quand on découvre que l’argument provient d’un conte radiophonique de Claude Aveline, diffusé en 1975.

Mais la mise en scène n’éclipse pas l’œuvre, elle la soutient. Que de bonheur dans ce mélange savant de bribes d’une chanson populaire et d’une musique encore très ancrée dans les années d’avant-guerre. Laks, victime de la barbarie nazie, n’en est jamais vraiment revenu. On pourrait l’inscrire, lui aussi, au palmarès de ces « musiques interdites » que nous découvrions, il y a peu !

Pourtant, derrière ce qui pourrait paraître enfantin, de prime abord, distrayant au deuxième degré, se dessine la question des délicats rapports entre culture populaire et culture classique.

Laks, dans son œuvre, a tenté d’y répondre, réglant au passage son sort à la notion, si relative, de célébrité.

D’excellents moments, une « Hirondelle » émouvante et une conclusion inattendue. Dans leur Paradis, les « animaux célèbres », vont être contaminés par  cette chanson qu’ils ne comprennent pas et sa disparition, mystérieuse, leur évitera de se prononcer sur son intronisation fortement contestée.

Cinématographiques, visuels et consensuels, le décor, le jeu des personnages, sont parfaits. De ces animaux célèbres, « Rois Mages » nés du dessin animé, au corps fondus au noir, couronnés et vêtus de pourpre et d’hermine, aux cosmonautes d’ « On a marché sur la lune », l’imaginaire est à la fête. Et ce ne sont pas les structures « monolithiques », au centre de la scène, enfantées par « 2001 », qui prouveront le contraire. Quant au manège subtil des Grands animaux, se débarrassant, dans un ballet presque immobile, de leur manteau royal et de leur couronne, pour finir, noir sur noir, disparaissant dans les profondeurs du plateau, c’est réellement innovant.

« Distancié par rapport à la vie du compositeur, mais se rattachant de manière assez évidente à sa condition d’artiste exilé et finalement rejeté, l’opéra touche juste. »

Le livret

« L’Hirondelle inattendue est un opéra bouffe en un acte composé par Simon Laks en 1965. Il s’agit d’une œuvre néo-classique, tonale, qui intègre de façon très originale l’élément hétéro -gène de la chanson populaire. Une partie de sa substance musicale est tirée d’un « tube » des années 50, L’Hirondelle du faubourg.

L’ouvrage raconte l’arrivée accidentelle, en fusée, d’un journaliste et d’un pilote au paradis des animaux célèbres. Le journaliste y est témoin de l’accueil défavorable et du procès fait à une nouvelle recrue, L’Hirondelle  du  faubourg.  L’Hirondelle  se  révèle  être  en  dernière  instance  la  chanson éponyme  elle-même, ce  qui  plonge  les  animaux  dans  le  plus  grand  désarroi.  Elle  disparaît mystérieusement après avoir chanté en « duo avec elle-même », ce qui suspend la question de son intronisation. »

Les interprètes

Khatouna Gadelia la Colombe de l’arche de Noé

Alix Le Saux l’Hirondelle

Jodie Devos Procné

Élodie Méchain la Tortue d’Eschyle

Kevin Amiel le Journaliste

Régis Mengus le Pilote, le Serpent de l’Eden

Julien Véronèse l’Ours

Alexandra Dauphin l’Hirondelle 2

Laurent Sérou la Voix du ciel

Noëlle Gény chef de chœur

Chœur de l’Opéra national de Montpellier Languedoc-Roussillon

Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon

 

Biographie

Le Compositeur – Simon Laks (1901 – 1983)

Né le 1er novembre 1901 à Varsovie, Simon Laks entre en 1921 au conservatoire de  sa ville natale.

En 1924, la Philharmonie de Varsovie joue pour la première fois une de ses œuvres en public, il s’agit d’un poème symphonique, Farys, aujourd’hui perdu.  Il quitte la Pologne pour Vienne en 1926. Pour vivre, il accompagne au piano les films muets. Il rejoint ensuite la France où il devient l’un des premiers membres de l’Association des jeunes musiciens polonais à Paris. Plusieurs œuvres de Laks sont inscrites au programme des concerts parisiens : son Quintette pour instruments à vent (perdu), son Deuxième Quatuor à cordes (perdu) et sa Sonate pour violoncelle et piano. À Paris, Simon Laks se lie avec Tadeusz Makowski. Dans les années trente, il entame une collaboration artistique fructueuse avec  la  cantatrice  Tola  Korian,  il  écrit  pour  elle  des  chants  sur des  textes polonais  et  français. En 1941, Simon Laks, qui est juif, est arrêté par les autorités allemandes et interné dans le camp de Pithiviers, près d’Orléans. Il est déporté à Auschwitz en juillet 1942. Dans le camp, il est d’abord violoniste, puis chef de l’orchestre, il racontera après la guerre son expérience dans un livre Mélodies d’Auschwitz. Le 28 octobre 1944, il est transféré à Dachau. Le 29 avril 1945 le camp est libéré par l’armée américaine. Le 18 mai, il est de retour à Paris.

De retour en France, Laks ne parvient plus à reprendre sa carrière de compositeur. En 1965, soit peu de temps avant de mettre un terme définitif à ses activités, il compose L’Hirondelle inattendue.

A partir de 1972, il se consacre à l’écriture et à la traduction. Il se passionne pour les problèmes linguistiques, sociaux et politiques. Il est l’auteur de nombreux livres : Episodes, épigrammes, épîtres, Polonismes, polémiques, politiques, Mot et contre-mot, Jeux Auschwitziens, Souillure de sainteté, Journal des journées blanches, Le tarif réduit coûte plus cher, Ma guerre pour la paix. Parmi ses traductions en français, on relèvera plus particulièrement Gauguin et l’école de Pont-Aven de W. Jaworska (Neuchâtel, 1971), L’eau vide de K. Zywulska (Paris, 1972), L’œil de Dayan de Korab (Paris, 1974)…

Simon Laks meurt à Paris, le 11 décembre 1983, à l’âge de 82 ans.

 

Liens

Site de l’OONM

http://www.opera-orchestre-montpellier.fr/

 

Vidéos

L’Hirondelle des faubourgs, interprétée par G. Plana

Après le réel plaisir procuré par un entracte dans ce lieu magique qu’est l’Opéra-Comédie -, admirer, depuis le foyer, « la Comédie » au travers des grandes portes-fenêtres offre toujours la sensation grisante d’un voyage dans le temps. Ils savaient vivre ces Montpelliérains de la fin du XIXe siècle ! – retour à nos fauteuils pour un « deuxième service ».

L'HIRONDELLE INATTENDUE et L'ENFANT ET LES SORTILÈGES

« L’ENFANTS ET LES SORTILÈGES »

de Maurice Ravel

Inutile de redire tout le bien que nous pensons des mises en scène de Sandra Pocceschi, « L’Enfant », dès l’ouverture, nous gâte. Après l’enfant, sur grand écran, déjà en lutte avec l’autorité maternelle et qui refuse de faire « sa page » on va assister à sa confrontation avec son environnement familier. Du graffiti mural, sur mur blanc, au gris uniforme des « objets » du salon, tout est revisité. Les décors « bourgeois » imaginés par Colette sont loin, le message ainsi épuré passera-t-il mieux ? Le rectangle, mis en perspective, du salon nous livre ses messages : « FAUTE ŒIL, BERGE J’ERRE, OR LOGE, TAS : CE T’EST Y ERRE ». À l’heure du SMS et de la « nouvel ortograf », rien ne peut nous surprendre… un peu, tout de même. Mais avoir supprimé les costumes « kitsch » des tasses, théières, écureuil, etc. pour choisir des vêtements uniformément gris, avoir humanisé les choses et les animaux familiers pour n’en garder que le « discours », c’est un pas décisif vers une universalisation du thème.

« L’Enfant et les Sortilèges a beau être une « Fantaisie lyrique », si l’on ne prend pas l’ouvrage au sérieux, tout le monde s’ennuie, et le prendre au sérieux ne signifie pas nécessairement que la mise en  scène va  être  rébarbative ou conceptuelle.  On cherche  une immédiateté des émotions, des images, une résonnance plus que l’illustration d’un raisonnement. »

Si le travail de mise en scène apporte à l’œuvre cette dimension novatrice, il ne faut pas oublier son support musical. Ravel nous offre, ici, toute l’étendue de son génie orchestral qui accommode  merveilleusement « l’humour et le non-conformisme » de Colette. Tour à tour, il  « parodie menuet, ragtime, chansons de la Renaissance jusqu’au style lyrique de Puccini  pimenté d’orientalismes, toute une  palette colorée pour susciter le  monde onirique de l’enfance. »

L'HIRONDELLE INATTENDUE et L'ENFANT ET LES SORTILÈGES

Le livret

Puni par sa mère, un enfant se venge sur les objets du quotidien, avant de comprendre que le mal infligé  à  autrui  se  retourne  contre  soi.  L’Enfant  et  les  sortilèges  est  un  conte  cruel  sur  les déchirements, les peurs, les rêves de l’enfance.

Les interprètes

Kathouna Gadelia l’Enfant

Alix Le Saux  l’Écureuil, la Chauve-Souris

Jodie Devos la Princesse, le Feu, le Rossignol

Élodie Méchain la Mère la Tasse chinoise, la Libellule

Kevin Amiel la Théière, le Petit Vieillard, la Rainette

Julien Véronèse le Fauteuil, l’Arbre

Régis Mengus l’Horloge

Elina Bordry la Bergère

Véronique Parize une Pastourelle

Marie-Camille Goiffon une Chouette

Lisa Barthélémy la Chatte

Camille Poirier le Chat

Noëlle Gény chef de chœur

Vincent Recolin chef de chœur Opéra Junior

Chœur de l’Opéra national Montpellier Languedoc-Roussillon

Chœur Opéra Junior-Jeune Opéra

Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon

 

Biographie

Le compositeur  – Maurice Ravel (1875-1937)

« Homme à la personnalité indépendante et énigmatique, Maurice Ravel laisse une œuvre qui se situe à la charnière entre le 19e et le 20e siècle, temps des querelles entre modernistes et traditionalistes, entre l’avenir et le passé.

Maurice Ravel se tient à la fois à l’écart de la révolution portée par Schœnberg et de l’académisme de la Schola Cantorum. Son audace ainsi que son admiration pour Satie, lui vaut une forte réprobation de ces milieux qui lui coûte notamment des échecs successifs au Concours de Rome.

Souvent  comparé  à  Debussy, avec  lequel  il  partage  cette  utilisation  de  l’harmonie  comme  une couleur, avec  des  dissonances  non  résolues,  il  s’en  distingue  par  une  écriture  pianistique  très novatrice et une maîtrise de l’orchestration hors du commun.

Fauré, qui fut son professeur de composition, et un ami cher, qualifia son travail d’une « sincérité désarmante ».  Son  œuvre  peut  être  qualifiée  d’éclectique, au  vu  des  sources  variées  de  ses inspirations : Couperin, Rameau… Admirateur de Mozart, Saint Saëns, Ravel est aussi fasciné par la musique noire américaine comme le jazz et le blues, et imprégné de musique hispanique (sa mère est d’origine espagnole).

Dans  un  catalogue  de 111  œuvres, Maurice  Ravel nous  a laissé une  grande majorité  de  chefs- d’œuvre mondialement reconnus qui font de lui l’un des plus grands compositeurs français du 20e siècle.

Son œuvre en 6 dates :

1901 : Jeux d’eau

1907 : Rapsodie espagnole

1909-1912 : Daphnis et Chloé

1928 : Le Boléro

1929-1931 : Concerto pour la main gauche en sol majeur

1932 : Don Quichotte à Dulcinée, composée sur un poème de Paul Morand

 

Liens

Site de l’OONM

http://www.opera-orchestre-montpellier.fr/

 

Vidéos

Février 2015 par Opéra Junior (OONM)

Teaser (OONM)