Rencontre durant les HÉRAULT DU CINÉMA ET DE LA TÉLÉ avec Jean-Pierre Mocky.

Un entretien réalisé simplement avec quelqu’un qui n’a pourtant pas la réputation d’être facile. Rencontre au bar, on boit un coup, on discute, d’accord pour une petite interview ? ok, ça marche et l’on se retrouve dans notre petite salle avec Mocky !

mockyPour ceux qui ne le connaîtraient pas, vous trouverez ci-dessous le copier-coller de sa page Wikipedia. De mon côté que dire sur le personnage et le réalisateur ? Sur le personnage, tout le monde m’avait prédit le pire pour cet entretien et comme souvent, c’est l’inverse qui s’est passé. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il fut charmant, mais sympathique surement. Disponible nous racontant beaucoup d’anecdotes sur tel ou telle, discutant cinéma actuel ou d’antan, parlant tournage avec un enthousiasme digne d’une gamine pré-pubère apercevant Justin Bieber à la télé.

Quand au réalisateur… Je crois que je serai totalement incapable de défoncer ou simplement critiquer la carrière de Jean-Pierre Mocky. Plusieurs raisons à cela. La plus freudienne : l’un des premiers films que m’avait emmené voir mon père dans le cinéma en bas de la rue ou j’habitais, c’était “L’ibis rouge”. Film au scénario assez léger mais dérangeant, comme souvent dans sa filmographie, avec un casting, comme il savait et sait encore le faire, capable de faire avoir un début d’érection à un prostatique septuagénaire: Michel Simon, Serrault, Galabru… et plein d’autres. Toutes ces gueules bizarres, tous ces handicapés de la beauté plastique que l’on retrouve dans tous ses films.

Dés le début, Jean-Pierre Mocky s’est affiché comme un marginal, un solitaire enchaînant films après films avec des scénarios assez singuliers. D’où ses rapports avec la critique marqués de hauts et de bien bas . Au début des années 60, il ne s’est guère trouvé que quelques courageux comme l’immense Jean-Louis Bory ou François Truffaut (quand il écrivait encore sous le pseudo d’Antoine Doinel dans les Cahiers du Cinéma) pour le défendre. Après 68 et le support d’Henri Langlois, on commence à encenser sa vision critique des travers d’une société qui change. La subversion étant à la mode, il en devient presque un cinéaste culte pour une certaine presse de gauche pas encore trop intello-chiante. Et pourtant son cinéma reste le même alternant films personnels et commerciaux, bons ou moins bons. Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma tourné par Godard avec Jean-Pierre Mocky et Jean-Pierre Léaud lui vaut une notoriété critique sans bornes. Mais dés les années 90, c’est le retour à la case départ. Une nouvelle génération de critiques et de médias qui ne connaissent pas son cinéma “d’avant” émergent et se font un grand plaisir de lui démolir image et aura. Et à partir du nouveau siècle, c’est l’hallali. Inventif, il devient cheap. Provocateur, empêcheur de magouiller en rond, on lui reproche d’être un anarchiste, certes, mais de droite. Touche à tout de génie, personne n’accepte plus qu’il soit acteur, réalisateur, producteur, distributeur et même exploitant.

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Dire que j’aime tous les films de Mocky serait sans nul doute exagéré mais, en revanche,  je les regarde tous. Il alterne le très grand grand avec le moins brillant, le défaillant. Ses productions actuelles, largement vilipendées par presque tous, ne méritent pas un tel acharnement. Son cinéma n’a pas totalement changé. Tout n’est pas parfait mais, à chaque fois, il se trouve un moment où l’on sourit en se disant “Ça, c’est du Mocky !”. Je reste persuadé qu’il y aura un retour de manivelle et qu’il retrouvera son statut à côté de Godard ou de Chabrol  avec son talent tellement singulier de cinéaste hors-normes.

D’ici là, comme les petits cinémas de quartier ont disparu, que les multiplexes ne diffusent presque jamais ses films et que tout le monde n’a pas la chance d’avoir eu un père comme le mien, procurez vous ses DVDs. Ou, si vous passez ou habitez Paris, allez au Brady pour voir ses nouveaux et anciens films. Un sélection rapide de quelques indispensables : Un Drôle de paroissien, La Grande lessive, Solo, Les Dragueurs et l’Ibis rouge.

Place à Wikipédia :

Jean-Pierre Mocky, de son vrai nom Jean-Paul Adam Mokiejewski, né le 6 juillet 1933 à Nice, est un acteur, scénariste et réalisateur français.

Il débute en tant qu’acteur au cinéma et au théâtre. Il joue notamment dans Les Casse-pieds (1948) de Jean Dréville, Orphée (1950) de Jean Cocteau ou Le Gorille vous salue bien (1957) de Bernard Borderie. Mais c’est surtout en Italie qu’il devient célèbre, notamment grâce à son rôle dans Les Vaincus de Michelangelo Antonioni.

Après avoir travaillé comme stagiaire auprès de Luchino Visconti pour Senso (1954) et de Federico Fellini pour La strada (1954), il écrit un premier film, La Tête contre les murs (1959) et projette de le réaliser lui-même, mais le producteur préfère confier cette tâche à Georges Franju. Il passe à la réalisation l’année suivante avec Les Dragueurs (1959). Depuis lors, il n’a jamais cessé de tourner. Dès les années 1960, il a su toucher un vaste public avec des comédies déjantées comme Un drôle de paroissien (1963) ou La Grande Lessive (1968). Après mai 68, il se tourne vers le film noir avec Solo (1969) dans lequel il montre un groupe de jeunes terroristes d’extrême gauche puis L’Albatros (1971) qui montre la corruption des hommes politiques.

Dans les années 1980, il renoue avec le succès avec un film dénonçant, un an avant le drame du Heysel, les dérives de certains supporters de football (À mort l’arbitre, 1984) puis une comédie dénonçant les hypocrisies autour du pèlerinage de Lourdes (Le Miraculé, 1987). Dans les années 1990 et 2000, ses films rencontrent moins de succès mais Jean-Pierre Mocky continue de tourner avec autant d’enthousiasme. Il a ainsi réalisé plus de 60 longs métrages.

Son cinéma, souvent satirique et pamphlétaire, s’inspire généralement de faits de société. Il travaille avec peu de moyens et tourne très rapidement. Il a notamment tourné avec Bourvil (Un drôle de paroissien, La Cité de l’indicible peur, La Grande Lessive et L’Étalon), Fernandel (La Bourse et la Vie), Michel Simon (L’Ibis rouge), Michel Serrault (douze films dont Le Miraculé), Francis Blanche (cinq films dont La Cité de l’indicible peur), Jacqueline Maillan (cinq films) et Jean Poiret (huit films). Il a reçu en 2010 le prix Henri-Langlois pour l’ensemble de sa carrière.