Retour vers la « Parenthèse des Mots » à l’ilot Molière avec une rencontre littéraire construite sur le dernier ouvrage de Sylvie Oussenko et Gabriel Bacquier consacré à Verdi.

Dans l’imaginaire collectif, lorsque l’on pense Opéra, on a immédiatement en tête un nom : Verdi ! Tant ce compositeur a laissé son empreinte sur ce genre musical à tout jamais au travers de ses œuvres qu’au moins chacun aura croisé durant sa vie. Qui ne connait ou n’a entendu au moins une fois, même s’il ne s’agit que d’un air, La Traviata, Aida, La force du destin, Rigoletto, Le Trouvère, Othello ou encore Nabucco. C’est donc à ce mythe vivant de la musique qu’est consacré l’un des derniers ouvrages de cette belle collection des éditions Eyrolles consacrée à l’Opéra, créée pour la musicologue experte qu’est Sylvie Oussenko.

9782212548006Cela ne vaut vraiment pas le coup de s’en passer : plus de deux cents pages de textes, précis, intelligents et détaillés, sur Giuseppe Verdi, suivis d’un CD de presque une heure et quart de musique du même compositeur, tout cela pour dix euros, il va falloir chercher dur pour trouver moins cher. La mise en page est remarquable. Intelligemment conçue, elle ne laisse jamais le lecteur dans l’ignorance. Tout est fait pour situer les protagonistes dans l’espace et le temps, avec de nombreuses précisions bien mises en valeur.

La biographie et l’analyse des opéras, ce sont les plumes savantes, mais également alertes, pétillantes, parfois impertinentes, de Sylvie Oussenko, musicologue, mezzo-soprano et philosophe, et de Gabriel Bacquier, l’immense Maestro, qui les ont rédigées. On retrouve ces deux auteurs sur le CD : Sylvie Oussenko y interprète quatre mélodies de Verdi, « La Séduction », « Ritournelle », « Non t’accostare all’ urna », et « More Elisa, lo stanco poeta ». Quant à Gabriel Bacquier, c’est un extrait de La Traviata où il jouait Germont (1962) et un autre de Don Carlo où il jouait le marquis de Posa (1961). Les autres extraits historiques du CD nous permettent d’entendre Leonard Warren (Rigoletto, 1945), Carlo Bergonzi (Il Trovatore, 1962), Maria Callas (Macbeth, 1952), Franco Corelli (Aida, 1962), Renata Tebaldi (Otello, 1961) et Giuseppe Taddei (Falstaff, 1950).

La biographie de Verdi est, évidemment, politique, tant cet immense compositeur a eu d’influence sur l’unification de l’Italie, au même titre que Cavour ou Garibaldi. Mais sa vie intime et professionnelle n’est pas pour cela négligée et l’on découvre aussi bien le propriétaire terrien, le grand voyageur, le metteur en scène que l’homme qui aimait les femmes et les livres.

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C’est donc devant un public ravi que s’est instauré cette rencontre, plus bâtie sous forme d’entretien que de monologue passif, laissant au public et, en particulier aux passionnés présents en nombre ce jour-là, une large part et une participation active. Sylvie Oussenko fait partie de ces rares personnes qui savent transmettre, sans ennuyer. A ses côtés, le maestro Gabriel Bacquier nous donna son éclairage particulier sur les rôles, sur la façon de les chanter et de les interpréter, tant ces deux notions se confondent totalement dans les opéras du maître italien.

Une belle, très belle fin d’après-midi dans ce fabuleux cadre de l’Îlot Molière, placée sous le signe de la Musique et ponctué par les anecdotes et l’humour de ces grands auteurs qui se termina par une longue séance de dédicaces. Nous n’oublierons pas de féliciter le secteur Patrimoine de la Ville d’Agde, animé par l’énergique Sophie Banny, de permette des rencontres et échanges d’une telle qualité avec des auteurs si renommés. Alors, que dire pour finir ? Remercier Sylvie Oussenko et Gabriel Bacquier pour leur présence et leur gentillesse lors de ce qui fût vraiment pour beaucoup une rencontre, une découverte et crier comme dans le film Senso de Visconti : « Viva Verdi !« 

Avec tous nos remerciements à Dan’ Renault pour ses photos.