Rémo GARY

Rémi Garraud est né dans une famille où musique et chanson sont pratiquées par tous : il découvre ainsi dès son plus jeune âge Brel, Brassens et Ferré entre autres. Il interrompt ses études à 18 ans et devient éducateur de rue… métier qu’il exerce durant 15 ans, tout en approfondissant sa découverte d’autres poètes… et des autres. Il enregistre ainsi en 1983 son premier vinyle.

Quatre ans plus tard, Rémi change de nom : il adopte Rémo Gary et décide de se consacrer entièrement à la chanson.

Il monte sur scène et est remarqué en 1990 au Printemps de Bourges. Peu après, il enregistre son premier CD intitulé « Desideratum ».

En 1996, il sort un nouvel opus intitulé « L’appel du petit large ». Dès lors, il sort un album quasiment tous les deux ans, où il allie à chaque fois, ses propres textes et des hommages à ses pairs (Jacques Prévert, Gaston Couté, Ferré, Bernard Dimey ou Richepin).

Captation vidéo réalisée lors de son passage aux Anartistes – Montblanc (34) le 13 juin 2015

remo gary

Les pieds de singe (Rémo Gary / Romain Didier)

Ça ressemble à des pieds de singe
Dans le cerveau, dans les méninges
C’est ce qui prend le plus d’espace, de place
Bien cachées dans les poches au chaud
C’est tout ce qui manque aux manchots
C’est tout ce qui manque aux pingouins, les mains

Sur le bout des doigts y’a la vie
Qu’on connaît par cœur comme on dit
Et le cœur, on l’a sur la main, à moins
Qu’on fasse partie de ces gones
Qui ont mal à la main qui donne
L’amour, ils l’appellent reviens, radins

Dors encore mon petit quinquin
Au jeu de paume des gamins
L’auriculaire finira, le plat
Si le premier va à la chasse
L’annulaire parfois s’enchâsse
D’un signe extérieur de tendresse, d’ivresse

C’est l’index au bout de la main
Qui sert à montrer le chemin
Et qu’on lèche à chaque tournage, de page
Allez lire Victor Hugo
Dans la Pléiade tout de go
Sans vous humidifier cent fois, ce doigt

Le majeur est étonnamment
Peut-être le moins étonnant
Dépasser les autres ça lui, suffit
Et souvent quand il entre en scène
C’est pour vous faire un signe obscène
En se prenant pour l’obélisque, sans risque

Le pouce tient lieu de tétine
Pour des jouissances enfantines
Permet de traverser l’Europe, en stop
En opposition mais bon prince
Il nous sert à serrer les pinces
C’est au bout de nos abattis, l’outil

A l’école on lève nos doigts
Si l’on a suivi on dit “Moi
Je sais compter jusqu’à deux cents”, mais quand
On n’a rien compris aux problèmes
On se fait taper sur les mêmes
Par la règle réglementaire, en fer

J’ai nommé les doigts un par un
Mais quand ils s’unissent comme un
Comme un seul homme collés dans, un gant
Quand ils fusionnent dans une moufle
Tout l’orgueil humain s’y camoufle
La main retrouve du primate, la patte

D’ailleurs on mange à la fourchette
Alors que la main est parfaite
On appelle ça le trident, d’Adam
Et pour boire pas que de la flotte
On f’rait comment sans les menottes
Pour lever son verre, pour trinquer, santé

Pour les sans voix, comme c’est beau
Quand le corps remplace les mots
On dirait de grands sémaphores, c’est fort
Le parler des muets se lit
Sur les mains mieux qu’en Italie
C’est du Braille, mais c’est à l’oral, génial

Du plus sensible au plus banal
On se serre la main c’est normal
Bonjour, et l’on gagne d’un coup, cinq sous
On gagne à pouvoir se parler
Je ne suis pas venu armé
Voilà ce que ce geste dit, aussi

Même quand je me tiens la panse
Peut-être bien que mes doigts pensent
Ou mieux qu’ils n’oublient rien du tout, de nous
Les entailles aux bouts des phalanges
Par les serpettes des vendanges
Les ongles rongés par les dents, au sang

À la première estafilade
Je leur passe de la pommade
Et quand ils sont trop sales un bon savon
Et là où je me suis coupé
Mes doigts se transforment en poupée
D’un petit bout de sparadrap, de drap

De la poupée à la marotte
Il n’y a qu’une petite trotte
Qu’un petit pas de marionnette, pas bête
À manche, à tige, à gaine, à vue
Les mains donnent dans l’imprévu
Théâtre d’ombres, personnages, mirages

On prédit dans le creux des pognes
Ce qu’il adviendra pour nos trognes
Lignes de vie, lignes d’errance, de chance
Pour l’avenir ou l’eczéma
Consultez donc Madame Irma
Ses mains pour lever les nécroses, s’imposent

Quand le succès fait des épates
Content on se frotte les pattes
On applaudit, bravo l’artisse, on bisse
S’il ne vient plus, s’il ne vient pas
Touchons du bois, croisons les doigts
Allez, je reprendrai la main, demain

Ah, ce que les mains peuvent dire
Pour le meilleur et pour le pire
Quand elles jouent leur chanson leste, de geste
Pouce en bas la mort, l’horreur
Le bras tendu pour le Führer
Ou pour dire toute la vérité, juré

La main qui tue, la main qui joue
La claque, la fesse, la joue
La main de tous les paradoxes, la boxe
La main qu’on coince dans le sac
La main au collet, au colback
C’est pour reprendre au cleptomane, sa manne

La main de Dieu, la main de fer
La main lourde, la main légère
Et celle où pousse c’est fatal, un poil
Et la main chaude et la main verte
Celle du mort restée ouverte
Que l’on replie tout doucement, pleurant

Pour le bonheur des yeux, pour lire
Les mains pianotent nos désirs
Sur le clavier des Remington, des tonnes
Des tonnes de mots et de rimes
Et combien de plumes, de crimes
D’oies sacrifiées pour le plaisir, d’écrire

Les doigts en signe de victoire
Les doigts en signe de pétoire
Je tire un coup de revolver, de chair
Avant les élections, c’est louche
Si l’on vous serre dix fois la louche
Ça s’appelle avoir la main, putain

J’allais oublier ceux qui jonglent
Et le onzième doigt sans ongle
Qui n’empêche pas d’attraper, l’onglée
Mais aussi celle qui démange
Celle, quand on a faim, qu’on mange
Garde bien l’autre pour demain, gamin

Et il ne serait pas très juste
De négliger le geste auguste
Du semeur semant son carré, de blé
Pour que le grain devienne pousse
Il faudra se salir les pouces
En attendant pour les mains blanches, dimanche

Ma chanson sera déficiente
Si je manque la main courante
Si le kinésithérapeute, je queute
Si je loupe la pipistrelle
Dont les mains se finissent en ailes
Et si le crochet du pirate, je rate

Encore un peu et j’allais taire
Les petits plaisirs solitaires
La veuve poignet, c’est son nom, cré nom
J’allais passer, quelle ignorance
La main de ma sœur, sous silence
Dans la culotte, sans entrave, du Zouave

J’ai parlé d’outil bien avant
Quel don faut-il à l’artisan
Pour apprivoiser le volume, l’enclume
Pour user sa peau sur la pierre
Sur le rabot, dans la poussière
Et pour s’y mutiler les doigts, parfois

Dépourvu d’un des cinq ergot
Quelle envie faut-il à Django
Pour gratter comme un acrobate, sa gratte
Quelle force faut-il à Jarra
Alors qu’on lui casse les doigts
Pour dénoncer la bête immonde, du monde

Tous les métiers, tous les boulots
S’ils ont besoin du ciboulot
Exigent pour faire leur besogne, des pognes
Ni les chirurgiens, les maçons
Non plus les faiseurs de chansons
Ne se passeraient des grappins, des mains

Je chante tout ce que je touche
La terre, le velours et ta bouche
Ce que je devine sans voir, le soir
Ce que je tâte et que je presse
Les massages et les caresses
Quand nos mains se font concubines, frangines

Si tous les deux on se débauche
C’est qu’on s’aimait de la main gauche
Qu’on s’est mis le doigt jusqu’au seuil, dans l’œil
Mais si on se réconcilie
On est au fond du même lit
Comme les deux doigts d’une main, copains

Quand je compte mes camarluches
Cinq doigts suffisent à la paluche
C’est du calcul sentimental, mental
Mais s’il s’agit des camarades
Pour pas laisser le monde en rade
Faudrait pouvoir en compter des, milliers

Quand on la serre en haut du bras
Quand le poing occulte les doigts
Et qu’il met des points sur les I, pardi
C’est le sceptre des prolétaires
La crosse des athées de la terre
Qui veulent inventer de leurs mains, demain

La terre à bien mauvaise mine
C’est bien peu d’avoir deux mimines
Pour la réparer à la main, à moins
D’être multimane ça aide
Pourquoi pas aussi polypède
Ou quantidextre ou ambipatte, mille-pattes

Ça ressemble à des pieds de singe
Dans le cerveau, dans les méninges
C’est ce qui prend le plus d’espace, de place
Bien cachées dans les poches au chaud
C’est tout ce qui manque aux manchots
C’est tout ce qui manque aux pingouins, les mains

 

Quand je s’rai deux, j’irai (Rémo Gary / Joël Clément)

Je tiendrai mes résolutions
J‘irai faire ma révolution
Le tour au p’tit bonheur la veine
Des salons de thym, de verveine
Dans le Maquis, dans le Marais
Promis quand je s’rai deux, j’irai

Dans mes yeux y’a peu de courage
Je ne croise que des orages
Pour prendre mes jambes à mon cou
Quelqu’une me manque beaucoup
Et ça c’est la vérité vraie
Promis quand je s’rai deux, j’irai

Aller me balader les grolles
Aux mûres, aux châtaignes, aux girolles
Même s’il fait froid, s’il a plu
Aller voir si je n’y suis plus
A l’affiche des cabarets
Promis quand je s’rai deux, j’irai

J’irai voir coucher des soleils
J’y endormirai mon sommeil
J’rai, quand je serai moins veuf
Voir si sur la Seine au pont neuf
Passe parfois le mascaret
Promis quand je s’rai deux, j’irai

D’accord pour vos panoramas
D’accord pour le Fujiyama
Et les cent miracles du monde
Dans vos rumeurs vagabondes
Dans vos arcanes et vos secrets
Promis quand je s’rai deux, j’irai

Quand je serai comme marié
Quand je me serai rapparié
J’irai s’ennuyer mes dimanches
Sur les plages nues de la Manche
Bien sûr que j’y débarquerai
Promis quand je s’rai deux, j’irai

Je ferai toutes vos campagnes
Grimperai des mâts de cocagne
Pendrai la lune entre les dents
Dans tous les terrains vagues, dans
Des terrains un peu plus concrets
Promis quand je s’rai deux, j’irai

Que je retrouve un bon parti
Alors pour un nouveau parti
Promis, je rejoindrai la lutte
D’accord pour reprendre la Butte
Rouge comm’un verre de vin frais
Promis quand je s’rai deux, j’irai

Je veux pas vieillir sur ma faim
J’irai lorsque j’aurai enfin
Trouvé ma marchande de fables
Dégotté mon inséparable
Dans le petit jardin exprès
Promis quand je s’rai deux, j’irai

Site Web : www.remogary.com