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Abdel Hafed Benotman est mort dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 février 2015

Dans la tenue de ce blog dont je ne tire ni gloire, ni avantages et encore moins de pognon puisque qu’il m’en coûte, restent quand même quelques instants, quelques rencontres. Bien sur, il y a quelques gros coups de cœur immédiats pareils à des coups de foudre touchant mon petit cœur ou corps fragile. Mais dans la majorité des cas, sur le moment, tu ne t’en aperçois guère, coincé entre entretien avec, prise de son ou vidéo.

La rencontre avec Hafed s’inscrit dans cette ligne. Avant de réaliser cet entretien avec lui durant les Rencontres cinématographiques de Pézenas, je connaissais un peu le bonhomme pour avoir lu l’un de ses bouquins. Livre qui d’ailleurs m’avait laissé une impression mitigée. L’entretien s’est déroulé un peu dans la même ambiance. Car même si j’avais pour prétention de bien connaître sa bio, l’homme lui, je ne le connaissais pas.

Et pourtant, dés que je l’ai rencontré, je suis tombé sous le charme de son large sourire. Mais sans plus. Tu apprécies, ce n’est pas pour autant que tu tombes amoureux. L’entretien s’est bien déroulé, très bien même puisque de 5 minutes prévues, nous avons du rester presque une heure ensemble avec pour interlocuteur un type sans fard, qui te répondait sans détour ou anecdotes inutiles de sa vie, de ce qui fut son quotidien alternant gentillesse et dureté. Ce dernier terme n’étant nullement synonyme de méchanceté. Non, un type au final ou plutôt un personnage aux multiples facettes et une complexité que tu ne soupçonnais pas à priori. Une heure durant laquelle nous n’avons parlé ou presque que de milieu carcéral, de zonzon. Entretien auquel il s’est plié avec beaucoup de simplicité.

Alors pourquoi le départ, l’absence de cet homme me touche ? Parce qu’en dehors de cet entretien courtois, nous nous sommes retrouvés un peu par hasard dans un bistrot de Pézenas assez glacial en cette période. Et là, en cet endroit magique que l’univers entier devrait envier aux petits français que nous sommes, là nous avons vraiment parlé, discuté, échangé.

Oublié la prison, nous avons parlé de ce qui lui tenait vraiment à cœur : les mots, l’écriture. Nous retrouvant sur Céline, nous contredisant sur Blondin ou à propos des romans noirs made in US. Des mots stylisés dans sa bouche et crus dans la mienne en parlant femmes, maladies, age (lui de 1960, moi de 1959) accidents de l’existence et de quelques autres excès. Nous nous sommes quittés sur une bise et sur un « on se revoit bientôt » non feint – exact contraire d’un « on se téléphone coco et l’on se fait une bouffe ».

Les hasards d’une vie ont fait que cet instant ne s’est jamais représenté. N’empêche qu’à chaque fois que je revoyais l’un de ses livres dans les multiples rayons de ma bibliothèque, j’avais et j’ai comme un sourire ravi aux lèvres. Souvenir d’une soirée trop fugace où tu te livres et parle vrai avec quelqu’un que tu ne connaissais pas la veille.

Que dire d’autre ? Hormis reprendre l’expression d’Hubert Artus, Abdel Hafed Benotman tu resteras « écrivain gardé à vie ». Avec d’énormes pensées pour ta famille, tes proches, tes amis (dont De Murcia qui avait facilité cette rencontre). Et surtout, au delà de l’homme et de sa vie, lisez ses romans, nouvelles. Cet Homme était vrai dans sa vie, vrai dans son écriture.

Vous pouvez revoir l’entretien (en 4 parties) réalisé lors des Rencontres Cinématographiques de Pézenas dans cet article : http://www.idherault.tv/15187/pezenas-rencontre-avec-abdel-hafed-benotman/

et la première en guise d’adieu