Tout est venu non pas d’une invitation mais plus d’un encouragement reçu par mail à aller assister ce samedi 9 février à Pézenas à une « Soupe Populaire ».Exposé comme cela, l’idée n’avait vraiment rien de folichonne. Soupe populaire, on pense tout de suite SDF et même, mon imagination débordante étant toujours alerte, Hiver 54, l’abbé Pierre, le vrai, pas Lambert Wilson se faisant héberger par Claudia Cardinale dans quelque palace fastueux. Puis, on lit l’invitation en détail :

Tout le monde est bienvenu… Reprenons contact avec le monde qui nous entoure, manger ensemble, discuter ensemble, rire ensemble et créer ensemble.

Cela sonne déjà mieux. Rajoutons la dernière phrase La soupe sera réalisée avec des légumes locaux, bio et de saison et le programme sonne tout de suite moins germinal que le nom de départ pouvait le laisser supposer. Arrivé à l’heure, j’ai rapidement constaté que l’évènement était tout sauf misérabiliste et que cette idée issue de mon cerveau vieillissant et peu fécond était fort éloignée de la réalité. Ambiance musicale festive au rendez-vous avec l’ensemble Batucada-Percussao de Pézenas. Choix idéal après le carnaval de Rio et tout aussi parfait pour mettre de l’ambiance et encourager l’assistance à bouger, utile compte-tenu de la température extérieure. Coiffures légumières des musiciens en parfaite adéquation avec le menu proposé.

Le public était venu en nombre. Sans vouloir rentrer dans un comptage syndical ou policier, il devait y avoir environ plus d’une centaine de personnes, ce qui, pour une première expérience en extérieur, est déjà un succès. Sans vouloir rentrer dans les détails, à tous niveaux, on peut dire que la pari fut gagnant. Bel exemple de mixité sociale car si, bien évidemment, de nombreuses personnes en grande difficulté étaient présentes, ce qui ne devrait étonner personne au vu des tristes records que cumule la zone Agde-Pézenas en matière de chômage, de précarité des emplois ou encore de niveaux de rémunération. Outre ces « profiteurs de système »  pour certains qui ont oublié ce que détresse ou accidents de la vie signifient, donc outre ceux que je préfère désigner par le terme de personnes en disgrâce financière temporaire (même si, ici, la notion de temporaire peut être malheureusement variable), on pouvait rencontrer à peu près tous les milieux, en omettant pas de citer mon préféré, le bobo piscènois toujours présent à ce genre de manifestation portant fièrement son tshirt « Non au gaz de schiste » sous son cachemire Zadig et Molière (plus couleur locale). Mieux, tout ce petit monde discutait ainsi que cela avait été demandé au milieu de cris et de rires d’enfants avec des parents à la situation sociale sans doute peu similaire mais n’en faisant guère cas en telle circonstance. L’échange avait lieu et c’est cela le plus important. Une belle ambiance tout simplement, un peu comme une bouffe entre potes ou un pique-nique en hiver « à la bonne franquette » avec en écho les paroles de la chanson du même nom d’Herbert Pagani.

Mais dans ma vieille Europe couleur d’austérité, où le steak se fait cher et la monnaie plus rare, les amoureux découvrent leurs guitares, leur femme, leurs trottoirs, et leurs voisins. Richesses oubliées au jour de l’abondance. Et moi j’ai réveillé du lit de ma mémoire les noms de mes amis, les bruits de la conscience. Ces années de la rage, ces heures de l’amour que je vous chante en rime et sans décor autour. Rien d’autre que ces plages où tout espoir commence. Ces plages oubliées dans le délire des sens. Les plages de silence !

Après ces quelques secondes de poésie, que dire ? C’était bien tout simplement. Riche en rencontre, en émotion avec une belle chaleur humaine faisant oublier ce petit vent glacial qui soufflait sur la place. Des bénévoles souriants et attentifs. Bref, un sans faute total. La seule fausse note étant qu’ayant passé mon temps à filmer, je n’ai pas pris le temps de goûter la soupe qui, pourtant et de l’avis général, avait l’air fort bonne. J’aurais aimé aussi parler de ceux à Agde, qui tous les soirs devant la Poste, se font aider dans des conditions beaucoup moins festives. Même si comme un quelque soir lors de voeux, en face, dans un nouveau Moulin des Évêques flambant neuf régnaient opulence et gaspillage pour certains qui n’en avaient guère besoin. Mais je n’en parlerai pas préférant remercier et féliciter organisateurs, animateurs et participants de cette « soupe populaire ».

Pour une fois, une vidéo sans paroles, faute à un micro défectueux. Cela nous donnera l’occasion de retourner à Pézenas pour un nouvel entretien avec « La Marmite à Roulettes ». Quelques images en plus, histoire de me faire pardonner.