Dans la vie, il y a souvent des coïncidences charmantes ou bizarres. Tu t’apprête à écrire un article quand passe à la radio Le Jazz et la Java. Amusant à double titre puisque ton modeste papier va justement traiter de cette musique et que dans le groupe en question, tu retrouves René Nan, grand bonhomme par le talent et batteur de Nougaro.

Quand le jazz est

Quand le jazz est là
La java s’en
La java s’en va
Il y a de l’orage dans l’air
Il y a de l’eau dans le gaz
Entre le jazz et la java

Quand tu fais une écoute très premier degré de cette chanson, c’est un peu comme si jazz et français étaient deux langages à part, deux façons de communiquer sans rapports. Pourtant, le désir est là, l’amour aussi. Bref retour en arrière où tous les grands jazzmen se battaient pour venir à Paris tandis que les parisiens faisaient de même pour aller écouter ces musiciens américains. « Jazz is Paris and Paris is jazz » fredonnait Malcom McLaren. Je persiste à croire que tous les plus grands poètes sont français ce qui ne signifie en rien que nous soyons plus brillants que les autres mais que, finalement, notre esprit est simple, de même que nos idées. Notre complexité, nous la trouvons dans la forme plus que dans le fond, triturant, malmenant à l’envie ce petit bijou qu’est notre langue, reculant plus qu’il n’est possible les frontières du logique ou de l’utile. Tout autant que le jazz qui, lui aussi, part de concepts très simples dans le fond mais souvent très, trop dirait ma fille, compliqués dans la forme. Sans doute pour cela que j’aime autant Chet Baker que La Fontaine.

Ces portes closes, ces passerelles soit disant impossibles à traverser, Serge Casero s’en moque, lui qui, avec douceur, réconcilie paroles, esprit français, Verlaine ou Baudelaire avec Cole Porter, Dexter Gordon ou Miles Davis. La poésie est là et le charme agit. Derrière tout le plaisir qu’a cette bande de joyeux potes à se produire sur scène dans un style qui, vu en passant, tient plus d’une jam improvisée que d’un « vrai » concert, tu sens boulot, maîtrise et imagination. Imagination, ce joli mot qui semble totalement avoir disparu de l’esprit que l’on décrit pourtant comme fécond de nos joyeux chanteurs franchouillards actuels aussi chiants qu’insipides.

Au delà de l’intelligence du personnage et des qualités des musiciens, le concept « Jazz Poets » est réellement une réussite. Inventif, des mots qui coulent improvisés ou non, t’entraînant facile en te faisant taper du pied à chaque seconde, tu demandes quoi d’autre à un concert ? Et puis, voir René Nan, comme ça, tout prés, ce serait un peu débile de passer à côté. Les jazzmen sont comme le vin, ils se bonifient en vieillissant.

Quelques liens pour finir :

Le site officiel de Serge

Domaines du Jazz

Page Facebook du Melrose Café

Et puis évidemment la vidéo du court entretien que nous avons eu avec Serge avant son concert dont vous verrez quelques images à la fin. Deux remerciements à formuler : le premier pour le Melrose Café qui reste l’un des derniers rares endroits d’agitation neuronale à Agde et le second en hommage à Cyril pour l’intelligence de son montage.