Je l’avoue, facilement et sans honte aucune, j’éprouve toujours un grand plaisir à retourner à la Médiathèque de Florensac pour y découvrir une nouvelle exposition. Il est vrai que jusqu’à présent sa directrice, Chantal Flament, nous a particulièrement gâté. Entre Michelle Philippe Arrelano, Smnenia, Philippe Deltour ou Joel Bast, chaque vernissage fut pour moi une bonne surprise et ce malgré, ou peut-être, à cause des différences entre tous ces artistes mais tous reliés entre eux, entre elles par cette thématique du temps qui passe que chacun illustra à sa manière mais toujours avec talent.

Fin du cycle du temps avec cette exposition de photographies de Daniel Coulaud. Exposition surprenante et fascinante à plus d’un titre. Je ne pense pas que Daniel soit un photographe au sens traditionnel, au sens galeriste du terme. Ces clichés se rapprochent plus de la photo de vacances ou de celle de famille que de celles habilement mises en scène ou travaillées que l’on découvre dans ce type d’exposition. Je reconnais d’ailleurs avoir été un peu surpris au début. Moi qui ai plus comme référence en la matière Helmut Newton ou Lucien Clergue avait un peu de mal à comprendre le choix de Chantal pour ce photographe et ses clichés, me semblait il, très… naïfs. Et de la naïveté, il y en a, beaucoup même tout autant que de la spontanéité et même une certaine forme d’innocence. A aucun moment, Daniel ne met en scène ses images. Non, il fixe l’instant au travers de son objectif tel qu’il est ou plutôt était.

Cette exposition est avant tout un hommage à une société aujourd’hui disparue: celle du temps de la vigne en Languedoc.

Le temps est essentiel pour passer de la vigne en vin, si essentiel qu’il ne peut être que multiple.

Le temps qu’il fait, celui qui commande la taille, le traitement, la vendange… Toute une année de travail au péril de l’orage ou des cours. Le seul revenu du vigneron pour vivre tout au long de l’année.

Le temps, ce sont les saisons celle de la taille, du débourrage, des traitements, de la montée du sucre dans le fruit, du repos d’été qui fait dire au « parisien »  qu’ici on ne travaille guère en attendant les vendanges, puis les labours, et à nouveau la taille, le …

Le bon temps, c »est toujours le temps d’autrefois, celui où les vignes bourdonnaient de vie familiale, où les enfants étaient même dispensés d’école pour la vendange, le temps de la fête et des grillades au mazet. On oubliait alors le froid du vent du nord pendant la taille, les réticences du cheval, la longueur des rangs à la colle, le poids des comportes…

Les temps ont bien changé : la machine a redressé les rangs, les cépages sont autres, désormais on « élabore » le vin. Le vent du nord est toujours là mais le cheval n’est certes plus rétif et des géraniums fleurissent les comportes des bois. Les anciens sont au village à prendre le soleil et les nouvelles. Clermont a perdu son raisin de table mais aussi le chemin de fer qui le transportait…

Sans doute, peut-être, le temps d’aujourd’hui deviendra-t-il le bon temps d’autrefois en vieillissant, comme le bon vin, depuis des millénaires. Sans doute les générations nouvelles d’hommes et de femmes de cette terre poursuivront elles cette tâche, cette attache, cet attachement.

Les photos exposées ne sont ni en noir et blanc ou ni encore jaunies, presque fanées par le temps. Non, elles sont finalement très semblables à ce que tout individu peut prendre maintenant. Le numérique a supplanté l’argentique et nos jolies diapos, toujours très pénibles à ranger, ont disparu. Et à tire personnel, je n’ai aucun regret en pensant aux heures perdues à déployer un écran blanc qui se cassait la figure au bout de quelques secondes et au casse-tête qui consistait à retrouver LA bonne rangée de diapositives. Mais revenons sur le sujet. Cette période maintenant disparue n’est pas si éloignée, une ou deux générations peut-être. Et toute cette vie d’alors, rythmée par le vin et sa culture au sens large et noble, a disparu presque totalement. Même les vendanges, autrefois redoutées par le travail causé et les risques encourus, qui s’en soucie encore à part le peu de personnes qui les pratiquent encore. Ces fêtes de village, marquant le début et la fin de cet évènement où l’ouvrier étranger espagnol ou portugais pouvait compter fleurette, le temps d’un bal, à la fille du cru, que sont elles devenues ?

Il n’y aucune amertume dans le discours, comme dans les clichés de Daniel Coulaud. Son travail, ce sont des traces laissées à notre héritage. Des petites histoires, des fragments de vie, toujours accompagnés d’une phrase simple : L’indispensable « tube » citroen et aussi l’indispensable compagnon, Là où passent les trains chargés de raisin, ou encore montrant un tracteur dernier cri simple, rapide et efficace et aussi… solitaire.

Si vous ne cherchez qu’esthétisme ou technique photographique, je vous déconseille cette exposition. Si, par contre, vous voulez entrevoir ce qu’était la vie dans nos campagnes 30 ou 40 ans en arrière, courez à la Médiathèque vous abreuver de ces images sincères et, encore, très vivantes. De plus, vous aurez peut-être l’occasion d’y rencontrer Daniel qui est un conteur formidable à la passion communicative, ainsi que vous pourrez le découvrir dans les vidéos suivantes.

L’uns des grands mérites de cette expo, c’est qu’elle invite au dialogue, à la discussion, à la l’échange. Il suffisait d’être présent au vernissage pour s’en persuader en écoutant discours et anecdotes des uns ou des autres : Tu as vu, on dirait la vigne de mon grand-père, ou tu te souviens des repas dans la grange à la fin des vendanges. Le grand mérite de cette exposition, c’est sans doute là qu’il se trouve. A ce titre, je ne saurais trop vous encourager à retourner à la Médiathèque de Florensac le Vendredi 1er Mars à 18h pour une causerie et échanges avec Daniel Coulaud. Toutes et tous sont les bienvenus pour venir raconter leurs souvenirs.

Les photos ci-dessous ne reflètent que très partiellement la travail de Daniel Coulaud. Ce ne sont que « des photos de photos » avec tous les défauts que cela suppose. Elles ne sont là que pour vous donner envie de découvrir « en vrai » le travail de l’artiste. De plus, l’entrée à la Médiathèque est libre et gratuit.